Cameroun : Décès d'Anicet Ekane, l'autopsie conclut à une mort naturelle, une conclusion qui ne convainc pas tout le monde
Ce lundi, le ministère de la Défense a publié un communiqué qui dévoile les résultats de l'autopsie médico-légale réalisée sur le corps d'Anicet Georges Ekane, le président national du MANIDEM, qui est décédé le 1er décembre 2025 au Centre Médical Militaire de la Gendarmerie Nationale à Yaoundé. Le verdict est clair : il s'agit d'une mort naturelle.
Autopsie aux conclusions sans surprise
Selon un communiqué signé par le Capitaine de Vaisseau Atonfack Guemo Cyrille Serge, qui est le chef de division de la communication au ministère de la Défense, le rapport d'autopsie a été élaboré par une équipe composée d'un Professeur et de deux Docteurs en médecine. Les examens complémentaires ont été effectués au centre universitaire Romand de médecine légale en Suisse, et le rapport a été remis au commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Yaoundé le lundi 23 février 2026.
Les conclusions indiquent qu'il n'y a « aucune lésion traumatique » et qu'il existe « de graves pathologies ayant affecté un patient avec des antécédents médicaux lourds ». Ainsi, le rapport conclut à une mort naturelle. Sur cette base, le Commissaire du gouvernement a donné l'ordre de lever les scellés le 23 février, permettant à la direction de l'hôpital central de Yaoundé de remettre le corps aux ayants droit.
Un contexte, des questions
Il est difficile de ne pas être sceptique face aux conclusions définitives que le gouvernement présente, surtout dans le contexte entourant la mort d'Anicet Ekane. Ce politicien a été arrêté le 24 octobre 2025 à Douala, suite aux violences qui ont eu lieu avant et après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle du 12 octobre 2025.
D'après le communiqué, son arrestation et sa garde à vue étaient « liées à son implication dans les manifestations violentes » de cette période. Cependant, ce qui a vraiment choqué l'opinion publique, c'est la façon dont cette arrestation a été menée.
Maurice Kamto, le président national du Mrc, a décrit dans un communiqué un homme arrêté « encagoulé comme une bête sauvage » et transféré à Yaoundé, où il a été enfermé dans une cellule du Secrétariat d'État à la Défense (SED), sans accès, selon lui, « à l'appareil médical qui soutenait sa vie ». À 74 ans, Anicet Ekane avait effectivement besoin d'une attention médicale constante.
Plus de deux mois de rétention du corps
La controverse ne s'est pas éteinte avec le décès. Pendant plus de deux mois, le corps d'Anicet Ekane a été retenu, inaccessible à sa famille. Maurice Kamto a fermement dénoncé cette situation dans son communiqué du 21 février, qualifiant cette confiscation d'acte « renforçant l'idée d'un assassinat politique ».
Ce n'est que le 23 février 2026, après la remise du rapport d'autopsie, que les avocats de la famille ont été informés de la libération du corps. Les conclusions officielles, que beaucoup considèrent comme prévisibles, ne suffiront probablement pas à mettre un terme au débat.
Comment un homme en détention, privé de soins médicaux essentiels, peut-il mourir d'une mort purement naturelle sans que les conditions de son incarcération soient remises en question ? C'est la question que soulèvent implicitement les proches du défunt ainsi qu'une partie de la classe politique camerounaise.
Pour ses partisans, Anicet Ekane restera un homme politique décédé dans des circonstances que l'État camerounais n'a pas su, ou voulu, empêcher. Pour le gouvernement, le dossier judiciaire et médical est désormais clos. La dépouille du président du MANIDEM est enfin à la disposition de sa famille, plus de deux mois après sa mort.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com
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