Côte d'Ivoire : Forum des Marchés d'Adjamé, les commerçants dénoncent une menace sur leurs activités et réclament la vérité sur un contentieux de 29 ans
Les commerçants et commerçantes du Forum devant la presse (Ph Koaci)
Derrière l’effervescence quotidienne du Forum des Marchés d’Adjamé, l’un des plus grands pôles commerciaux de Côte d’Ivoire, se cache une profonde inquiétude. Réunis en conférence de presse samedi 20 juin 2026, les commerçants regroupés au sein du Forum SAFA (Solidarité, Amour, Foi, Actions) ont lancé un cri d’alarme face à ce qu’ils qualifient de menace grandissante sur leurs activités, leurs investissements et l’avenir de centaines de familles.
Devant les médias nationaux et internationaux, Sanogo Sarah, Directrice exécutive du Forum SAFA, a relayé les préoccupations des commerçants engagés dans un long différend avec la Société Ivoirienne de Concept et de Gestion (SICG) et son Président-directeur général, Saïdi Jamal Mohamed.
Selon les explications fournies lors de cette rencontre, le contentieux trouve son origine dans le projet de construction du Forum des Marchés d’Adjamé lancé en 1997 dans le cadre d’une convention entre la mairie d’Adjamé et la SICG.
Les commerçants affirment avoir versé des sommes comprises entre 5 et 12,5 millions de francs CFA pour accéder aux magasins, box et étals du complexe commercial. Des paiements effectués, selon eux, avant même la mise à disposition effective des espaces.
« Derrière chaque magasin, chaque box et chaque étal, il y a des hommes et des femmes qui ont investi leurs économies, créé des emplois et contribué à la vitalité économique d’Adjamé et de la Côte d’Ivoire », a rappelé Sanogo Sarah.
Les tensions seraient apparues lorsque la SICG a exigé la signature de contrats de bail et le paiement de plusieurs mois de loyers avant la remise des clés, alors que de nombreux commerçants considéraient les sommes déjà versées comme le prix d’acquisition de leurs espaces commerciaux.
Les représentants du Forum SAFA soutiennent qu’une solution négociée avait été envisagée dès 2003 sous l’impulsion de la Primature. Cette démarche prévoyait le rachat des droits de jouissance par les commerçants avec la délivrance d’actes notariés à l’issue des paiements.
Selon eux, plusieurs commerçants auraient effectivement soldé leurs engagements financiers entre 2003 et 2008. Toutefois, le processus de délivrance des actes notariés aurait été interrompu.
La situation s’est davantage complexifiée en 2018 avec des opérations d’expulsion ayant touché plusieurs commerçants. Face aux tensions, un audit a été confié à l’Inspection générale des finances afin d’établir les responsabilités et de clarifier les flux financiers.
« Huit années après sa réalisation, les conclusions de cet audit n’ont toujours pas été rendues publiques », ont regretté les responsables du Forum SAFA.
Le point de crispation majeur concerne aujourd’hui une créance de près de 11 milliards de francs CFA évoquée lors d’un cadre de concertation organisé le 22 janvier 2026 par la Direction générale de la Décentralisation et du Développement local (DGDDL).
Les commerçants disent avoir découvert à cette occasion l’existence d’impayés de loyers qui leur seraient imputés.
« Nous ne refusons pas de payer ce qui pourrait être légalement dû. Nous demandons simplement que les comptes soient vérifiés et que la vérité soit établie de manière contradictoire », ont insisté les représentants des commerçants.
Face à cette situation, le Forum SAFA réclame la publication du rapport d’audit de 2018 ainsi que l’organisation d’un arrêté d’écriture contradictoire associant l’État de Côte d’Ivoire, la Primature, la DGDDL, la mairie d’Adjamé, la SICG et les représentants des commerçants.
« Notre démarche vise à préserver les droits des commerçants, protéger les ressources publiques et favoriser un règlement définitif, équitable et apaisé de ce différend », a déclaré Sanogo Sarah.
Les commerçants ont enfin lancé un appel au Président de la République afin qu’une solution fondée sur la transparence, le dialogue et le respect des droits de toutes les parties soit trouvée avant toute décision engageant les finances publiques.
Jean Chresus, Abidjan
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