Côte d'Ivoire : 1780 OSC présentent le Livret Blanc pour le renforcement de la Gouvernance électorale qui n'exclut pas la participation des partis politiques au processus
La rencontre vendredi à Abidjan (Ph KOACI)
1780 Organisations de la Société Civile (OSC) ont présenté, le vendredi 03 juillet 2026, à Abidjan-Cocody, le Livret Blanc pour le renforcement de la Gouvernance électorale en Côte d’Ivoire.
Cette rencontre a réuni des représentants des institutions publiques, des organisations de la société civile, des partis politiques, des communautés religieuses et des autorités traditionnelles autour des principales propositions de réforme de la gouvernance électorale.
Selon les organisations initiatrices, la dissolution de la Commission Électorale Indépendante (CEI) ouvre une séquence décisive.
« Elle offre l'opportunité de penser une réforme qui ne se limite pas au remplacement d'une institution par une autre, mais qui permette de consolider durablement la gouvernance électorale de notre pays », ont-elles relevé.
C'est dans cet esprit que les organisations de la société civile ont élaboré le présent Livret Blanc qui repose sur une conviction simple : « une réforme durable de la gouvernance électorale doit s'appuyer sur l'indépendance, la compétence, l'inclusivité et la transparence. »
Le Livret Blanc propose des recommandations pour plusieurs acteurs et la création d'un nouvel Organe de Gestion Électorale conçu comme une institution publique indépendante, reposant sur une séparation claire des responsabilités stratégiques, techniques et pédagogiques.
Cette nouvelle architecture s'articule autour de trois composantes complémentaires. La première est une Commission Électorale d'Experts, composée de neuf personnalités qualifiées, désignées selon une logique d'équilibre, de compétence et de représentativité.
Cette Commission aurait pour mission d'assurer les orientations stratégiques de l'institution dans le cadre d'un mandat unique de six années, non renouvelable. La seconde composante est le Département Général du Fichier Électoral, chargé de la gestion technique du fichier électoral, de son actualisation, de sa fiabilité et de son audibilité.
Les responsables de ce département seraient recrutés par appel public à candidatures afin de garantir la compétence et la transparence. Une organisation permanente. La troisième composante est le Département Général de l'Éducation Civique et Électorale, qui ferait de l'éducation civique et électorale une mission permanente de l'État, fondée sur l'information, la sensibilisation et la formation continue des citoyens. Une organisation permanente.
Cette architecture traduirait une volonté de professionnaliser davantage la gouvernance électorale tout en renforçant son indépendance.
Le Livret Blanc précise également les garanties nécessaires au fonctionnement de cette nouvelle institution. La composition de la Commission d'Experts repose sur la participation de plusieurs composantes de la Nation : les organisations de la société civile, les partis politiques de la majorité et de l'opposition, les organisations de femmes, les organisations de personnes en situation de handicap, les organisations de jeunesse, le monde de la recherche, l'Ordre des avocats ainsi que le Conseil supérieur de la magistrature.
Cette composition est complétée par plusieurs garanties institutionnelles : un mandat unique de six ans, un statut d'institution publique indépendante, le recrutement des directeurs par appel public à candidatures et la recherche d'un consensus politique préalable pour la désignation des membres de la Commission.
Au-delà de cette réforme institutionnelle, le Livret Blanc formule plusieurs recommandations destinées à renforcer la crédibilité du processus électoral.
Il préconise notamment une révision annuelle transparente de la liste électorale, avec une évolution progressive vers un enregistrement permanent ; la digitalisation sécurisée des procès-verbaux et de la proclamation des résultats ; la publication des résultats désagrégés par sexe et par âge à l'échelle des bureaux de vote ; le renforcement de la communication publique sur le processus électoral ; la lutte contre la désinformation ; la formation des journalistes ; la mise en place de cadres permanents de dialogue politique ainsi qu'une réforme consensuelle et inclusive du cadre normatif électoral.
Le Livret Blanc affirme également que la crédibilité de notre démocratie passe nécessairement par une participation plus inclusive.
À ce titre, il recommande des mesures renforçant la participation politique des femmes, favorisant l'engagement des jeunes à travers une éducation civique permanente et améliorant l'accessibilité du processus électoral pour les personnes en situation de handicap.
Enfin, le document propose une feuille de route progressive articulée autour d'actions à court, moyen et long termes afin d'accompagner la mise en œuvre de cette réforme.
Lors des échanges avec la presse, les Organisations initiatives du Livret Blanc, ont relevé que l’originalité de leurs propositions repose sur deux entités complémentaires d’ordre technique et civique.
Contrairement à certains observateurs qui exigent la mise à l’écart des partis politiques dans le futur organe politique, les OSC initiatrices du Livret Blanc ne partagent pas cet avis.
« La participation des partis politiques doit se faire sur la base de leur expertise et qualification dans le domaine électoral. On ne peut pas organiser les élections sans les partis politiques parce qu’ils sont parties prenantes dans le processus », ont-elles soutenu.
Enfin, la société civile conceptrice du Livret Blanc appelle l'ensemble des acteurs nationaux à examiner ces propositions dans un esprit d'ouverture, de dialogue et de responsabilité.
Elle invite également les partenaires techniques et financiers à accompagner cette réforme structurante, notamment à travers leur appui au dialogue, à l'expertise technique, à l'éducation civique, à l'observation électorale et au renforcement des libertés publiques.
« Le Livret Blanc que nous présentons aujourd'hui constitue une contribution de la société civile au débat national sur l'avenir de notre gouvernance électorale. Il traduit la volonté de faire émerger un Organe de Gestion Électorale indépendant, expert, inclusif et durable, au service de la confiance des citoyens et du renforcement de la démocratie ivoirienne », ont conclu les OSC.
Donatien Kautcha, Abidjan
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