Côte d'Ivoire : L'ex-Préfet d'Abidjan Vincent Toh Bi fait des révélations sur le phénomène des « Gnambros »
Suite au décès tragique de l’agent des douanes, le sous-chef Coulibaly Lamtou Aimé, à Yamoussoukro après une violente altercation avec des acteurs illégaux du transport, la question du phénomène des « Gnambros » refait surface.
Dans un post, l’ancien Préfet d’Abidjan, Vincent Toh Bi Irié, revient sur les agissements des « Gnambros » qui font la loi dans les gares routières de Côte d’Ivoire.
« J’étais à mon bureau un jour quand j’ai été informé d’une scène horrible : des Gnambros ont abattu un de leurs rivaux et ont traîné son cadavre dans une rue de Koumassi sur plusieurs dizaines de mètres. Message envoyé aux autres rivaux : vous subirez le même sort. C’était en 2019. Une autre fois la même année, je suis allé rendre visite à une tante dans l’un des marchés d’Abidjan. À proximité, se trouvait une gare. J’ai assisté à une scène pendant laquelle une femme a été rouée de coups alors qu’elle enlevait ses bagages des coffres d’un car. Elle refusait de payer le « droit de sol », la taxe de 200 frs par bagage que doit payer tout voyageur avant que ses bagages ne touchent le sol. Cette taxe est payée non pas à l’Etat de Côte d'Ivoire ou aux Ebriés, propriétaires de la terre, mais aux Gnambros, les mafieux du monde du transport. Et puis, un événement dramatique est arrivé. Les mêmes Gnambros ont tué un jeune Gendarme à Yopougon, vers St André. On était toujours en 2019 », révèle-t-il.
Depuis des mois, avec des renseignements informels et officiels, le président du mouvement Aube Nouvelle avait compilé déjà énormément de données sur l’activité criminelle des Gnambros à Abidjan.
En tant que Préfet d’Abidjan à cette époque, il lui paraissait absurde de négliger un tel phénomène, qui s’était incrusté au décor de la vie d’Abidjan.
Il avait suffisamment de données maintenant pour déclencher les opérations de sécurisation des gares routières et des rues, généralement des activités de transport.
« Les vaillants Officiers de la Gendarmerie Nationale étaient en première ligne, puis la Police Nationale. On a ramené l’ordre républicain à Koumassi, puis à Yopougon et un peu partout à Abidjan. Des centaines de Gnambros ont été mis aux arrêts et leurs groupements démantelés. Je constatais que leurs activités criminelles cumulées leur rapportaient des centaines de millions de francs CFA par mois, avec des structures d’organisations de type mafieux. Ils récoltaient de l’argent facile sur le dos des transporteurs et des pauvres populations.
Certains dans le monde public ont désapprouvé ces opérations avec des arguments qui me paraissaient farfelus. Mais nous travaillions dans le seul bénéfice des populations.
En quelques semaines d’opération, les Gnambros ont fait profil bas. Certains se sont reconvertis et ont rejoint les rangs des syndicats sérieux de transporteurs », révèle Vincent Toh Bi.
Il soutient que, pendant l’opération, il recevait à son bureau tous les grands syndicats de transporteurs, qui venaient spontanément lui exprimer leurs remerciements, puisqu’ils subissaient depuis 30 ans le racket et la tyrannie des Gnambros sans que personne ne réagisse, avant d’interroger.
« Alors, je me pose encore la question. Quand on détient un pouvoir administratif, institutionnel, sécuritaire, politique, pourquoi on ferme les yeux face à des phénomènes sociaux anormaux ou des dysfonctionnements qui risquent de changer la structure de l’Etat demain ? », et de conclure.
« Apparemment, les Gnambro sont de retour et en très bonne forme. On les voit dans les gares et à l’entrée des villes. »
Soulignons que, le phénomène des « Gnambros » désigne ces jeunes informels présents aux carrefours et gares routières d'Abidjan pour « charger » les Gbakas, taxis et massas. Ils extorquent de l'argent aux conducteurs par la force, imposant des taxes de rue non officielles qui pèsent lourdement sur le secteur du transport urbain.
Donatien Kautcha, Abidjan
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