Côte d'Ivoire : Cacao en crise et dépendance agricole, Lamoussa Djinko sonne l'alarme sur les failles du modèle économique ivoirien
En marge de la reprise des activités du Renouveau démocratique, l’opposant ivoirien, Lamoussa Djinko a dénoncé la baisse du prix bord champ du cacao, rejeté l’idée d’une monnaie propre à l’AES et appelé à une réforme profonde du modèle économique national.
Le président du parti Renouveau démocratique (RD, a profité de la reprise officielle des activités de sa formation politique, lors d’une conférence de presse à Cocody-Attoban, pour livrer une analyse critique de la situation économique nationale et sous-régionale. Au cœur de son intervention : la question du prix bord champ du cacao, qu’il estime préoccupante pour les producteurs, et les choix stratégiques en matière monétaire et de développement.
Lamoussa Djinko a longuement insisté sur la situation des producteurs de cacao, dénonçant une baisse significative du prix bord champ dans plusieurs localités du pays.
Selon lui, avant les élections, un prix de 2 800 FCFA le kilogramme avait été annoncé, suscitant espoir et adhésion dans les zones de production. Mais sur le terrain, affirme-t-il, la réalité serait différente.
Il cite notamment, 2 000 FCFA à N’Douci, 1 800 FCFA à Gagnoa et Bouaflé, 1 500 FCFA à Danané, 1 700 FCFA à Zuénoula.
À cela s’ajouteraient, selon lui, des pratiques consistant à retrancher jusqu’à 10 kg par sac avant l’achat effectif.
« Les agriculteurs n’arrivent pas à vendre parce qu’il n’y a pas d’acheteurs. Que font-ils de leurs fèves ? » s’est-il interrogé.
L’opposant affirme que certains producteurs ayant déjà livré leur récolte seraient encore en attente de paiement, aggravant la précarité d’un secteur où les revenus sont essentiellement saisonniers.
« Le paysan récolte une fois par an. S’il ne perçoit pas ses ressources à temps, c’est la pauvreté permanente », a-t-il martelé. « Nous vivons encore dans une économie agraire »
Au-delà du prix bord champ, Lamoussa Djinko a remis en cause la place centrale accordée à l’agriculture dans le modèle économique ivoirien.
« L’économie d’un pays ne peut pas reposer uniquement sur l’agriculture. Elle doit s’appuyer sur tous les secteurs », a-t-il déclaré.
Comparant la Côte d’Ivoire aux économies occidentales, il a rappelé que l’agriculture représente environ 0,8 % du PIB aux États-Unis et 1,4 % en Europe, contre 18 à 20 % en Côte d’Ivoire. Il estime par ailleurs que près de 80 % de la population dépend directement ou indirectement de ce secteur.
« Nous vivons encore avec une agriculture agraire dépassée depuis la révolution industrielle », a-t-il affirmé, appelant à une industrialisation accrue et à une transformation locale des matières premières.
Pour lui, tant que le pays continuera à exporter du cacao et du café pour importer des biens d’équipement, la dépendance économique persistera.
Le président du RD a également critiqué le Plan national de développement (PND), chiffré à 115 000 milliards de FCFA sur cinq ans. Il s’interroge sur les sources de financement et la soutenabilité d’un tel programme.
« Avez-vous analysé ce que l’on va faire avec cet argent et d’où il provient ? C’est cela le problème », a-t-il lancé à l’endroit des autorités.
Il a aussi mis en garde contre une concentration excessive des pouvoirs, évoquant le risque d’un « gouvernement vertical » dominé par une seule formation politique.
Sur le plan sous-régional, Lamoussa Djinko s’est opposé à l’idée d’une monnaie propre aux pays de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger).
Selon lui, une monnaie ne peut être forte que si elle repose sur un marché vaste et dynamique.
« Si vous ne maîtrisez pas votre économie, vous ne maîtrisez rien », a-t-il soutenu, estimant que l’AES ne disposerait pas d’un marché suffisamment large pour garantir la stabilité d’une nouvelle devise.
Il préconise le maintien dans l’espace UEMOA et appelle au dialogue entre l’AES et la CEDEAO. Il invite également le président Alassane Ouattara à jouer un rôle de médiateur dans la sous-région.
Au-delà des débats actuels, Lamoussa Djinko propose une réforme en profondeur de l’architecture monétaire africaine, avec la création de quatre grandes zones continentales : Ouest, Nord, Centre et Sud.
Objectif : renforcer l’intégration économique, soutenir l’industrialisation et permettre à l’Afrique de produire davantage ce qu’elle consomme.
« L’Afrique n’a pas besoin de rêver aux États-Unis d’Afrique, mais au moins, sur le plan économique, nous pouvons nous rapprocher », a-t-il conclu.
À travers cette sortie médiatique, le président du Renouveau démocratique entend positionner son parti comme une force de proposition, en mettant l’accent sur la défense des producteurs de cacao et la nécessité de repenser en profondeur le modèle économique ivoirien.
Wassimagnon
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
