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Cameroun : Décès du Général Mpay, le cauchemar des bandits s'en va, mais les 9 de Bepanda restent sans justice
 

Cameroun : Décès du Général Mpay, le cauchemar des bandits s'en va, mais les 9 de Bepanda restent sans justice

 
 
 
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© Koaci.com - samedi 09 mai 2026 - 09:36

 Général de division Philippe Mpay (Ph)



Héros de la lutte contre les coupeurs de route pour les uns, figure controversée d'une justice expéditive pour les autres -Philippe Mpay laisse derrière lui un héritage que le Cameroun n'a jamais fini de débattre.



Le Général de division Philippe Mpay s'est éteint à Yaoundé dans la nuit du 9 mai 2026, à l'âge de 87 ans, selon une information confirmée à Koaci au téléphone par une source proche du défunt. Avec lui disparaît l'un des visages les plus complexes de l'armée camerounaise : soldat d'exception, formé à Saint-Cyr, redouté des criminels -et associé à l'une des affaires les plus sombres de l'histoire sécuritaire du pays.



Il s'en est allé discrètement, comme à son habitude. Le Général de division Philippe Mpay, 87 ans, natif de Nguibassal, digne fils du peuple Bassa, a rendu l'âme dans les premières heures de ce samedi 9 mai 2026, emporté par la maladie. Mais la mort d'un homme de cette trempe ne passe jamais inaperçue - surtout quand sa vie entière a été un champ de bataille, autant contre le banditisme que contre la mémoire collective.



Soixante ans de service. Une formation d'élite à Saint-Cyr et à l'École supérieure de guerre de Paris. Une réputation de fer forgée dans les déserts du septentrion où il traquait les coupeurs de route qui terrorisaient les populations et les axes commerciaux. Et puis, indéfectiblement lié à son nom : le Commandement Opérationnel — et l'affaire des 9 de Bepanda.



De Nguibassal à Saint-Cyr, un soldat taillé dans le roc



Né en 1939 dans le village de Nguibassal, Philippe Mpay est l'archétype du militaire de vocation. Formé dans les meilleures écoles militaires françaises, il intègre l'armée camerounaise avec la rigueur de ceux qui ont appris que l'ordre est une seconde nature. Sa montée en grade est linéaire, méthodique, chaque gallon gagné sur le terrain.



Commandant des Écoles militaires, il forme des générations d'officiers qui porteront son empreinte - cette façon d'allier, dit-on, compétence technique et sens humain. Ses contemporains le décrivent comme un homme de conviction, peu bavard, peu enclin aux mondanités du pouvoir. « Man Badjob » -l'homme du travail bien fait - n'est pas un surnom que l'on donne à un homme de cour. C'est celui que l'on réserve aux bâtisseurs.



Cauchemar des coupeurs de route


 

Sa nomination à la tête du Commandement Opérationnel de Douala, en 2000, intervient dans un contexte de criminalité galopante. Les coupeurs de route sèment la terreur sur les axes reliant les grandes villes du pays, rançonnant et tuant. La réponse de l'État est radicale : créer une unité d'élite, dotée de pouvoirs élargis, chargée d'en finir avec le grand banditisme. Mpay en prend la tête.



Les résultats sont indéniables. Dans le septentrion notamment, les opérations qu'il conduit permettent de démanteler des réseaux criminels structurés. Les populations des zones autrefois infestées respirent. Les commerçants retrouvent leurs routes. « Man Badjob » devient le cauchemar des criminels — et la fierté des autorités.



Dans un pays où la criminalité organisée défie l'État, Mpay a été celui qui a répondu -avec toute la brutalité que cette réponse implique, et toute l'ambiguïté qui en découle. 



Les 9 de Bepanda, le crime qui ne s'efface pas



Mais l'histoire du Général Mpay ne peut s'écrire sans ce chapitre-là. En 2001, neuf jeunes hommes du quartier Bepanda Omnisports à Douala sont interpellés par les éléments du Commandement Opérationnel. Le motif : une voisine les accuse d'avoir volé sa bouteille de gaz. Une voisine qui, par ailleurs, entretient des relations avec un commandant de gendarmerie.



Les neuf jeunes, tous âgés de moins de trente ans, sont embarqués. Ils ne reviendront jamais. Selon des sources concordantes, ils auraient été sommairement exécutés -sans jugement, sans procès, sans que leurs familles en soient informées. Leurs corps n'ont jamais été officiellement retrouvés.



Unité impliquée, Le Commandement Opérationnel, sous la direction du Général Mpay. Aucune condamnation n'a jamais été prononcée. L'affaire n'a jamais été officiellement soldée.



 

L'affaire avait provoqué une onde de choc au Cameroun et à l'international. Les organisations de défense des droits humains avaient dénoncé des exécutions extrajudiciaires. Le gouvernement avait tardé à répondre, puis répondu vaguement. Mpay, lui, n'a jamais été mis en cause officiellement. Il a continué sa carrière. Il est mort sans avoir eu à rendre de comptes sur ce dossier.



Voilà le paradoxe que laisse le Général Philippe Mpay : deux récits parfaitement incompatibles, et pourtant tous deux vrais. Celui d'un officier d'élite, formateur de cadres, bâtisseur d'une armée professionnelle, efficace contre une criminalité qui menaçait la vie de milliers de citoyens. Et celui d'un homme à la tête d'une unité qui a pratiqué la justice expéditive, sans procès, sans recours - tuant des innocents présumés sur la foi d'une accusation de voisinage.



La mort ne tranche pas ce débat. Elle l'ouvre, au contraire. Comment une société fait-elle le deuil d'un homme dont l'action a sauvé des vies tout en en supprimant d'autres arbitrairement ? Comment honore-t-on le soldat sans absoudre le bourreau présumé ?



Il sera inhumé avec les honneurs militaires. Et les familles des 9 de Bepanda continueront d'attendre une vérité qui ne viendra probablement jamais.



Repose en paix, Général. L'histoire, elle, ne se reposera pas si vite.



-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com





 
 
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