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Côte d'Ivoire : Polémiques autour du Djidji Ayokwè, Maurice Bandama c'est « il n'a pas été falsifié, c'est bien notre tambour qui rentre au pays »
 

Côte d'Ivoire : Polémiques autour du Djidji Ayokwè, Maurice Bandama c'est « il n'a pas été falsifié, c'est bien notre tambour qui rentre au pays »

 
 
 
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© Koaci.com - mardi 24 février 2026 - 09:21

Les autorités ivoiriennes et françaises autour du Djidji Ayokwè au musée du Quai Branly en France (Ph Koaci)


Le 23 février 2026 restera une date marquante dans l’histoire culturelle ivoirienne. Au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, à Paris, la Côte d’Ivoire a officiellement repris possession du Djidji Ayokwè, tambour parleur ancestral du peuple Atchan (Bidjan), arraché en 1916 par l’administration coloniale française. Plus qu’un simple objet d’art, cet instrument est un symbole de résistance, de mémoire et d’identité nationale.


La cérémonie de libation, conduite selon la tradition par les chefs Bidjan, a précédé la signature de l’acte de transfert de propriété. La Ministre ivoirienne de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a apposé sa signature aux côtés des autorités françaises, marquant ainsi l’aboutissement d’un long processus diplomatique. La délégation ivoirienne comprenait notamment l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Maurice Bandaman Kouakou, des représentants de l’UNESCO, des parlementaires ivoiriens et français, ainsi qu’une forte mobilisation de la diaspora ivoirienne venue d’Europe.


Moment fort de la cérémonie, la libation a été accomplie par Agoba Béké Félix, chef de Cocody village, conformément à la tradition atchan qui confie ce rituel au premier village issu de la migration originelle. Les chefs traditionnels ont salué l’engagement du Président de la République, Alassane Ouattara, ainsi que celui des autorités françaises, notamment Emmanuel Macron, dont la déclaration de 2017 en faveur de la restitution du patrimoine africain avait ouvert une nouvelle ère de coopération culturelle.


Dans leurs interventions, les chefs ont rappelé la portée historique du Djidji Ayokwè. Instrument de communication et de mobilisation, il pouvait transmettre des messages sur plusieurs kilomètres et servait à appeler les populations à se rassembler. Au début du XXe siècle, il devint un tambour de résistance contre les travaux forcés et l’implantation coloniale. C’est précisément en raison de ce rôle stratégique qu’il fut saisi par les forces coloniales, à la suite d’affrontements ayant entraîné des pertes humaines. Plusieurs tambours furent confisqués, certains détruits, d’autres transférés en France. Le Djidji Ayokwè fut finalement conservé au Musée de l'Homme avant d’intégrer les collections du Quai Branly.


Au fil des années, son absence est devenue une blessure mémorielle pour les communautés atchan. Pour Gouedan Anoumab Louis Jacques, porte-parole des Bidjan, le retour de cet objet n’est pas un simple rapatriement muséal : il s’agit du retour d’un élément vivant de l’histoire collective, celui qui avait été « pris, volé et arraché » à la communauté.


L’ambassadeur Maurice Bandaman, ancien ministre de la Culture, a retracé les étapes du processus. Après l’annonce du président Macron en 2017, un travail d’inventaire minutieux a été engagé. Sur les milliers de biens culturels ivoiriens conservés à l’étranger — plus de 10 000 selon les estimations — une liste de 148 pièces prioritaires susceptibles d’être accueillies dans les infrastructures muséales ivoiriennes a été établie. Parmi elles, le Djidji Ayokwè s’est imposé comme une évidence en raison de sa charge historique. Tambour de guerre et de mobilisation, il incarnait la résistance des sept villages à l’origine d’Abidjan.


Face aux polémiques apparues sur les réseaux sociaux quant à l’authenticité de l’instrument restitué, les autorités ivoiriennes ont tenu à rassurer l’opinion publique.


 

L’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Maurice Bandaman, a tenu à dissiper toute controverse entourant l’authenticité du Djidji Ayokwè restitué. S’adressant à ses compatriotes, il a affirmé avec fermeté que l’objet remis aux autorités ivoiriennes est bien le tambour historique saisi en 1916.


« Nous voulons rassurer nos compatriotes : l’instrument que nous avons récupéré n’a fait l’objet d’aucune falsification », a-t-il déclaré. Selon lui, les expertises menées confirment sans ambiguïté son authenticité. Le diplomate a notamment insisté sur la structure même de l’ouvrage : le tambour a été sculpté dans un seul tronc d’arbre, d’un seul tenant, sans découpe ni assemblage. « Il ne s’agit pas d’un objet reconstitué ou modifié. Sa conception monobloc rend impossible toute manipulation visant à en altérer la nature », a-t-il expliqué.


Reconnaissant qu’une restauration a été effectuée, l’ambassadeur a précisé qu’il s’agissait d’interventions normales de conservation muséale. Après plus d’un siècle marqué par les effets du temps, de l’humidité et des variations climatiques, certaines dégradations superficielles étaient inévitables. Toutefois, a-t-il souligné, ces travaux n’ont en rien compromis l’intégrité structurelle du tambour.


Pour Maurice Bandaman, les archives disponibles, les images historiques et l’expertise pluridisciplinaire mobilisée autour du dossier confirment que le Djidji Ayokwè restitué est bien celui arraché aux Bidjan au début du XXe siècle. « Nous pouvons être fiers et sereins : c’est bien notre tambour qui rentre au pays », a-t-il conclu.



Les experts, historiens et archéologues mobilisés sur le dossier ont confirmé qu’il s’agit bien du tambour saisi en 1916. Plusieurs instruments similaires existaient à l’époque, et d’autres continuent d’être fabriqués dans les régions lagunaires du sud ivoirien, ce qui a pu entretenir la confusion. Toutefois, les archives, les photographies anciennes et l’analyse matérielle de l’objet — taillé dans un seul tronc d’arbre, sans assemblage — attestent de son authenticité. Si des restaurations ont été effectuées au fil du temps pour assurer sa conservation après plus d’un siècle, sa structure d’origine demeure intacte.


Pour la ministre Françoise Remarck, ce retour dépasse la seule dimension patrimoniale. Il s’agit d’un acte politique et symbolique fort, fruit d’une coopération bilatérale et d’un dialogue diplomatique soutenu. Elle a souligné que cette restitution mobilise chercheurs, conservateurs, enseignants et jeunes générations autour d’une même ambition : réinscrire le patrimoine dans son contexte historique et culturel d’origine.


 

En attendant son rapatriement définitif à Abidjan, le Djidji Ayokwè a été placé dans un espace sécurisé du musée parisien. Bientôt, il retrouvera la terre qui l’a vu naître. Pour les chefs atchan comme pour de nombreux Ivoiriens, ce retour marque la réparation d’une injustice historique et ouvre la voie à d’autres restitutions attendues à travers le continent. Le tambour qui appelait autrefois à la résistance devient aujourd’hui le symbole d’une mémoire retrouvée et d’une souveraineté culturelle affirmée.






Jean Chresus, Abidjan


 
 
  Par Koaci
 
 
 
 
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