Côte d'Ivoire : Bruno Koné, sept années pour refonder la ville ivoirienne avant le défi agricole
Bruno Koné (Ph Koaci)
À la tête d’un ministère stratégique pour la souveraineté alimentaire, l’emploi rural et la stabilité sociale, Bruno Koné entame un nouveau chapitre de son parcours gouvernemental. Nommé vendredi 23 janvier 2026 ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Production vivrière dans le gouvernement Robert Beugré Mambé II, il hérite d’un secteur soumis à de fortes contraintes structurelles, appelé à jouer un rôle central dans la transformation économique de la Côte d’Ivoire. Ce défi agricole s’ouvre après sept années passées à conduire une profonde refondation des politiques de construction, de logement et d’urbanisme, dont les effets structurants continuent de remodeler la gouvernance foncière et territoriale du pays.
Ce passage à un portefeuille aussi sensible intervient au terme d’un cycle de réformes menées dans un secteur urbain longtemps fragilisé par des dysfonctionnements institutionnels, juridiques et opérationnels. Lorsque Bruno Koné prend fonction en 2018 à la tête du ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, la Côte d’Ivoire est engagée dans une transition urbaine rapide, sous l’effet d’une pression démographique croissante, d’une urbanisation parfois mal maîtrisée et d’une insécurité foncière persistante. Le foncier et l’urbanisme se caractérisent alors par la coexistence conflictuelle entre droits coutumiers et autorisations administratives, la lenteur des procédures, la multiplication des litiges et une planification urbaine insuffisante.
Face à ces défis, l’action ministérielle s’inscrit dans une vision de long terme visant à sécuriser durablement les droits fonciers, à moderniser la gouvernance urbaine et à restaurer la confiance entre l’État et les citoyens. Sous son leadership, des avancées majeures sont enregistrées dans la réforme du foncier urbain, notamment avec l’adoption du Code de l’Urbanisme et du Domaine Foncier Urbain en 2020. Ce texte clarifie les règles d’acquisition de la propriété foncière, renforce le rôle de l’État dans la planification et sécurise juridiquement les actes fonciers. L’introduction de l’Attestation de Droit d’Usage coutumier, la réglementation de l’autorisation de lotir et l’extension des guichets uniques du foncier à l’intérieur du pays contribuent à réduire les conflits et à améliorer la lisibilité du système. Ces réformes se traduisent par une progression notable du nombre d’Arrêtés de Concession Définitive (ACD), dont la moyenne annuelle passe d’environ 4 500 avant 2018 à près de 10 000 à partir de 2019, ainsi que par la mise en œuvre de la signature électronique des ACD à Abidjan.
Parallèlement, la planification urbaine connaît une relance significative, avec la révision de documents structurants tels que le Schéma Directeur d’Urbanisme de Yamoussoukro, celui du Grand Abidjan à l’horizon 2040, l’actualisation du Plan d’Urbanisme Directeur d’Assinie et le lancement d’un programme national d’élaboration des Plans d’Urbanisme de Détail. Ces outils permettent de mieux encadrer l’expansion urbaine, d’asseoir les décisions d’aménagement sur des données spatiales fiables et de réduire les déséquilibres territoriaux entre Abidjan et l’intérieur du pays.
Dans le secteur de la construction, le bilan apparaît tout aussi significatif. Avant 2018, l’absence d’un cadre juridique unifié, la faiblesse des contrôles et la prolifération de constructions anarchiques exposaient les populations à des risques élevés d’effondrement. La mise en place d’une plateforme collaborative des contrôles des constructions, associant administration centrale, collectivités territoriales et districts, permet un renforcement progressif et mesurable des inspections, avec plus de 23 000 chantiers contrôlés en 2025 contre moins de 10 000 en 2021. Cette dynamique s’accompagne d’une répression accrue des constructions non autorisées et d’une réduction spectaculaire du nombre d’effondrements de bâtiments, tombé à zéro en 2025. La réduction des délais de délivrance du permis de construire à 21 jours pour les dossiers conformes et l’obligation de souscrire une assurance chantier renforcent la sécurité juridique et technique de l’acte de construire.
Le logement et le cadre de vie constituent un autre axe central de l’action ministérielle. Héritier d’un Programme présidentiel de construction de logements sociaux et économiques en difficulté, Bruno Koné engage une restructuration profonde du dispositif. L’adoption de textes relatifs au bail à usage d’habitation, la création du Fonds de garantie du logement social et de la Commission nationale d’attribution des logements sociaux contribuent à mieux protéger les ménages, à sécuriser les financements et à améliorer la transparence dans l’attribution des logements. La relance stratégique du programme, notamment à travers un programme d’urgence de 25 000 logements et la mobilisation de 364 hectares de foncier, permet d’accélérer la production de logements sociaux et de répondre plus efficacement aux attentes des populations.
Au-delà des politiques sectorielles, l’action du ministre se distingue par une approche intégrée de la gestion urbaine, combinant adressage, rénovation et restructuration des quartiers précaires. Des projets structurants tels que le PAQRA, le PARU, l’aménagement du quartier Bardot à San-Pedro ou encore les projets d’adressage à Abidjan et dans plusieurs villes de l’intérieur posent les bases d’une ville plus inclusive, mieux équipée et plus résiliente, tout en favorisant l’accès à la propriété foncière et l’amélioration des conditions de vie.
C’est fort de cette expérience de réformes complexes, de pilotage de projets structurants et de gestion de secteurs sensibles que Bruno Koné aborde aujourd’hui le défi agricole. À la tête d’un ministère stratégique pour l’économie et la cohésion sociale, il devra accompagner la modernisation des systèmes de production, renforcer la résilience du monde rural face aux chocs climatiques, améliorer durablement les revenus des producteurs et contribuer à la souveraineté alimentaire nationale. La cohérence entre politiques agricoles, aménagement du territoire et développement rural constituera l’un des axes déterminants de son action.
Si ce nouveau chantier diffère par ses réalités et ses temporalités, il n’est cependant pas totalement étranger à l’homme. Selon des indiscrétions concordantes, Bruno Koné serait lui-même planteur et agriculteur dans une autre vie, avec notamment des champs d’hévéas à Sikensi, Agboville et Toumodi. Une proximité avec la terre qui pourrait nourrir sa compréhension des réalités rurales et influencer son action à la tête de ce ministère clé du développement ivoirien.
Jean Chresus, Abidjan
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