Cameroun : Même mort, Anicet Ekane dérange encore, l'église refuse son inhumation au cimetière de Bafoussam
Dans un courrier daté du 12 mars 2026, l'Église évangélique du Cameroun (EEC), région synodale de la Mifi (Ouest), a signifié au Manidem son refus catégorique d'inhumer Anicet Ekane au cimetière de Bafoussam-Plateau. L'opposant, décédé en détention dans un contexte post-électoral particulièrement tendu, ne pourra pas non plus y voir ériger le mausolée réclamé par ses proches.
La réponse de l'EEC est sans ambiguïté. Dans sa correspondance adressée au Vice-Président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), l'institution religieuse rappelle qu'une interdiction d'inhumation est en vigueur depuis 2016 au cimetière de Bafoussam-Plateau. Cette mesure, qui remonte à une décision du Bureau de la Région Synodale de la Mifi, interdit de facto toute nouvelle mise en terre sur ce site, ainsi que la construction de tout monument funéraire.
Le courrier, signé par le Président de Région et portant la référence N°2026-PI/PRS/MIFI/24A, constitue une réponse à une demande formulée par le MANIDEM le 9 mars 2026 et reçue le 12 mars 2026. Tout en affirmant sa compassion à l'égard de la famille et du mouvement politique, l'Église conclut qu'il lui est « impossible de répondre favorablement à votre demande ».
Opposant mort en détention, mémoire en suspens
Anicet Ekane n'était pas un inconnu du paysage politique camerounais. Président national du Manidem, il incarnait depuis des décennies une opposition ferme et engagée. Sa mort en détention, survenue dans le sillage d'une séquence électorale fortement contestée- marquée par des accusations de confiscation du pouvoir à Yaoundé - lui a conféré une dimension symbolique supplémentaire aux yeux de ses partisans.
Pour ses proches, le choix du lieu d'inhumation n'avait rien d'anodin. Anicet Ekane souhaitait reposer au cimetière de Bafoussam-Plateau, à proximité de la sépulture d'Ernest Ouandié, martyr de la résistance anticoloniale et figure tutélaire pour de nombreux nationalistes camerounais..
Entre religion et politique
La décision de l'EEC suscite des réactions contrastées au sein de la société civile et dans les cercles de l'opposition. Pour certains, il s'agit d'une application stricte et légitime d'un règlement interne, sans aucune arrière-pensée politique. L'Église aurait simplement respecté ses propres normes de gestion du cimetière, indépendamment de l'identité du défunt.
Pour d'autres, en revanche, le contexte post-électoral et la personnalité d'Anicet Ekane rendent cette décision difficile à dissocier d'un environnement politique chargé. Certains observateurs n'hésitent pas à y lire une mesure à connotation politique, destinée, consciemment ou non, à priver l'opposition d'un lieu de mémoire fédérateur.
La question de l'inhumation demeure entière. D'autres sites, d'autres arrangements sont vraisemblablement à l'étude, mais aucune décision n'a été rendue publique.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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