Côte d'Ivoire : Élection à la FIF, Malick Tohé dévoile sa feuille de route pour faire du football ivoirien une véritable Industrie
Le président du Club Omnisports de Korhogo et 1er vice-président de la FIF appelle à une révolution de la gouvernance pour transformer le football ivoirien en véritable industrie. Entre professionnalisation des clubs, développement des revenus, stratégie de marque et ambitions continentales du COK, il expose une vision où la performance sportive devient un levier durable de développement économique.
Le football ivoirien traverse une période charnière. Porté par le succès populaire de la CAN 2023, des infrastructures modernisées et une réputation internationale de grand formateur de talents, le pays dispose désormais d'atouts considérables. Mais pour Malick Tohé, président du Club Omnisports de Korhogo (COK) et 1er vice-président de la Fédération ivoirienne de football (FIF), ces acquis ne suffisent plus.
Dans cet entretien, il défend une conviction forte : la Côte d'Ivoire doit désormais transformer son football en une véritable industrie capable de créer durablement de la richesse pour les clubs, les territoires et l'économie nationale.
Pour Malick Tohé, le football ivoirien possède déjà tous les ingrédients du succès.
« La passion, nous l'avons. Les talents, nous en formons en abondance. Les infrastructures montent aujourd'hui en gamme grâce aux efforts de l'État. Ce qui nous manque, c'est la chaîne de valeur. Nous produisons encore un talent brut que nous exportons trop tôt, souvent à faible valeur ajoutée, sans que cette richesse profite suffisamment à nos clubs ni à notre économie. »
Selon lui, trois priorités doivent permettre de franchir ce cap, instaurer une discipline de gestion dans les clubs, développer une véritable économie du football fondée sur la billetterie, le sponsoring, le merchandising et le numérique, inscrire les projets dans une vision de long terme.
« Le football n'est pas une succession de coups. C'est un actif qui se construit patiemment. »
Interrogé sur les principaux freins au développement des clubs, le dirigeant balaie l'idée selon laquelle le financement serait la difficulté majeure.
« L'argent suit toujours la rigueur, jamais l'inverse. Le véritable problème est la structuration. Un club sans organigramme clair, sans comptabilité fiable, sans stratégie sportive ni stabilité managériale n'attirera jamais durablement des investisseurs. »
Pour celui qui dirige également une importante entreprise, la logique économique reste la même.
« Aucun investisseur sérieux ne finance une maison désordonnée. Dans le football, c'est exactement la même chose. Le financement est la conséquence d'une bonne gouvernance, jamais son point de départ. »
La Côte d'Ivoire demeure l'un des principaux viviers de talents du continent. Pourtant, Malick Tohé estime que les bénéfices générés par cette excellence sportive profitent encore insuffisamment aux acteurs locaux.
« Il faut cesser de considérer nos jeunes uniquement comme une matière première destinée à l'exportation. Un joueur formé ici doit d'abord créer de la valeur pour son club, sa ville et son territoire avant son départ. »
Il plaide pour une meilleure application des mécanismes internationaux de solidarité et des indemnités de formation, mais aussi pour une implication plus forte des collectivités.
« Un club n'est pas seulement une équipe de football. C'est un employeur, un vecteur d'image, un outil de développement économique et touristique. »
Selon lui, la richesse existe bel et bien dans le football ivoirien, mais sa répartition demeure déséquilibrée.
« Le formateur, le petit club, le supporter qui achète son billet ou son maillot, les territoires qui accueillent les compétitions doivent bénéficier davantage de cette valeur. Un écosystème où seuls quelques acteurs gagnent n'est pas durable. »
À la tête du Club Omnisports de Korhogo, Malick Tohé affirme poursuivre un objectif dépassant largement les seuls résultats sportifs.
Après avoir assuré le maintien du club parmi l'élite, il souhaite désormais installer durablement le COK dans la première partie du championnat.
« Le premier devoir d'un dirigeant est d'assurer la survie sportive, de stabiliser la gestion puis de bâtir un modèle économique durable. Les trois doivent avancer ensemble.»
Il rend également hommage à son prédécesseur Bakary Ouattara.
« Il incarne l'expérience ; j'apporte une vision stratégique. Ensemble, nous voulons construire une institution solide. »
Pour un club basé à Korhogo, les dépenses logistiques demeurent particulièrement importantes.
« Les longs déplacements pèsent lourdement sur notre budget. La formation constitue aussi un investissement indispensable mais dont les retombées sont différées. »
Cependant, la principale faiblesse reste, selon lui, le manque de revenus propres.
