Cameroun Politique
 
Cliquez pour agrandir l'image  
Cameroun : Message à la jeunesse, « on veut le match, pas le discours » les jeunes n'écoutent plus Paul Biya
 

Cameroun : Message à la jeunesse, « on veut le match, pas le discours » les jeunes n'écoutent plus Paul Biya

 
 
 
 440 Vues
 
  0 Commentaire(s)
 
 Il y a 3 heures
 
 
 
 
 
© Koaci.com - mercredi 11 février 2026 - 07:32

Paul Biya ce Mardi 10 février 2026 (Ph)



Mardi 10 février 2026, 20 heures. Dans un sanck bar du quartier Nyom à Yaoundé, neuf jeunes attablés réclament à grands cris le match de Manchester United plutôt que le traditionnel discours présidentiel. Une scène révélatrice d'un fossé générationnel qui ne cesse de se creuser.



La télévision suspendue au mur du café « Kasongo » s'apprête à diffuser le message à la nation du chef de l'État. Mais autour des tables en bois sombre, l'atmosphère est électrique pour d'autres raisons. « Boss ! Le match ! On veut le match de Manchester ! », lance d'une voix forte Kevin, 28 ans, informaticien, en agitant la main vers le gérant. Ses huit compagnons acquiescent bruyamment.



À sa gauche, Arielle, 24 ans, étudiante en communication, tape nerveusement sur son téléphone. « Bryan Mbeumo joue ce soir contre West Ham. C'est ça qu'on veut voir, pas un discours qu'on connaît déjà par cœur », lâche-t-elle sans lever les yeux de son écran. Autour de la table, Franck et Boris, deux jeunes entrepreneurs de 30 et 26 ans, approuvent vigoureusement. « De toute façon, c'est toujours les mêmes promesses depuis qu'on est nés », ironise Boris en sirotant sa bière.



Plus loin, Nadège, 32 ans, professeure de lycée, partage la table avec trois autres jeunes professionnels : Yannick, commercial de 29 ans, Sandra, graphiste de 27 ans, et Olivier, ingénieur de 31 ans. « Vous vous souvenez du discours de l'année dernière ? Et celui d'il y a cinq ans ? C'est du copier-coller », soupire Nadège. Le neuvième jeune, Didier, 25 ans, mécanicien, renchérit : « Moi, j'ai arrêté d'écouter ces discours depuis longtemps. Ça ne change rien à ma vie. »



Finalement, le gérant cède. Le match s'affiche à l'écran. Une clameur de joie envahit l'établissement. Sur la chaîne nationale, le président Paul Biya, qui fêtera ses 93 ans ce 13 février 2026, s'adresse pourtant à ces jeunes qu'il ne semble plus toucher.



43 ans de pouvoir, 60 ans de fête... et un sentiment d'usure



Ce mercredi 11 février 2026 marque la 60e édition de la fête de la jeunesse au Cameroun. Une célébration qui devrait galvaniser une population dont plus de 60%, a moins de 25 ans. Pourtant, le rendez-vous traditionnel de la veille au soir, où le président s'adresse aux jeunes, suscite de moins en moins d'engouement.


Paul Biya, au pouvoir depuis novembre 1982, soit 43 ans, incarne pour toute une génération le seul visage du pouvoir qu’elle n’ait jamais connu. Arielle, la jeune étudiante du café, est née en 2002. Vingt ans après l'arrivée de Paul Biya à la présidence. Pour elle, comme pour des millions de jeunes Camerounais, ce nom est synonyme d'immobilisme.



« Mon père me raconte qu'à mon âge, on lui faisait déjà les mêmes promesses : l'emploi des jeunes, la modernisation du pays, les infrastructures. Aujourd'hui, je galère pour trouver un stage », confie-t-elle avec amertume.



 

Des promesses qui résonnent dans le vide



Les discours présidentiels à la jeunesse suivent, année après année, une trame similaire : appel au patriotisme, encouragement à l'entrepreneuriat, promesses d'investissements dans la formation et l'emploi. Des engagements que beaucoup de jeunes jugent rarement tenus.


« En 2018, il nous parlait déjà de créer 500 000 emplois. Où sont-ils ? », s'interroge Yannick, le commercial. « Mes amis diplômés de grandes écoles sont au chômage ou ont émigré. Ceux qui restent survivent dans l'informel. »



Les statistiques donnent raison à cette désillusion. Selon la Banque mondiale, le taux de chômage des jeunes au Cameroun oscille autour de 35 %. Le sous-emploi massif et la précarité touchent une grande partie des 18-35 ans. Les jeunes camerounais gagnent majoritairement leur vie dans le secteur informel.



Une jeunesse en quête de changement



Sur les réseaux sociaux, alors que le discours présidentiel était diffusé mardi soir, les hashtags liés au match de Manchester United dominaient largement les tendances camerounaises. #MbeumoTime et #MUNWHU ont écrasé toute référence au message à la nation.



