Cameroun : Des ouvriers fouettés dans des entrepôts chinois
Une vidéo devenue virale expose des scènes de maltraitance de travailleurs camerounais, filmées dans des dépôts appartenant à des opérateurs économiques chinois à Douala. Derrière les images, une question brûlante : jusqu'où va l'impunité ?
Le 2 mai 2026, au lendemain de la Journée internationale du travail, une vidéo s'est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux camerounais. En l’espace de quelques heures elle a recueilli +18 000 commentaires, +6 000 partages. On y voit des ouvriers camerounais frappés au fouet dans ce qui ressemble à un entrepôt appartenant à des commerçants chinois de Douala. En quelques heures, les réactions se sont comptées par milliers. Le mot revenu le plus souvent : Inacceptable.
Ce que montre la vidéo
Un hangar sans enseigne. Des cartons empilés, sans drapeau. Un homme à terre, déjà coupable d'être pauvre. Un autre, lui aussi camerounais, qui officie avec une lanière. Dans un éclair de dignité, le supplicié ose : « Vous me tapez pourquoi ? » Un troisième homme, mains dans les poches, ordonne d'une voix calme : « Laisse le fouet. » Rideau. Pas de Chinois visible. Pas d'enseigne identifiable. Publiée par le lanceur d'alerte N'Zui Manto, la vidéo décrit un mécanisme rodé : les opérateurs chinois, pour ne pas apparaître directement dans les images, confieraient le fouet à des intermédiaires camerounais. Une mise en scène de la sous-traitance de la violence, qui ne trompe pas les internautes : ce sont eux qui ordonnent, et des Camerounais qui exécutent.
Corruption en arrière-plan
Ce qui indigne autant que les images, c'est le contexte systémique qui les rend possibles. Selon les témoignages qui circulent et les accusations portées en ligne, des opérateurs économiques chinois corrompent des autorités locales pour obtenir, en échange, la mise à disposition de militaires. Selon des allégations ce sont ces militaires qui permettraient de faire régner une discipline d'un autre âge dans certains entrepôts.
La vidéo a été publiée le 2 mai — vingt-quatre heures seulement après la Journée internationale du travail. L'ironie du calendrier n'a échappé à personne.
Combien de Camerounais employés dans ces magasins disposent d'un contrat de travail régulier ?
Combien sont affiliés à la CNPS — Caisse nationale de prévoyance sociale ?
Combien d'opérateurs chinois travaillant au Cameroun détiennent un permis de travail en règle ?
Face au tollé, les questions fusent vers les responsables politiques. Où est le ministre du Travail et de la Sécurité sociale ? L'indignation est d'autant plus vive que ces pratiques, selon de nombreux commentateurs, ne sauraient être inconnues des autorités compétentes. Fermer les yeux sur de tels agissements, c'est en devenir complice.
Au Cameroun, on a trop longtemps réduit la notion d'emploi à une tolérance tacite de l'exploitation. La vidéo du 2 mai en est la démonstration la plus crue. Elle n'est pas un accident isolé : elle est le symptôme visible d'un système que personne n'a voulu voir — ou que certains ont eu intérêt à ne pas regarder.
Enfin, si il a été habitué aux standars européens, le Cameroun doit faire désormais face à ceux des chinois.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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