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Cameroun : Assemblée nationale, les premières nominations de Datouo Théodore relancent le spectre du tribalisme
 

Cameroun : Assemblée nationale, les premières nominations de Datouo Théodore relancent le spectre du tribalisme

 
 
 
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© Koaci.com - mardi 24 mars 2026 - 12:22

Datouo Théodore, nouveau PAN (Ph)



À peine installé dans ses fonctions de président de l'Assemblée nationale, Datouo Théodore vient d'effectuer ses premiers actes officiels de gestion. En nommant deux personnalités originaires de la même région que lui — l'Ouest du Cameroun — à la tête de son cabinet, le nouveau PAN ravive une plaie persistante dans la gouvernance camerounaise : le tribalisme dans les nominations.


La nouvelle a rapidement circulé dans les couloirs feutrés du Palais des Congrès de Yaoundé. Tamba Isaac, 67 ans, professeur titulaire des universités aux états de service bien connus, a été nommé directeur du cabinet du président de l'Assemblée nationale. Dans la foulée, Djouhou Nana Eric Christian hérite du poste de directeur adjoint du même cabinet. Deux nominations, deux personnalités, un point commun qui n'a pas tardé à alimenter les conversations : tous deux sont originaires de l'Ouest-Cameroun, la région dont est issu Datouo Théodore lui-même.


Ce qui a choqué davantage l'opinion, c'est la précipitation avec laquelle ces nominations ont été effectuées. À peine une semaine après la prise de fonctions du nouveau PAN, les décrets tombent déjà. Comme si les postes avaient été attribués avant même que le fauteuil présidentiel ne soit officiellement occupé. Dans un pays où l'art de la patience et de la retenue est souvent érigé en vertu politique, cette hâte a été perçue comme un manque de décence flagrant, une désinvolture totale vis-à-vis de l'opinion publique.


Tamba Isaac, un intégriste rattrapé par ses étiquettes


Sur le plan académique, Tamba Isaac est loin d'être un inconnu. Professeur titulaire des universités, il dispose d'une carrière scientifique solide, construite sur plusieurs décennies d'enseignement et de recherche. Mais c'est son passage comme conseiller technique au ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire (Minepat) puis sa nomination comme directeur général de l'Économie qui ont forgé sa réputation — à double tranchant.


Car dans les couloirs de l'administration camerounaise, nombreux sont ceux qui gardent un souvenir peu flatteur de son style de management. Certains anciens collègues le décrivent comme un homme porté par une solidarité communautaire forte au point de verser dans ce que d'aucuns n'hésitent pas à qualifier de « bamiléké-centrisme » dans la gestion des ressources humaines. Une image d'intégrisme identitaire qui colle à sa peau et que ses contempteurs ressortent aujourd'hui, alors que sa nouvelle nomination ravive les mêmes interrogations.


« C'est notre tour ! », l'expression qui résume tout


Dans les réseaux sociaux et les discussions de couloir, l'expression a rapidement fait florès : « C'est notre tour ! ». Trois mots qui, dans le contexte camerounais, disent tout de la logique ethnique qui gouverne encore trop souvent la répartition des postes de responsabilité. Certains observateurs, amers, font remarquer que cette foire aux nominations constitue la première sortie publique du nouveau PAN — et le spectacle n'est guère encourageant.


 

La logique est en réalité vieille comme la République. À chaque changement de garde à la tête d'une institution, d'un ministère ou d'une grande entreprise publique, la course aux postes s'organise selon des critères identitaires. Le mérite, la compétence, l'ancienneté passent souvent au second plan, derrière l'appartenance ethnique, régionale ou clanique. Le nouveau titulaire du poste est attendu au tournant par « les siens », qui estiment légitime d'être servis en priorité.


