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Cameroun : Renouvellement gouvernemental, Biya va-t-il se débarrasser des figures controversées et impopulaires de son gouvernement actuel ?
 

Cameroun : Renouvellement gouvernemental, Biya va-t-il se débarrasser des figures controversées et impopulaires de son gouvernement actuel ?

 
 
 
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© Koaci.com - jeudi 08 janvier 2026 - 08:37


Ce 8 janvier 2026, le président Paul Biya reçoit au Palais de l'Unité les vœux du corps diplomatique et des corps constitués nationaux. Cette cérémonie traditionnelle revêt cette année une dimension particulière : elle est perçue par les observateurs de la scène politique camerounaise comme la dernière revue des troupes avant l'annonce d'un remaniement ministériel tant attendu.



Après 43 années de gouvernance et une réélection contestée notamment par Issa Tchiroma Bakary, le chef de l'État se trouve à un carrefour décisif. Pour redorer un blason terni par les critiques récurrentes sur le développement du pays, la formation d'un nouveau gouvernement pourrait constituer l'opportunité d'un renouveau. Mais encore faudrait-il que ce remaniement s'accompagne du départ de figures ministérielles devenues impopulaires, accusées par l'opinion publique de servir leurs propres intérêts plutôt que ceux du peuple camerounais.


Quelques figures controversées de l'actuel gouvernement


Jacques Fame Ndongo, l'enseignement supérieur en crise 


Ministre de l'Enseignement supérieur depuis 2004, Jacques Fame Ndongo incarne pour beaucoup la longévité ministérielle. Plus de deux décennies à ce poste ont permis l'accumulation de griefs : sureffectifs dans les universités publiques, infrastructures vétustes, grèves récurrentes des enseignants et étudiants, corruption endémique dans l'attribution des bourses et marchés publics.



Sur les réseaux sociaux camerounais, Fame Ndongo est régulièrement épinglé pour un train de vie jugé ostentatoire, contrastant avec la précarité des campus universitaires. Les jeunes diplômés sans emploi, nombreux au Cameroun, voient en lui le symbole d'un système éducatif déconnecté des réalités économiques du pays.


Emmanuel Nganou Djoumessi, les routes cahoteuses 


Le ministre des Travaux publics cristallise les frustrations liées à l'état désastreux des infrastructures routières camerounaises. Malgré des budgets colossaux alloués année après année, les routes secondaires et même certains axes principaux demeurent impraticables, particulièrement en saison des pluies.


Les accusations de surfacturation et de détournement de fonds dans l'attribution des marchés de construction routière sont récurrentes. L'opinion publique s'interroge : comment expliquer que les projets routiers coûtent si cher tout en offrant une qualité si médiocre et une durabilité si limitée ?


Célestine Ketcha Courtès, l'habitat inaccessible


Ministre de l'habitat et du développement urbain, Célestine Ketcha Courtès fait face à un bilan contesté. Le programme de logements sociaux peine à décoller, tandis que la spéculation foncière atteint des sommets dans les grandes villes. Les bidonvilles s'étendent, les expulsions sans relogement se multiplient, et le rêve d'accession à la propriété s'éloigne pour les camerounais.


Les critiques portent également sur l'opacité des attributions de parcelles et les soupçons de népotisme dans les programmes de construction de logements destinés aux fonctionnaires. Réputée proche de Chantal Biya qui la soutiendrait, elle est régulièrement accusée de tribalisme. 


Mouelle Kombi, le sport en panne 


Le ministère des Sports, sous la houlette de Narcisse Mouelle Kombi, traverse une période difficile marquée par la dégradation des infrastructures sportives, les crises de gouvernance des fédérations et des résultats internationaux décevants. Mais c'est surtout la guerre ouverte avec la Fédération Camerounaise de Football présidée par Samuel Eto'o qui cristallise l'image d'un ministre incapable de pacifier et d'organiser le sport camerounais.


