Cameroun : 61 jours d'absence de Biya, Hiram Iyodi appelle le conseil constitutionnel à constater la vacance du pouvoir
Hiram Samuel Iyodi (Ph)
Entre "court séjour privé", "congé annuel" et silence officiel, Yaoundé peine à rassurer.
Cela fait désormais 61 jours que le président Paul Biya, 93 ans et au pouvoir depuis 1982, a quitté le territoire camerounais. Parti le 7 juin 2026 pour un "court séjour privé en Europe", le chef de l’État n’a plus donné signe de vie publique.
Une absence qui cristallise les tensions et pousse l’opposition à saisir les institutions.
Dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2025, Hiram Samuel Iyodi, a appelé le Conseil constitutionnel à se prononcer.
« Le manque d’informations sur les raisons de ce court séjour privé en Europe alimente toutes sortes de rumeurs sur l’état de santé du Président, avec pour conséquence un risque d’instabilité au sommet de l’État » déclare-t-il.
Pour l’opposant, l’absence prolongée justifie une action institutionnelle. Il estime que, après 61 jours passés hors du pays et sans donner signe de vie, le Conseil constitutionnel devrait "constater la vacance du pouvoir", poursuit-il.
Dans sa déclaration, Hiram Samuel Iyodi affirme que le chef de l’État serait "malade et hospitalisé en Suisse", des allégations qui n’ont pas été confirmées officiellement par les autorités camerounaises.
Cette sortie intervient dans un contexte de fortes tensions politiques à l’approche des élections législatives et alors que le pays est déjà secoué par les révélations du capitaine Effoudou.
Versions divergentes
Face à la pression, le gouvernement a fini par parler. Mais les messages se contredisent.
Le 7 juin, un communiqué signé par Samuel Mvondo Ayolo, ministre-directeur du Cabinet civil, annonçait le départ du président pour un "court séjour privé".
Le 21 juillet, Jacques Fame Ndongo, ministre d’État et secrétaire national à la communication du RDPC, a assuré : "Il n'y a aucune vacance de pouvoir au sommet de l'État". Selon lui, le président suit "méticuleusement les dossiers que lui soumettent ses collaborateurs, de visu ou par les moyens électroniques".
Sorti du mutisme le 2 août sur RFI, René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, a martelé, "le président est en vie", "Il n'y a aucune vacance du pouvoir". Il a ajouté que le retour était "imminent".
Le ministre délégué à la Justice, MOMO Jean de Dieu, a qualifié d'"absurdes" les allégations de vacance du pouvoir. Il a rappelé que la Constitution ne prévoit la vacance qu’en cas d'"empêchement définitif".
Avant Momo, Grégoire Owona le ministre du Travail, a, quant à lui, parlé de "congé annuel de 80 jours". Une formulation qui a suscité l’ironie sur les réseaux sociaux .
Le vide communicationnel a fait le lit des spéculations. Outre Hiram Samuel Iyodi, le député Joshua Osih du SDF a jugé "indécente et méprisante" cette absence prolongée, "le SDF juge indécent et méprisant qu’aucune communication officielle n’ait informé la population des raisons de la prolongation".
Jeudi, quelques membres de la Brigade Anti-Sardinard (BAS) se sont rendus à l’ambassade du Cameroun en Suisse pour réclamer le retour du président. Des actions symboliques qui traduisent le malaise d’une partie de l’opinion.
Vide
Au-delà de la communication, c’est la Constitution elle-même qui pose question. Révisée le 14 avril 2026, elle a réintroduit le poste de vice-président pour "garantir la continuité de l'État".
Problème, "ce vice-président n'a jamais été nommé. Le remède est devenu le problème", affirme-t-on à Yaoundé.
Officiellement, le président continue d’exercer. Depuis son départ, seuls des décrets liés aux Forces de défense ont été publiés : le 28 juillet, mise à la retraite du général Tchemo ; le 3 août, promotion de colonels au grade de généraux. Le 30 juillet, d’autres décrets ont autorisé des accords de financement avec la Banque Islamique de Développement.
Mais "la publication de décrets portant la mention de Yaoundé alors que le président séjourne à Genève soulève des questions". Dans les faits, à Yaoundé, c’est Ferdinand Ngoh, SGPR, qui "gère les affaires courantes".
Tensions
Cette absence survient alors que le Cameroun fait face à de multiples défis : crises sécuritaires au Nord-Ouest, au Sud-Ouest et à l’Extrême-Nord, inflation, et contestation politique.
Le pays est également secoué par les révélations du capitaine Effoudou, diffusées pendant que le président est absent. Pour beaucoup d’analystes, ce "court séjour" devenu interminable pose la question de la gouvernance d’un pays de 30 millions d’habitants dirigé depuis 43 ans par le même homme.
Entre un "pilotage automatique de l’État" dénoncé par l’opposition et la volonté du pouvoir de montrer que "le Lion n'est pas parti", le Cameroun retient son souffle.
-Armand Ougock, correspondant permanent de koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de koaci au WhatsApp 237 691154277 ou cameroun@koaci.com
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