Cameroun : Vœux à Biya, les successeurs constitutionnels du chef de l'Etat désertent la cérémonie
Au Palais de l'Unité, le silence des absents fait parfois plus de bruit que les discours officiels. La traditionnelle cérémonie des vœux au président Paul Biya, de ce 8 janvier 2026 au Palais de l'Unité s’est déroulée en l’absence du président du sénat et de celui de l’Assemblée nationale.
L'élément le plus frappant de cette journée réside dans l'absence concomitante des trois principales personnalités constitutionnelles du pays :
Marcel Niat Njifenji, président du Sénat et deuxième personnalité de l'État selon l'ordre protocolaire, n'a pas fait le déplacement. Ses proches avancent des raisons de santé pour justifier son absence.
Cavaye Yéguié Djibril, président de l'Assemblée nationale et troisième personnalité de l'État, s'est fait représenter par son premier vice-président. Cette délégation, rare pour une telle occasion, n'est pas passée inaperçue. Il est prévu qu'il reçoive lui-même les vœux ce vendredi 9 janvier à 10h, à la Salle des banquets du Palais de verre Paul Biya.
Ayang Luc, président du conseil économique et social (quatrième personnalité), est décédé et n'a toujours pas été remplacé, créant un vide institutionnel supplémentaire.
Cette triple absence constitue un fait rarissime dans l'histoire institutionnelle du Cameroun.
L’opposant Cabral Libii brise le boycott, normalisation ou stratégie électorale ?
Si les absences ont fait parler, certaines présences ont également attiré l'attention des observateurs.
Cabral Libii, président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn), a surpris en rompant avec sa pratique habituelle de boycott. Sa poignée de main avec le chef de l'État a été interprétée comme un geste de normalisation des rapports entre cet opposant et le pouvoir exécutif.
Dans le même ordre d’idées, Bello Bouba Maïgari, leader de l'Union Nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) et allié historique du RDPC, complète ce tableau, illustrant la pérennité des alliances politiques Nord-Sud.
Beti Assomo et Eto'o, les nouveaux favoris de Paul Biya ?
Deux figures ont particulièrement capté l'attention lors des échanges protocolaires
Joseph Beti Assomo, ministre de la Défense, a bénéficié d'un entretien prolongé avec le président. Dans le langage codifié du pouvoir camerounais, ces conversations filmées sont généralement perçues comme des signaux de confiance renouvelée.
Samuel Eto'o, président de la Fecafoot, a également participé à la cérémonie. Bien qu'il ne dirige pas un corps constitué au sens strict, sa présence et l'accueil chaleureux du président Biya témoignent du maintien de relations privilégiées avec le sommet de l'État, malgré les controverses récentes.
Le vide créé par l'absence simultanée des principaux successeurs constitutionnels renforce l'image d'un système hyper-présidentialisé, où tous les pouvoirs convergent vers une seule personne.
Plusieurs hypothèses circulent dans les milieux politiques : s'agit-il d'un simple hasard calendaire, d'un malaise institutionnel, de tensions entre différents pôles du pouvoir, ou d'un réagencement stratégique en prévision de l'avenir ?
Cette cérémonie semble en tout cas révéler une réalité politique : dans un contexte où le débat sur la transition demeure tabou, le système se consolide autour d'un noyau restreint de fidèles, tout en intégrant ponctuellement des figures d'opposition pour maintenir une façade de pluralisme.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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