Cameroun : Région du Littoral, le torchon brûle entre le gouverneur et le préfet, tout le pays en parle
De gauche a droite, gouverneur du littoral et préfet du Wouri (Ph)
Mercredi matin, place de la Besseke. Douala est en habits de fête. Les autorités se saluent, les drapeaux claquent, le protocole suit son cours habituel. C'est dans ce cadre solennel que se glisse une scène qui, en dix secondes chrono, va éclipser tout le reste. Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, gouverneur de la région du Littoral, arrive. Les regards se tournent vers lui. Et là — rien. Pas un geste en direction de Sylyac Marie Mvogo, préfet du Wouri, pourtant présent dans l'espace des salutations protocolaires. Le gouverneur passe. Le préfet reste planté là.
Quelqu'un a filmé. La vidéo part sur WhatsApp. Puis sur Facebook. Puis sur X. En quelques heures, elle devient le sujet de conversation numéro un du Cameroun connecté.
La toile prend feu
« Un gouverneur qui ignore son préfet en public, c'est pas un problème de protocole. C'est un message. Et tout le monde a compris ce message», écrit un internaute.
« Franchement on juge sur 10 secondes maintenant ? Le gouverneur a peut-être juste pas vu. Arrêtez de faire des films », ajoute une autre.
« Ces deux-là se détestent depuis des mois. La lettre au MINAT, l'affaire de Bwang Bakoko… Cette vidéo c'est juste la cerise sur le gâteau », écrit Alain Fotso.
Pour comprendre ce moment, il faut remonter au 14 avril 2026. Ce jour-là, le préfet Mvogo envoie une correspondance explosive au ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji. Dans ce courrier, il accuse nommément le gouverneur Ivaha Diboua d'avoir manipulé des chefs traditionnels locaux dans l'affaire dite de Bwang Bakoko — une occupation illicite d'une dépendance du domaine public routier de l'État. Des accusations graves, portées par écrit, par un subordonné contre son supérieur hiérarchique direct. Une bombe administrative à retardement.
Depuis, le torchon brûle. Et la vidéo du 20 mai serait, selon plusieurs sources proches de l'administration régionale, la traduction publique d'une guerre froide qui dure depuis plusieurs semaines. Le gouverneur, informé des accusations du préfet, aurait décidé de lui signifier son mépris de la façon la plus visible qui soit : devant les caméras, devant les officiels, devant Douala entière.
Ni le gouverneur ni le préfet n'ont réagi publiquement à la vidéo. Le MINAT n'a, à ce jour, fait aucune déclaration sur la correspondance du 14 avril. Les deux camps observent le silence.
Reste une question que beaucoup se posent, en dehors du geste : qu'est-ce que cette scène dit de l'état de notre administration ? Quand deux hauts responsables chargés de gérer la métropole économique du pays ne peuvent plus se serrer la main en public, qui en paie le prix ? Pas les gouverneurs. Pas les préfets. Les populations du Wouri, elles, attendent toujours que leurs dossiers avancent.
Dix secondes de vidéo pour révéler des mois de tensions. Les réseaux sociaux ont fait leur travail. Reste à savoir si Yaoundé fera le sien.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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