Côte d'Ivoire : Abidjan, quand les gbaka font la loi et défient l'État
À Abidjan, le chaos routier n’est plus une simple impression : il est devenu une réalité quotidienne, incarnée par les minicars communément appelés « gbaka ». Klaxons assourdissants, excès de vitesse, dépassements dangereux, arrêts anarchiques… Sur les principaux axes de la capitale économique ivoirienne, ces véhicules dictent leur propre loi, sous le regard impuissant ou silencieux des autorités.
D'Adjamé à Yopougon, en passant par Abobo, Attécoubé ou encore Bingerville, le constat est sans appel, les gbaka dominent l’espace routier. Arrêts brusques en pleine circulation, manœuvres à contresens, courses effrénées pour attirer les passagers… Ces pratiques, pourtant constitutives d’infractions graves au Code de la route, semblent rarement sanctionnées.
Cette situation soulève une question de fond : la loi est-elle appliquée de manière équitable à tous les usagers ? Alors que certains automobilistes sont verbalisés pour des infractions mineures, les gbaka semblent évoluer dans une zone grise, où les règles sont flexibles, voire inexistantes. Une disparité qui fragilise la crédibilité des forces de l’ordre et alimente un sentiment d’injustice chez les citoyens.
Derrière cette apparente anarchie se dessine un système bien plus complexe. Le secteur des gbaka constitue un pilier essentiel du transport urbain à Abidjan, assurant chaque jour le déplacement de milliers de personnes. Mais cette importance économique s’accompagne d’une organisation largement informelle, structurée autour de réseaux influents, difficiles à encadrer.
Faut-il y voir une crainte d’affrontements sociaux de la part des autorités ? Une incapacité à réformer un secteur profondément enraciné ? Ou une forme de tolérance tacite ? Si les réponses restent floues, les conséquences, elles, sont bien concrètes.
Chaque année, les routes ivoiriennes enregistrent leur lot d’accidents, parfois mortels. Et dans de nombreux cas, les gbaka sont mis en cause. Derrière les statistiques se cachent des drames humains : des familles endeuillées, des vies brisées, des enfants privés de leurs parents. Une réalité qui interroge sur le coût humain de cette impunité.
Face à l’ampleur du phénomène, les annonces ponctuelles d’opérations de contrôle ne suffisent plus. Pour de nombreux observateurs, l’heure est à des mesures fortes et durables. Cela passe par une application stricte et équitable de la loi, sans exception, mais aussi par une réforme en profondeur du secteur du transport urbain.
L’enjeu dépasse largement la simple question de la circulation. Il touche à l’autorité même de l’État et à sa capacité à garantir la sécurité de ses citoyens. Car tolérer l’indiscipline d’une catégorie d’usagers revient à envoyer un signal préoccupant : celui d’une loi à géométrie variable, négociable selon les circonstances.
Dès lors, une interrogation s’impose : combien de drames faudra-t-il encore pour que l’ordre soit rétabli sur les routes d’Abidjan ?
Wassimagnon
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