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Cameroun : Majestueux à Debunscha, meurtriers à Mindif, ivres à Mayo Galké, plusieurs régions débordées par des éléphants
 

Cameroun : Majestueux à Debunscha, meurtriers à Mindif, ivres à Mayo Galké, plusieurs régions débordées par des éléphants

 
 
 
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© Koaci.com - mercredi 03 juin 2026 - 09:43


En quelques semaines, trois événements impliquant des éléphants ont tenu le Cameroun en haleine, de la forêt côtière aux savanes de l'Extrême-Nord. Fascinants ici, dévastateurs là-bas, déconcertants ailleurs — ces pachydermes sont devenus le miroir d'une cohabitation à bout de souffle.


Des éléphants majestueux à Debunscha


Ce mardi 2 juin 2026, un troupeau d'éléphants a été aperçu traversant tranquillement la route à Debunscha, dans la région du Sud-Ouest du Cameroun. Derrière eux, le ciel habituel de cette localité : lourd, gris, généreux en eau. Devant eux, une route qui disparaît dans la brume. La vidéo a été largement partagée sur les réseaux sociaux camerounais.


Debunscha n'est pas un village ordinaire. Niché au pied du Mont Cameroun, face à l'Océan Atlantique, dans la commune d'Idenau, ce village côtier détient un record planétaire qui lui colle à la peau : il est la deuxième localité la plus arrosée de la planète, avec des précipitations annuelles moyennes d'environ 13 000 mm. Ici, il pleut presque chaque jour. Les habitants ont appris à vivre avec l'humidité comme seconde peau.


Dans ce décor saturé d'eau, les éléphants ont donc fait leur apparition. Leur passage a intrigué, émerveillé, et aussi questionné. Car Debunscha est aussi un village de pêcheurs, produisant en moyenne 200 kilogrammes de poissons par jour. Dans ce fragile équilibre entre mer, forêt et hommes, la présence d'éléphants rappelle que la frontière entre le monde sauvage et le monde humain est, au Cameroun, décidément poreuse.


Mindif, la cohabitation vire au cauchemar


 

À des centaines de kilomètres de là, ce même mardi, la scène est tout autre. Un habitant de Mindif, dans le département du Mayo-Kani, région de l'Extrême-Nord, a été attaqué et piétiné par un troupeau d'éléphants en divagation. Il n'a pas survécu à ses blessures.


Ce nouveau drame n'a pas surpris les communautés locales — il les a meurtries encore un peu plus. Les habitants de cette zone affirment vivre depuis plus de deux décennies avec les incursions répétées d'éléphants sauvages. Champs dévastés, nuits d'insomnie, mort d'hommes : pour ces populations, l'éléphant n'est plus un symbole de fierté nationale. C'est une menace permanente.


La colère est palpable. Dans les villages de l'Extrême-Nord, on demande des solutions concrètes : des clôtures électriques, des patrouilles de surveillance, une indemnisation des victimes et de leurs familles. On demande surtout d'être entendus.


Mayo Galké, des éléphants en état d'ébriété


Le 12 mai dernier, la localité de Mayo Galké, dans l'arrondissement de Tcholliré, département du Mayo-Rey, région du Nord, a été le théâtre d'un phénomène pour le moins insolite. Un troupeau d'éléphants a été observé en état d'ébriété avancée : démarche chancelante, réactions inhabituelles, agitation marquée, cris répétés au sein du groupe.


Les habitants, d'abord intrigués, ont rapidement pris leurs distances. Sur place, les témoignages concordent : les pachydermes avaient vraisemblablement ingéré des fruits fermentés — une pratique documentée chez les éléphants à travers l'Afrique, mais qui reste un spectacle rare et déstabilisant pour les communautés qui y assistent.


L'épisode montre, une autre réalité. Celle d'une faune sauvage de plus en plus présente dans des espaces habités, cherchant nourriture et territoire là où les hommes se sont installés.


 

Ces trois événements, survenus à quelques semaines d'intervalle dans des régions du Cameroun aussi différentes que le littoral verdoyant du Sud-Ouest, les savanes de l'Extrême-Nord et les plaines du Nord, racontent tous la même histoire : celle d'un équilibre rompu entre l'homme et l'éléphant.


La déforestation, la réduction des couloirs migratoires naturels et la pression démographique croissante poussent les éléphants vers des zones de plus en plus anthropisées. Ils ne choisissent pas de déranger — ils cherchent de l'espace, de l'eau et de la nourriture là où il en reste.


Le Cameroun abrite l'une des plus importantes populations d'éléphants d'Afrique centrale. Cet héritage est une richesse — et une responsabilité. La question n'est plus de savoir si les éléphants et les hommes peuvent cohabiter en théorie. Elle est de savoir si l'État, les collectivités et les communautés ont les moyens de construire cette cohabitation en pratique, avant que le prochain drame ne survienne.



-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.

-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com


 
 
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