Côte d'Ivoire : Des producteurs de café-cacao alertent sur 45 000 tonnes de stocks invendus et appellent à l'intervention de l'État
Les responsable de l'AS-PCA-CC devant la presse ce mercredi (Ph Koaci)
Des producteurs de café et de cacao réunis au sein de l’Association des producteurs de café-cacao (AS-PCA-CC) ont tiré la sonnette d’alarme, mercredi 11 mars 2026, lors d’un point presse organisé à la Maison de la presse d’Abidjan-Plateau.
Face aux journalistes, les responsables de l’organisation ont évoqué la situation préoccupante de milliers de tonnes de produits encore stockées dans les magasins des coopératives et ont appelé les autorités à accélérer leur enlèvement afin d’éviter une crise dans la filière.
Selon les responsables de l’association, environ 40 000 à 45 000 tonnes de cacao restent encore dans les entrepôts des coopératives et dans les zones de production. Une situation qui, selon eux, plonge de nombreux producteurs dans de grandes difficultés financières, plusieurs mois après la commercialisation de leur récolte.
Le président de l’association, Karim Sermé, a expliqué que pour de nombreux paysans, la vente du cacao constitue la principale, voire l’unique source de revenus. Le retard dans l’écoulement des stocks empêche ainsi les producteurs de disposer de liquidités pour faire face à leurs charges quotidiennes et honorer leurs engagements vis-à-vis de leurs travailleurs.
Le responsable de l’organisation a également évoqué des tensions grandissantes dans certaines localités productrices, où des ouvriers agricoles réclament le paiement de leurs salaires alors que les producteurs affirment ne pas avoir encore perçu les revenus attendus de leurs ventes. Selon lui, les responsables des coopératives sont régulièrement sollicités pour intervenir afin d’éviter que ces situations ne dégénèrent en conflits ouverts.
Les producteurs ont néanmoins reconnu les efforts déjà consentis par les autorités pour soutenir la filière. Ils ont notamment salué l’initiative de rachat d’une partie des stocks par l’État, qui a permis d’absorber une quantité importante de cacao sur le marché. Toutefois, ils estiment que l’opération doit se poursuivre afin d’atteindre l’objectif initial et permettre l’écoulement complet des volumes encore disponibles.
D’après les responsables de l’association, plusieurs coopératives avaient été sollicitées au début de l’opération et des camions venaient régulièrement enlever les cargaisons dans les zones de production. Mais depuis quelques semaines, ces opérations se seraient fortement ralenties, voire arrêtées dans certaines régions, laissant encore d’importants volumes de cacao dans les magasins.
Cette situation inquiète particulièrement les producteurs à l’approche de la petite campagne qui débute dans les prochaines semaines. Ils redoutent un cumul de stocks si les quantités déjà disponibles ne sont pas rapidement évacuées, ce qui pourrait entraîner de nouvelles difficultés logistiques et financières pour les coopératives.
Les responsables de l’association attirent également l’attention sur les pertes potentielles que pourraient subir les coopératives si ces stocks de cacao achetés à un prix élevé devaient être écoulés à un tarif inférieur lors de la prochaine campagne. Selon eux, une telle situation pourrait fragiliser de nombreuses structures bâties au fil des années grâce aux efforts des acteurs de la filière.
Prenant également la parole, le vice-président de l’association, Benjamin Kouamé, a souligné que plusieurs coopératives ont contracté d’importants emprunts pour financer l’achat du cacao auprès des producteurs. Si les stocks ne sont pas rapidement écoulés, ces engagements financiers pourraient se transformer en lourdes dettes, menaçant l’équilibre économique de nombreuses organisations de producteurs.
Les responsables de l’association ont ainsi lancé un appel au chef de l’État afin que les mesures déjà engagées soient poursuivies jusqu’à l’évacuation complète des stocks restants. Selon eux, cette intervention permettrait de soulager les producteurs, de préserver la stabilité sociale dans les zones rurales et d’assurer le bon déroulement de la prochaine campagne cacaoyère.
Ils espèrent qu’une solution rapide pourra être trouvée afin d’éviter que la situation ne se détériore davantage dans un secteur qui constitue l’un des piliers de l’économie ivoirienne et le principal moyen de subsistance pour des millions de producteurs à travers le pays.
Jean Chresus, Abidjan
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