Côte d'Ivoire : Mobile money, la BCEAO change les règles du jeu dans l'UEMOA, c'est effectif dès aujourd'hui
C'est officiel depuis ce lundi 2 novembre 2026 : envoyer de l'argent depuis son téléphone ne coûte plus rien, ou presque, dans l'espace UEMOA. Banques, fintechs et opérateurs de portefeuilles électroniques appliquent désormais les nouvelles règles fixées par la BCEAO, au terme d'un chantier que beaucoup jugeaient hors de portée il y a quelques mois.
Le changement le plus visible concerne les petits transferts. Depuis ce matin, les envois nationaux interopérables dont le cumul quotidien ne dépasse pas 8 000 FCFA par utilisateur sont gratuits, quel que soit le nombre d'opérations. La Banque centrale estime que ce seuil couvre environ 75 % des transactions de monnaie électronique de l'Union. Au-delà, les établissements peuvent facturer entre 0 et 0,8 % du montant hors taxes. Pour celui qui reçoit, rien ne change : c'est toujours gratuit, sans limite de montant ni de nombre.
Les plafonds suivent le mouvement. Les anciennes limites, 2 millions de FCFA de solde et 10 millions de rechargements mensuels, ne correspondaient plus aux usages. Un client identifié peut maintenant conserver jusqu'à 4 millions de FCFA sur son portefeuille et le recharger à hauteur de 15 millions par mois. Petits commerçants et entrepreneurs du secteur informel devraient y trouver davantage de marge.
Cette réforme repose sur l'instruction n° 020, signée le 8 octobre 2026. Elle a réussi à rassembler des acteurs aux intérêts pourtant divergents : banques traditionnelles, néobanques, opérateurs télécoms et émetteurs de monnaie électronique. Tous doivent désormais faire transiter leurs transactions interopérables par la PI-SPI, la plateforme de paiement instantané lancée le 30 septembre 2025. Un an après sa mise en service, elle compte 175 participants et donne accès à plus de 38 millions d'utilisateurs. Pour les transferts entre pays de l'Union, l'alignement sur les conditions tarifaires nationales est attendu le 1er juin 2027.
L'enjeu économique est considérable. Selon la Commission bancaire de l'UEMOA, les encours de monnaie électronique atteignaient 1 923,2 milliards de FCFA fin 2025, en hausse de 35,2 % sur un an. Le Sénégal pèse 29,7 % de ce total, devant la Côte d'Ivoire (23,5 %). Sur 172,9 millions de comptes ouverts, 60,6 millions sont actifs, soit un taux d'activation de 35,1 %.
Les opérateurs ne sont pas oubliés. La part des fonds clients à conserver en dépôts à vue auprès des banques passe de 75 % à 65 %. Cette baisse de dix points libère, en théorie, 192,3 milliards de FCFA que les établissements pourront placer en dépôts à terme ou en titres de créance, potentiellement plus rémunérateurs.
La BCEAO a donc imposé sa vision d'un marché unifié, plus inclusif et moins coûteux. Reste à savoir si les opérateurs joueront pleinement le jeu et si les usagers y trouveront vraiment leur compte. Une chose est sûre : le mobile money ouest-africain n'est plus tout à fait le même depuis ce matin.
Jean Chresus, Abidjan
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