« Tant que la billetterie, le merchandising et les partenariats commerciaux resteront faibles, les clubs continueront de dépendre de quelques mécènes. »
Il insiste : « Un club qui repose uniquement sur la générosité d'un homme est un club vulnérable. Lorsqu'il s'en va, tout s'effondre. »
L'ambition du président est claire : faire du Club Omnisports de Korhogo un moteur du développement régional.
Le club travaille déjà à renforcer son ancrage populaire à travers la création de comités de base dans les quartiers et les villages du Poro, afin que chaque habitant se reconnaisse dans son équipe.
Parallèlement, il souhaite développer un véritable écosystème économique local.
« Nous voulons que le club fasse travailler les entreprises locales, crée de l'activité autour des jours de match et devienne un produit d'appel pour la ville. Un club fort est un club porté par son territoire autant qu'il le porte. »
Le retour progressif du club dans sa ville d'origine constitue une priorité stratégique.
Mais Malick Tohé insiste sur la nécessité d'en assurer la viabilité économique.
« Des infrastructures modernes, un hébergement de qualité, une logistique performante et surtout une véritable économie autour des jours de match sont indispensables. Sans cela, le retour ne serait que symbolique. »
Pour sortir durablement d'une économie de survie, plusieurs leviers doivent être activés simultanément.
À court terme, le président mise sur le sponsoring régional, les partenariats institutionnels et la professionnalisation de la billetterie.
À plus long terme, il identifie deux gisements encore largement sous-exploités, les contenus numériques, les produits dérivés.
« Il existe aujourd'hui un immense potentiel encore inexploité. »
Le lancement du maillot collector du COK constitue, selon lui, bien plus qu'une simple opération commerciale.
« Pendant la CAN, près de deux millions de maillots, majoritairement contrefaits, ont circulé. Cela prouve que les supporters sont prêts à acheter des produits liés au football. Il faut désormais capter cette valeur à travers une offre officielle de qualité. »
Il annonce également la volonté de développer à terme une véritable boutique dédiée aux Éléphants.
À la FIF, Malick Tohé considère que la priorité consiste désormais à bâtir une stratégie de marque cohérente.
« Les Éléphants sont déjà l'une des marques sportives les plus fortes d'Afrique. Si nous structurons correctement notre identité, nos contenus numériques et nos produits officiels, le sponsoring, la billetterie et les hospitalités suivront naturellement.»
Concernant les droits de diffusion, il appelle à dépasser les oppositions entre fédération et clubs.
« Les diffuseurs achètent un championnat dans son ensemble, mais les clubs doivent conserver des espaces de liberté sur leurs contenus numériques afin de développer leur propre communauté de supporters. »
Il défend un modèle hybride conciliant mutualisation des revenus audiovisuels et autonomie digitale des clubs.
Pour accélérer la professionnalisation du football national, Malick Tohé propose la création d'une véritable licence économique des clubs.
Chaque club professionnel devrait répondre à des critères précis, comptabilité certifiée, gouvernance stabilisée, stratégie pluriannuelle, centre de formation actif, dispositifs marketing et commerciaux professionnalisés.
En contrepartie, la fédération accompagnerait les clubs par des formations, une mutualisation des moyens et un accès facilité aux partenaires.
« Le potentiel existe. Ce qui manque aujourd'hui, c'est l'architecture. »
La récente victoire du Club Omnisports de Korhogo en Coupe nationale ouvre une nouvelle page de son histoire.
Au-delà de l'exploit sportif, Malick Tohé souhaite faire de cette qualification africaine un puissant levier économique.
Le club prévoit notamment de renforcer son attractivité auprès des sponsors, d'accélérer sa stratégie digitale, de développer le merchandising et d'améliorer son image de marque sur le continent.
« La fierté dure le soir du trophée. Le travail commence dès le lendemain matin. »
Enfin, le président considère que les standards imposés par les compétitions continentales constituent une formidable opportunité.
« Ce que nous aurions mis plusieurs saisons à structurer, nous allons devoir le réaliser en une seule. C'est une chance. »
Pour lui, cette qualification doit servir d'exemple à l'ensemble des clubs ivoiriens.
« Le football africain monte chaque année en exigence. Si nous voulons que notre championnat retrouve son rang continental, nous devons tous nous aligner sur ces standards. Cette qualification du COK doit être un électrochoc positif. »
Wassimagnon
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