Le précédent Cavaye et la continuité d'une pratique


Pour comprendre l'ampleur du malaise, il faut se rappeler des années Cavaye Yeguie Djibril, qui a présidé aux destinées de l'Assemblée nationale pendant plus de trois décennies. Son long règne à la tête de l'institution parlementaire avait lui aussi donné lieu à des critiques acerbes sur la gestion communautaire des postes. Les ressortissants de l’Extreme-Nord s'étaient vu ouvrir de nombreuses portes dans l'entourage immédiat du président, au détriment d'une diversité plus représentative de la mosaïque nationale.


Le changement de tête à la présidence de l'Assemblée nationale aurait pu être l'occasion de rompre avec cette tradition néfaste. Mais les Camerounais qui nourrissaient cet espoir vont devoir, une fois de plus, faire le deuil d'une gouvernance méritocratique. Le signal envoyé dès les premières heures du nouveau mandat est clair : le système ne change pas, seuls les bénéficiaires se relaient.


Le tribalisme, une gangrène l'État 


Au-delà de l'anecdote, le phénomène des nominations communautaires est un révélateur d'un dysfonctionnement profond de l'État camerounais. Dans un pays qui se réclame de l'unité nationale et dont la devise officielle proclame « Paix – Travail – Patrie », la persistance du tribalisme dans la gestion de la chose publique constitue une contradiction criante.


Les conséquences sont multiples et durables. D'abord, la démotivation des cadres compétents qui ne bénéficient pas des bons réseaux ethniques pour accéder aux postes qu'ils méritent. Ensuite, l'inefficacité des institutions publiques, souvent gérées par des personnes nommées davantage pour leur loyauté tribale que pour leurs aptitudes professionnelles. Enfin et surtout, l'érosion du sentiment national, remplacé par des identités fragmentées et concurrentes.


Des voix s'élèvent régulièrement pour appeler à une réforme en profondeur du mode de sélection et de nomination des hauts fonctionnaires. Certains experts proposent l'instauration d'un système de concours transparent et méritocratique pour l'accès aux postes de responsabilité, à l'image de ce qui se pratique dans plusieurs démocraties avancées. D'autres plaident pour l'adoption d'une charte de bonne gouvernance liant les dirigeants à des critères objectifs de nomination.


Datouo Théodore face au test de l'impartialité


Le nouveau président de l'Assemblée nationale n'est pas sans connaître les enjeux symboliques de ses premiers actes. Dans un pays à forte sensibilité identitaire, chaque nomination est scrutée, décortiquée, commentée. Datouo Théodore a désormais sur les épaules le poids d'un début de mandat entaché par le soupçon du favoritisme tribal. Il lui appartient, dans les semaines et mois à venir, de démontrer par des actes que son horizon dépasse les frontières de sa région d'origine.


 

Car la présidence de l'Assemblée nationale n'est pas un poste ordinaire. C'est la troisième institution de la République, gardienne de la légitimité démocratique et de la représentation de l'ensemble du peuple camerounais dans sa diversité. Son titulaire a une responsabilité particulière de transcender les clivages pour incarner l'unité nationale. À ce titre, les prochaines nominations et décisions de gestion seront des indicateurs précieux de la direction qu’entend prendre le nouveau PAN.


Le Cameroun est à la croisée des chemins. Les générations montantes, connectées, informées et exigeantes, rejettent de plus en plus ostensiblement un système qu'elles jugent archaïque et injuste. La société civile, malgré ses fragilités, monte en puissance pour dénoncer les dérives de la gouvernance ethnique. Les réseaux sociaux, malgré leur bruit, amplifient ces voix et rendent chaque nomination communautaire visible et commentée en temps réel.


Face à ce contexte, le choix de Datouo Théodore de commencer son mandat en nommant des proches de sa région d'origine n'est pas seulement une faute politique — c'est un rendez-vous manqué avec l'histoire. Un rendez-vous qui, on l'espère, ne sera pas définitivement perdu si le nouveau président de l'Assemblée nationale choisit, dès ses prochains actes, de placer la compétence et l'intérêt national au-dessus des solidarités communautaires.


-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com





 
 
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