Côte d'Ivoire : Zoukougbeu, quand une cérémonie funéraire vire en affrontement avec des braises de la violence
Maisons calcinées (Ph Koaci)
Le village de Gorodi, dans la localité de Zoukougbeu, habituellement rythmé par la force de ses traditions et la cohabitation prudente de ses communautés, a vécu une nuit que beaucoup n’oublieront pas de sitôt. Ce qui devait être un dernier hommage rendu à un ancien dignitaire s’est transformé en une explosion de violences, faisant plusieurs blessés et laissant derrière elle des maisons calcinées et une population sous le choc.
Dimanche 1er février soir, la communauté panthère se prépare à inhumer l’un de ses notables, figure respectée et dépositaire de rites ancestraux. Conformément aux usages liés à son rang, l’enterrement devait se dérouler à la nuit tombée, dans la discrétion et selon un protocole bien codifié. Les habitants avaient été prévenus de la procession nocturne et invités à tenir leurs animaux à l’écart du passage des initiés, venus de plusieurs villages voisins.
Mais à quelques encablures du cimetière, le cortège se heurte à un obstacle inattendu. Un dozo, chargé de la surveillance de la zone, s’oppose au passage. Armé de son fusil de chasse, il réclame des explications, affirmant n’avoir reçu aucune information sur ce déplacement nocturne. Les échanges se tendent, les mots se durcissent, et en quelques instants, la situation dégénère.
Se sentant publiquement défiés, les initiés panthère réagissent avec violence. Le chasseur est désarmé, violemment pris à partie et dépouillé de sa tenue, qui sera ensuite remise à un notable du village. Alerté, le chef de Gorodi tente de désamorcer la crise. Il se rend auprès de la communauté malinké pour présenter ses excuses, accompagnées d’un geste symbolique de 50 000 francs CFA. Mais la blessure est déjà trop profonde.
La nuit bascule alors dans le chaos. Des groupes de jeunes, chauffés à blanc, mettent en place des représailles. Des maisons et des commerces sont incendiés, la peur s’empare du village et des coups de feu retentissent. Le bilan est lourd : huit personnes blessées par balles, dont un cas jugé grave, touché à l’abdomen, au bras et au pied.
Les victimes sont évacuées en urgence vers le CHR de Daloa, avant que les blessés les plus critiques ne soient transférés à Bouaké pour une prise en charge spécialisée.
Le lundi qui a suivi le drame, un calme précaire est revenu à Gorodi sous la surveillance des forces de l’ordre. Une enquête a été ouverte afin d’établir les responsabilités et prévenir toute résurgence des violences. Dans le village meurtri, les habitants tentent désormais de comprendre comment une nuit de recueillement a pu se muer en tragédie collective.
Jean Chresus, Abidjan
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