Cameroun/États-Unis : Des migrants non camerounais déportés en secret à Yaoundé, sans égard pour leurs protections juridiques
Les USA ont discrètement expulsé des dizaines de migrants vers le Cameroun, alors qu'aucun d'entre eux n'est originaire de ce pays ni même du continent africain. Ces transferts forcés ont été mis en lumière par le New York Times et relayés par l'agence Reuters.
Vols clandestins, des migrants enchaînés
Un premier groupe de neuf personnes a quitté Alexandria, en Louisiane, le 14 janvier 2026, à bord d'un appareil du Département de la Sécurité intérieure (DHS). Un second contingent, également composé de neuf individus, a atterri à Yaoundé le 14 février. La grande majorité de ces personnes bénéficiait, au moment de leur expulsion, d'ordonnances judiciaires américaines les protégeant explicitement contre tout renvoi vers leur pays d'origine. Selon plusieurs témoignages recueillis par le New York Times, les migrants concernés n'ont appris leur destination qu'au moment d'embarquer, menottés et enchaînés, sans aucune explication préalable sur le lieu où ils étaient conduits. Certains avaient été transférés depuis différents centres de rétention à travers les États-Unis, où ils étaient parfois détenus depuis plus d'un an. Un ressortissant zimbabwéen de 37 ans, établi aux États-Unis depuis une quinzaine d'années, a comparé le procédé à une opération de traite d'êtres humains. « Nous avons été déposés là comme des colis », a-t-il confié au journal américain sous couvert d'anonymat, par crainte de représailles. Il avait fui le Zimbabwe après avoir refusé de rejoindre l'armée et redoute pour sa vie s'il devait y retourner.
Accord secret financé par Washington
D'après le New York Times, cette affaire tourne autour d'un accord bilatéral secret entre Yaoundé et Washington, dont ni l'existence ni les détails n'ont été divulgués par les deux gouvernements. Toujours selon les documents obtenus par le New York Times, les États-Unis auraient versé au Cameroun une avance d'environ 40 millions de dollars, soit plus de 22 milliards de francs CFA, pour accueillir ces déportés dans un centre de détention d'État, situé dans la capitale camerounaise. Lorsque le ministère camerounais des Affaires étrangères a été interrogé à ce sujet, il a choisi de ne pas commenter. De son côté, le Département d'État américain a précisé qu'il ne faisait pas de commentaires sur ses « communications diplomatiques avec d'autres gouvernements ». Le DHS n'a également pas répondu aux demandes de Reuters.
Des migrants pris en étau entre deux États
Depuis leur arrivée à Yaoundé, les personnes expulsées se retrouvent dans une situation digne de Kafka : enfermées dans un centre d'État, elles n'ont qu'une seule option proposée par les autorités camerounaises — retourner dans le pays qu'elles avaient fui pour échapper à la guerre ou aux persécutions. Les avocats, qui ont pu échanger par téléphone avec certains d'entre eux, confirment cette réalité et dénoncent une violation flagrante des protections juridiques obtenues devant les tribunaux américains.
Ces révélations démontrent la tendance plus large au sein de l'administration Trump, qui aurait signé plusieurs accords similaires avec d'autres pays, parfois en échange de compensations financières, pour contourner les obstacles juridiques internes. Ces arrangements permettent de renvoyer des personnes vers des destinations intermédiaires, échappant ainsi à la juridiction des juges américains et aux protections qu'ils avaient légalement acquises. Jusqu'à présent, les expulsions vers le Cameroun seraient les premières de ce type impliquant ce pays. Elles montrent enfin, l'opacité qui entoure la politique migratoire américaine.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com
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