Depuis 2024, le conflit entre Mouelle Kombi et Samuel Eto'o a atteint des sommets inédits dans l'histoire du football camerounais. Le ministre a refusé d'avaliser les élections à la Fecafoot prévues le 29 novembre 2025, demandant à Eto'o de « surseoir au processus électoral » en raison d'irrégularités présumées. Le ministre avait sollicité le ministre de l'Administration territoriale pour interdire toute assemblée élective dans le football sur l'ensemble du territoire.


 

Le bras de fer a également porté sur la nomination du sélectionneur des Lions Indomptables. Le ministre des Sports avait mal vécu la désignation de Rigobert Song par la Fecafoot et a réussi à reprendre en main le choix du sélectionneur, imposant le Belge Marc Brys en avril 2024. Cette nomination unilatérale, faite sans consultation de la FECAFOOT, a déclenché une série de crises spectaculaires, incluant une altercation publique entre Eto'o et Brys filmée et largement diffusée sur les réseaux sociaux.


Le conflit s'est poursuivi avec des épisodes rocambolesques : désignation d'un staff technique concurrent par Eto'o, refus de la Fecafoot d'accepter l'adjoint de Brys sur le banc de touche, et finalement le limogeage de Marc Brys par la Fecafoot à seulement 20 jours de la CAN 2025, malgré l'opposition du ministère des Sports. Après une brève période d'accalmie, l'heure est de nouveau à la tempête avec l'opposition sur les statuts récemment modifiés de la FECAFOOT - la quatrième révision depuis le début du mandat d'Eto'o.


Plus récemment, le ministre s’est fendu d’une communication annonçant les primes des footballeurs engagés à la Can au Maroc comme un exploit personnel et exceptionnel pourtant, le paiement des primes est une opération ordinaire.


L'opinion publique camerounaise, lasse de ces querelles d'ego, reproche au ministre son incapacité à assainir les relations avec la principale fédération sportive du pays. 


Narcisse Mouelle Kombi apparaît ainsi comme un ministre englué dans des conflits de personnes et d'ego, incapable de dépasser les querelles pour servir l'intérêt supérieur du sport camerounais. 


Louis Paul Motaze, les finances publiques sous surveillance


Ministre des Finances, Louis Paul Motaze occupe l'un des postes les plus stratégiques et les plus exposés aux critiques. La dette publique camerounaise inquiète les institutions internationales, tandis que la pression fiscale sur les PME et les citoyens ordinaires s'intensifie sans que les services publics ne s'améliorent proportionnellement.


Les Camerounais s'interrogent sur la destination réelle des recettes publiques et sur l'efficacité de la lutte contre la fraude fiscale des grandes entreprises. Les scandales financiers qui éclaboussent régulièrement l'administration fiscale et douanière érodent la confiance dans la gestion des deniers publics.


Ngallè Bibéhè, les transports à l'arrêt


Le secteur des transports, sous la responsabilité de Jean Ernest Ngalle Bibehe, accumule les dysfonctionnements. La compagnie aérienne nationale Camair-Co enchaîne les déficits malgré les perfusions financières de l'État. Le chemin de fer Douala-Yaoundé demeure vétuste et dangereux. Les gares routières des grandes villes restent insalubres et mal organisées.


L'opinion publique dénonce l'incapacité du ministre à moderniser ce secteur vital pour l'économie et à assainir un domaine réputé gangrené par la corruption, notamment dans l'attribution des agréments de transport. Il lui est reproché de s’enrichir à un rythme effréné.


Manaouda Malachie, la santé publique en souffrance


Ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie est confronté à un système de santé exsangue. Les hôpitaux publics manquent cruellement d'équipements, de médicaments et de personnel qualifié. Les Camerounais qui en ont les moyens se tournent vers le privé ou s'expatrient pour se soigner.


La pandémie de COVID-19 a révélé les failles béantes du système sanitaire. Les accusations de détournement de fonds destinés à la riposte sanitaire ont profondément choqué la population, renforçant le sentiment que les responsables politiques s'enrichissent sur le dos des malades.