Cette génération connectée, informée, voyageuse, aspire à autre chose. Elle observe les évolutions politiques en Afrique de l'Ouest, suit les transitions au Sénégal, au Nigeria, et se demande quand viendra son tour d'avoir voix au chapitre.


« Nous ne sommes plus les jeunes de 1982. Nous avons accès à l'information, nous voyons ce qui se passe ailleurs. On ne peut plus nous raconter n'importe quoi », affirme Olivier, l'ingénieur, qui envisage sérieusement de s'expatrier au Canada.



Fossé générationnel abyssal



À bientôt 93 ans, Paul Biya représente un fossé générationnel qui semble infranchissable. Comment un nonagénaire peut-il comprendre les aspirations d'une génération née avec Internet, les smartphones et les réseaux sociaux ? Comment peut-il répondre aux défis d'une jeunesse qui rêve de start-up, de liberté d'expression et de renouveau politique ?


« Le problème n'est pas l'âge en soi, c'est le décalage », nuance Nadège, la professeure. « Quand on nous parle encore comme dans les années 80, quand les solutions proposées datent d'une autre époque, forcément, ça ne marche pas. »



 

Dans les rues de Yaoundé, Douala ou Bafoussam, rares sont les rassemblements spontanés de jeunes pour écouter le discours présidentiel. Les places publiques, autrefois bondées lors de ces occasions, restent désormais largement vides.



Bryan Mbeumo, symbole de réussite 



Le choix des jeunes du snack bar « kasongo » de préférer le match de football au discours n'est pas anodin. Bryan Mbeumo, attaquant de 26 ans évoluant en Premier League anglaise, incarne ce que cette génération admire : la réussite par le talent, l'excellence à l'international, la reconnaissance au mérite.


« Mbeumo nous représente mieux que n'importe quel discours politique », affirme Kevin. « Il a notre âge, il vient d'ici, et il a réussi par son travail. C'est notre modèle, pas un président qu'on n'a jamais choisi. »


Cette remarque cinglante résume le sentiment d'une large partie de la jeunesse camerounaise : une quête de représentation, d'identification à des figures qui leur ressemblent et comprennent leurs réalités.


Alors que le Cameroun célèbre ce 11 février 2026 sa 60e fête de la jeunesse, la question se pose avec acuité : comment renouer le dialogue entre le pouvoir et cette force vive de la nation ?



Les experts en sciences politiques soulignent l'urgence d'une réforme profonde, non seulement des politiques publiques en faveur de la jeunesse, mais aussi des modes de communication et de gouvernance.


« Les jeunes ne demandent pas la charité, ils veulent des opportunités. Ils ne veulent pas de promesses, ils veulent des actes. Et surtout, ils veulent être écoutés, pas seulement une fois par an », lit-on sur les réseaux sociaux notamment sur Meta et X (ancien Twitter). 



Au snack bar « Kasongo », le match s'est terminé. Les neuf jeunes se dispersent dans la nuit yaoundéenne, leurs téléphones à la main, commentant les performances de Mbeumo. Du discours présidentiel, personne ne parle. Comme si, dans leur esprit, ce rendez-vous annuel appartenait déjà à un passé révolu.


Une chose est certaine : à 43 ans de pouvoir et à l'aube de ses 93 ans, Paul Biya fait face à un défi qu'aucun discours ne semble pouvoir relever – reconquérir la confiance d'une jeunesse qui a déjà tourné la page.



-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com 


 
 
  Par Koaci
 
 
 
 
RESTEZ CONNECTÉ
 
En téléchargeant l'application KOACI.
  
 
 

SONDAGE

Côte d'Ivoire : Retour des accidents mortels sur les routes, faut-il changer de stratégie pour les opérations de lutte contre l’incivisme ?
 
 
   + Voir les resultats
 
 
DERNIER SONDAGE
 
Côte d'Ivoire : Assemblée nationale, le groupe parlementaire RHDP formé sans ses indé...
 
2115
Oui
61%  
 
1241
Non
36%  
 
126
Sans avis
4%  
 
 
 
 
 
 
 
  0 Commentaire(s)
Cameroun : Message à la jeunesse, « on veut le match, pas le discours » les jeunes n'écoutent plus Paul Biya
 
 
Veuillez vous connecter pour commenter ce contenu.
 
Votre avis nous intéresse.
 
 
 
Soyez le premier à commenter cet article
 
 
 
 
 
Divertissements
 
 
 
 
Réseaux sociaux
 
+164k
+110,7k
 
Pays
 
 
 
 
Télécharger l'application KOACI
 
   
NOUS CONTACTER
 
contact@koaci.com
koaci@yahoo.fr
+225 07 08 85 52 93
 
 
NEWSLETTER
 
Restez connecté via notre newsletter