Côte d'Ivoire : La Fondation Friedrich Naumann et ses partenaires plaident pour un partenariat Afrique-Europe fondé sur la mobilité et le développement
Faire évoluer les politiques migratoires en dépassant les discours de peur pour construire un partenariat fondé sur la mobilité, la liberté et le développement partagé. C'est l'ambition affichée lors du Forum libéral de dialogue politique organisé jeudi à Abidjan-Plateau par la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté, en partenariat avec plusieurs organisations libérales africaines et européennes.
Placée sous le thème « Migration, sécurité et développement : repenser le partenariat Afrique-Europe », cette rencontre a réuni responsables politiques, experts, parlementaires et partenaires internationaux autour d'une même conviction : la migration doit être reconnue comme un levier de développement économique, d'innovation et de coopération entre les deux continents, plutôt que comme une menace.
Au cœur des échanges, le ministre ivoirien des Ressources animales et halieutiques, Sidi Tiémoko Touré, également vice-président de l'Internationale libérale, a livré le discours principal (keynote address), donnant le ton d'un plaidoyer en faveur d'une approche plus humaine, équilibrée et stratégique des mobilités internationales.
Prenant la parole en qualité de keynote speaker, Sidi Tiémoko Touré a invité les décideurs africains et européens à dépasser les approches sécuritaires qui dominent encore le débat migratoire.
Selon lui, la migration constitue une réalité historique qu'il convient d'accompagner plutôt que de subir. Elle participe depuis toujours aux échanges économiques, au transfert des compétences, à l'innovation et au rapprochement des peuples.
S'appuyant sur l'exemple ivoirien, le ministre a rappelé que la Côte d'Ivoire est simultanément un pays d'accueil, de transit et d'émigration.
« Des femmes et des hommes venus de toute la sous-région ont planté notre cacao, récolté notre café, animé nos marchés et bâti nos villes. Aujourd'hui, plus d'un habitant sur cinq est de nationalité étrangère. Dans le même temps, plus d'un million de nos compatriotes vivent, étudient ou entreprennent hors du continent africain », a-t-il déclaré.
Pour le vice-président de l'Internationale libérale, cette double réalité impose un changement profond de regard.
Il a défendu une vision libérale de la migration, fondée sur la liberté individuelle et la dignité humaine.
« Pour les libéraux que nous sommes, la mobilité est l'expression d'une liberté fondamentale : celle de rechercher la dignité, de trouver des moyens de subsistance et d'offrir une vie meilleure à sa famille. Derrière chaque statistique, il y a un visage, un projet de vie et le courage de vouloir s'en sortir », a-t-il affirmé.
À travers son intervention, Sidi Tiémoko Touré a également plaidé pour une coopération renforcée entre l'Afrique et l'Europe, capable de concilier sécurité, souveraineté des États et libre circulation des personnes dans une logique de développement mutuel.
La Fondation Friedrich Naumann défend une migration créatrice de richesse
Ouvrant les travaux, la directrice régionale Afrique de l'Ouest de la Fondation Friedrich Naumann, Alexandra Heldt, a dénoncé les discours qui font des migrants les responsables des difficultés économiques rencontrées dans plusieurs pays.
Selon elle, l'histoire démontre que les politiques d'expulsion massive n'ont jamais permis de résoudre les crises économiques.
« Plusieurs gouvernements ont cru trouver dans l'expulsion d'une communauté migratoire une solution aux crises économiques. Aucun de ces épisodes n'a apporté la prospérité promise. Bien souvent, ce sont les compétences, les entrepreneurs et le savoir-faire qui quittent le pays avec les personnes expulsées », a-t-elle expliqué.
Pour Alexandra Heldt, les économies européennes font aujourd'hui face à un paradoxe majeur : elles connaissent une pénurie de main-d'œuvre et un vieillissement démographique tout en continuant parfois à présenter l'immigration comme une menace.
Elle a rappelé que les migrations ont, de tout temps, favorisé les échanges commerciaux, l'entrepreneuriat, l'innovation et la circulation des connaissances.
La responsable de la fondation a également mis en garde contre la montée des discours xénophobes et racistes, estimant qu'ils fragilisent la cohésion sociale et ternissent l'image internationale des États qui les alimentent.
Elle a enfin réaffirmé l'engagement de la Fondation Friedrich Naumann à poursuivre son plaidoyer pour une gouvernance des migrations plus équilibrée, respectueuse des droits humains et davantage orientée vers les opportunités qu'offre la mobilité internationale.
Jan-Christoph Oetjen plaide pour une politique migratoire fondée sur les libertés
Le forum a également bénéficié de la participation, par visioconférence, du député allemand Jan-Christoph Oetjen, membre du Parti libéral-démocrate (FDP) et député au Parlement européen.
Saluant l'initiative de la Fondation Friedrich Naumann, l'eurodéputé a appelé les responsables européens à dépasser les approches exclusivement sécuritaires.
Selon lui, les mouvements migratoires traduisent avant tout une aspiration légitime à la liberté, à l'émancipation et à la recherche d'une vie meilleure.
Il a plaidé pour une politique migratoire européenne davantage fondée sur la coopération avec les pays africains, la mobilité légale, les échanges économiques et le respect des valeurs démocratiques.
Tout au long des échanges, les participants ont insisté sur la nécessité de repenser les relations entre l'Afrique et l'Europe autour d'une vision commune de la mobilité.
Au-delà de la gestion des flux migratoires, les intervenants ont appelé à promouvoir des politiques favorisant la circulation des talents, les investissements, l'innovation, la formation des jeunes et les partenariats économiques.
Pour les organisateurs, la migration constitue un puissant vecteur de développement lorsqu'elle est accompagnée de politiques publiques adaptées et d'une coopération équilibrée entre les États.
À travers cette rencontre, la Fondation Friedrich Naumann et ses partenaires entendent poursuivre leur plaidoyer auprès des décideurs africains et européens afin de faire évoluer les perceptions et les politiques migratoires.
Le forum d'Abidjan marque ainsi une nouvelle étape dans la promotion d'un partenariat Afrique-Europe reposant sur la confiance, la liberté de circulation, la responsabilité partagée et le développement durable, avec l'ambition de faire de la mobilité humaine un facteur de prospérité commune plutôt qu'un sujet de division.
Wassimagnon
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