Cameroun : Violences sexuelles sur mineurs, le barreau monte au créneau
Le Cameroun traverserait-il une crise silencieuse de protection de l'enfance ? Les signaux d'alarme se multiplient.
Depuis plusieurs semaines au Cameroun, des cas de violences sexuelles sur des enfants -filles et garçons - sont signalés dans des proportions qui dépassent désormais les capacités d'indifférence collective. Yaoundé, Douala, Bangangté, Dschang, Bafoussam, Bamenda…: la carte des abus s'étend, révélant une réalité que beaucoup préféraient ignorer. L'agression sexuelle récente d'une fillette de trois ans a achevé de briser les digues de la retenue, provoquant une vague d'indignation nationale et poussant les autorités à ouvrir des enquêtes.
C'est dans ce contexte d'urgence que le Barreau du Cameroun a choisi de prendre la parole.
Dans un communiqué rendu public, l'Ordre des avocats du Cameroun tire la sonnette d'alarme. Pour le Barreau, nous ne sommes plus face à des incidents isolés, mais devant une tendance de fond qui menace la sécurité des enfants dans les espaces mêmes censés les protéger : l'école, le quartier, le foyer familial.
Ce qui aggrave le tableau, selon les avocats, c'est le profil de certains mis en cause. Plusieurs affaires impliquent des individus jouissant d'une autorité naturelle ou d'une confiance institutionnelle — des enseignants, des proches des familles, des figures d'encadrement.
Le souvenir de Divine
Le Barreau n'a pas manqué d'évoquer la mémoire de la jeune Divine Mbarga Atangana, retrouvée sans vie en mars dernier dans des circonstances qui avaient profondément ébranlé l'opinion. Son nom est devenu, pour beaucoup, le symbole d'une vulnérabilité systémique laissée sans réponse suffisante. En le citant dans son communiqué, l'Ordre des avocats entend rappeler que les drames actuels s'inscrivent dans une continuité préoccupante, et non dans une soudaine série d'accidents.
Mettre fin aux arrangements à l'amiable
L'un des points les plus fermes du communiqué concerne la pratique, bien connue mais rarement dénoncée publiquement, des règlements informels. Dans certains cas, des auteurs présumés d'abus auraient bénéficié d'arrangements familiaux ou communautaires qui ont eu pour effet — voulu ou non — de les soustraire aux poursuites judiciaires. Le Barreau condamne sans ambiguïté ces pratiques et appelle magistrats, officiers de police judiciaire et procureurs à ne laisser aucune affaire s'éteindre dans le couloir des négociations privées. La loi doit s'appliquer avec toute sa rigueur, sans considération de statut social, de liens familiaux ou de pression communautaire.
Au-delà de la réponse judiciaire, le Barreau formule des recommandations concrètes en matière de prévention. L'institution pointe notamment les lacunes dans les procédures de recrutement du personnel enseignant, en particulier dans le secteur privé, où les vérifications d'antécédents seraient insuffisantes. Elle appelle à un renforcement rigoureux des contrôles à l'embauche, afin d'éviter que des individus aux profils problématiques ne se retrouvent en position d'autorité sur des enfants.
Parallèlement, les avocats plaident pour l'intensification des campagnes de sensibilisation à destination des enfants eux-mêmes, mais aussi des familles et des communautés. L'éducation à la protection, à la parole libérée, à l'identification des comportements suspects, constitue selon eux un pilier indispensable de toute stratégie de lutte durable contre les abus sexuels.
Sur le plan pratique, le Barreau annonce la mise en place d'une cellule spéciale d'assistance juridique dédiée aux victimes et à leurs familles. Cette structure a vocation à offrir un accompagnement dans le suivi des procédures judiciaires — orientation vers les juridictions compétentes, information sur les droits, soutien dans les démarches — afin que les victimes ne soient pas laissées seules face à la complexité du système judiciaire.
Mobilisation
Le message du Barreau du Cameroun dépasse le simple registre juridique. Il s'agit d'un appel à la mobilisation de toutes les institutions de la République : le gouvernement, l'école, la justice, les services sociaux, mais aussi la société civile et les familles. Car la protection de l'enfance n'est pas l'affaire des seuls tribunaux. Elle est, au sens plein du terme, une responsabilité collective.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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