Etoundi Ngoa, l'éducation de base en échec


Le ministre de l'Éducation de base porte la lourde responsabilité d'un système éducatif primaire et secondaire en grande difficulté. Classes surchargées, enseignants démotivés et sous-payés, programmes obsolètes, corruption dans les examens nationaux : les problèmes s'accumulent.


Les parents camerounais se saignent pour offrir à leurs enfants une éducation privée de qualité, constatant que l'école publique ne remplit plus sa mission d'ascenseur social. Les suspicions de corruption dans la gestion du budget de l'éducation et dans les nominations administratives ternissent davantage l'image du ministre.


 

Eloundou Essomba, l'eau et l'électricité, un luxe quotidien


À la tête du ministère de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba est confronté à l'une des plus grandes frustrations quotidiennes des Camerounais : les coupures intempestives d'électricité et d'eau. Malgré le potentiel hydroélectrique considérable du pays, le délestage demeure une réalité dans les villes comme dans les campagnes.


Les projets de barrages hydroélectriques annoncés à grand renfort de communication tardent à se concrétiser ou connaissent des retards et surcoûts inexpliqués. L'opinion publique soupçonne des réseaux de corruption bien établis dans l'attribution des marchés énergétiques.


Luc Magloire Atangana Mbarga, le commerce sans boussole


Le ministre du Commerce, Luc Magloire Atangana Mbarga, peine à convaincre de son efficacité face aux défis économiques du pays. L'inflation pèse sur le pouvoir d'achat des ménages, les commerçants se plaignent de tracasseries administratives multiples, et la contrebande prospère aux frontières.


Les petits commerçants et entrepreneurs dénoncent un environnement des affaires hostile, marqué par une bureaucratie étouffante et des pratiques corruptives à tous les niveaux de l'administration commerciale. Le ministre apparaît impuissant à assainir ce secteur vital pour l'économie. Les camerounais subissent une inflation galopante. 


Mounouna Foutsou, la jeunesse désabusée


Ministre de la Jeunesse et de l'Éducation civique, Mounouna Foutsou est confronté au défi colossal d'une jeunesse camerounaise massivement au chômage, tentée par l'émigration et de plus en plus critique envers le régime. Les programmes d'insertion professionnelle annoncés ne produisent pas les résultats escomptés.


Sur les réseaux sociaux, où la jeunesse camerounaise est particulièrement active, le ministre est régulièrement raillé pour son incapacité à proposer des solutions concrètes. Les suspicions de détournement des fonds destinés aux projets jeunesse alimentent le ressentiment d'une génération qui se sent abandonnée.


Rompre avec l'impopularité


Ces onze ministres, parmi d'autres, incarnent aux yeux d'une partie significative de l'opinion publique camerounaise un système politique usé, inefficace et corrompu. Chacun dans son domaine fait face à des accusations récurrentes : enrichissement personnel, réseaux de corruption, népotisme, incompétence, déconnexion des réalités du peuple.


Sur les réseaux sociaux camerounais, sur les radios locales, dans les discussions de rue, ces noms reviennent comme symboles de ce qui dysfonctionne dans la gouvernance du pays. Les Camerounais aspirent à voir des visages nouveaux, des compétences avérées, des personnes dont l'intégrité est reconnue et qui manifestent une réelle volonté de servir l'intérêt général plutôt que leurs intérêts personnels.


Pour Paul Biya, le remaniement ministériel annoncé représente une opportunité historique. En se séparant de ces figures devenues impopulaires, le président pourrait envoyer un signal fort : celui d'une rupture avec les pratiques du passé, d'une volonté de régénération de l'action publique, d'une écoute des aspirations populaires.


Bien sûr, le simple changement de personnes ne suffira pas si les systèmes qui permettent la corruption et l'impunité demeurent en place. Mais ce serait un premier pas, symbolique et peut-être décisif, vers la restauration d'une confiance gravement érodée entre les gouvernants et les gouvernés.


-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com


 
 
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