Côte d'Ivoire : Au SIA 2026, Abidjan veut franchir un cap industriel dans la filière hévéa
Paris accueille en février la 62ᵉ édition du Salon International de l'Agriculture, un rendez-vous stratégique pour les pays producteurs désireux d’affirmer leur savoir-faire et d’attirer des partenaires. Parmi les délégations africaines les plus remarquées figure celle de la Côte d’Ivoire, venue défendre une ambition claire : transformer davantage son caoutchouc naturel sur son propre sol et ne plus se limiter au rôle de grand exportateur de matière première.
Au cœur de cette dynamique, Lamine Sanogo, président de l’AUPCN (Association des Usiniers et Producteurs de Caoutchouc Naturel), a multiplié les échanges avec investisseurs, industriels et partenaires techniques. Devant un public attentif, il a rappelé que la Côte d’Ivoire produit près de deux millions de tonnes de caoutchouc naturel par an, ce qui la place parmi les tout premiers producteurs mondiaux. Mais pour lui, le véritable défi n’est plus celui des volumes. Il réside désormais dans la capacité du pays à créer plus de valeur ajoutée localement.
La première transformation, assurée par les unités industrielles installées sur le territoire, a permis de structurer la filière et de consolider des milliers d’emplois directs et indirects. Toutefois, la seconde transformation — c’est-à-dire la fabrication de produits semi-finis ou finis à base de caoutchouc — reste encore marginale au regard du potentiel national. Pneumatiques, pièces industrielles, équipements techniques : autant de segments où la Côte d’Ivoire pourrait capter une part bien plus importante de la richesse générée par sa production.
Au Salon, les discussions ont mis en lumière les enjeux concrets liés à cette montée en gamme : compétitivité énergétique, accès au financement, logistique portuaire et routière, transfert de technologies et formation de compétences spécialisées. Les usiniers ivoiriens plaident pour un environnement plus favorable à l’investissement industriel, avec un cadre réglementaire stable et incitatif capable de sécuriser les capitaux engagés dans des projets lourds et structurants.
Pour l’AUPCN, l’industrialisation accrue de la filière hévéa ne pourra se faire sans un partenariat stratégique renforcé entre l’État et le secteur privé. L’objectif est double : consolider le leadership productif du pays et transformer ce leadership en moteur de développement industriel durable. À travers sa participation au SIA 2026, la Côte d’Ivoire ne se contente donc pas d’exposer ses performances agricoles ; elle affiche une vision économique tournée vers la transformation locale, la création d’emplois qualifiés et l’affirmation d’un rôle régional de premier plan.
Dans les allées du salon parisien, le message est limpide : le temps du simple exportateur de matière brute touche à ses limites. La Côte d’Ivoire entend désormais inscrire le caoutchouc naturel dans une stratégie industrielle ambitieuse, capable de renforcer sa souveraineté économique et d’accroître durablement les retombées pour l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur.
Jean Chresus, Abidjan
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