Côte d'Ivoire Société
 
Cliquez pour agrandir l'image  
Côte d'Ivoire : Racket routier, le mal que les autorités peinent toujours à éradiquer, barrages, billets et silence persistent sur les routes ivoiriennes
 

Côte d'Ivoire : Racket routier, le mal que les autorités peinent toujours à éradiquer, barrages, billets et silence persistent sur les routes ivoiriennes

 
 
 
 1105 Vues
 
  0 Commentaire(s)
 
 Il y a 7 heures
 
 
 
 
 
© Koaci.com - mardi 18 août 2026 - 12:36


Présenté depuis plusieurs années comme un mal que les autorités ivoiriennes entendent éradiquer, le racket sur les axes routiers semble toujours avoir la peau dure. Des transporteurs dénoncent la multiplication des barrages et les sommes d’argent qui leur seraient systématiquement réclamées par certains agents des forces de l’ordre. D’Adjamé à Bingerville, en passant par Abobo, le phénomène, selon plusieurs témoignages, continue de peser sur les professionnels du transport et, in fine, sur les usagers.


Le racket routier n’aurait pas disparu en Côte d’Ivoire. Bien au contraire, des transporteurs affirment être régulièrement confrontés à des pratiques assimilées à du rançonnement lors de leurs déplacements sur certains axes du District autonome d’Abidjan.


Sur les trajets reliant notamment Adjamé, Abobo et Bingerville, plusieurs chauffeurs et apprentis rapportent être soumis à des contrôles successifs. Selon les témoignages recueillis, certains véhicules peuvent franchir plusieurs barrages au cours d'un même trajet, avec, à chaque étape, une demande d’argent présentée comme une condition tacite pour poursuivre leur route.


Le procédé décrit est relativement simple. À l’approche du barrage, le chauffeur ou l’apprenti préparerait une somme d’argent, généralement dissimulée dans les documents ou les pièces du véhicule, avant de la remettre discrètement à l’agent. Le montant évoqué par les transporteurs est de 500 francs CFA par personne.


Les témoignages mettent en cause aussi bien des policiers que des gendarmes. Une situation particulièrement préoccupante, dans la mesure où les forces de sécurité sont précisément chargées de faire respecter la loi et de protéger les citoyens.


Il convient toutefois de distinguer les faits rapportés des responsabilités individuelles. Les accusations visant des agents doivent être établies par des enquêtes et, le cas échéant, par les juridictions compétentes. Tous les policiers et gendarmes ne sauraient être assimilés à ces pratiques.


Mais si les faits dénoncés sont avérés, ils soulèvent une question fondamentale : comment expliquer que des pratiques de racket puissent perdurer au sein de certains dispositifs de contrôle routier malgré les nombreuses opérations de lutte annoncées par les autorités ?


Au-delà du préjudice directement subi par les transporteurs, le racket routier pose également un problème de gouvernance et de finances publiques.


Les sommes versées clandestinement aux agents ne constituent évidemment pas des recettes officielles. Elles ne sont ni comptabilisées ni reversées dans les caisses de l’État. Elles alimenteraient, selon les dénonciations des transporteurs, un système informel dont bénéficieraient exclusivement ceux qui s'y livrent.


Cette situation crée ainsi un double préjudice. D’une part, le transporteur supporte une charge financière supplémentaire. D’autre part, l’État perd des ressources et voit son autorité fragilisée par des pratiques qui échappent à tout contrôle administratif et financier.


La lutte contre le racket des forces de l’ordre avait notamment connu une médiatisation importante sous l’impulsion d’Ange Kessy, alors commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire d’Abidjan.


 

À cette époque, des agents accusés ou pris en flagrant délit de racket étaient poursuivis devant la justice militaire. Lors de certaines audiences, des prévenus, souvent des sous-officiers, auraient soutenu qu’ils n’agissaient pas de leur propre initiative, mais sur instruction de leur hiérarchie.


Ces déclarations avaient alors soulevé une interrogation majeure : si un agent affirme avoir agi sur ordre, pourquoi les éventuels donneurs d’ordre ne sont-ils pas eux aussi entendus ?


La question de la responsabilité hiérarchique apparaît en effet essentielle dans la lutte contre le racket. Punir uniquement l’exécutant présumé, sans chercher à déterminer si un système organisé ou des instructions supérieures existent, risque de laisser subsister les mécanismes qui permettent à la pratique de se reproduire.


Pour les professionnels du transport, ces prélèvements successifs représentent une véritable ponction sur leurs revenus. Sur un trajet comprenant plusieurs barrages, quelques centaines de francs CFA versés à chaque contrôle peuvent rapidement représenter une somme importante sur une journée de travail.


À cela s’ajoutent les dépenses liées au carburant, à l’entretien des véhicules, aux taxes, aux assurances et aux autres charges d’exploitation.


Face à cette accumulation de coûts, certains transporteurs sont tentés de répercuter les dépenses supplémentaires sur les prix du transport. Le racket, lorsqu’il est effectivement pratiqué, devient alors indirectement une charge supportée par l’ensemble de la population.


Le phénomène ne s’arrête donc pas au bord de la route. Lorsque les coûts d’exploitation augmentent, le transporteur cherche généralement à préserver sa marge en augmentant le prix du trajet.


Le consommateur se retrouve ainsi au bout de la chaîne, contraint de payer davantage pour ses déplacements.


Une pratique illégale qui commence par quelques centaines de francs CFA prélevés sur un véhicule peut donc, à terme, contribuer à renchérir le coût du transport pour des milliers d’usagers.


Dans un contexte où le pouvoir d’achat demeure une préoccupation majeure pour les ménages, cette situation mérite une attention particulière des autorités.


 

La persistance des dénonciations appelle désormais une réponse plus rigoureuse. Au-delà des opérations ponctuelles, la lutte contre le racket nécessite des mécanismes permettant d'identifier les agents fautifs, mais également de vérifier le fonctionnement des dispositifs de contrôle routier.


Des contrôles inopinés, des mécanismes de signalement accessibles aux transporteurs, une traçabilité des opérations de contrôle et des sanctions effectivement appliquées pourraient contribuer à dissuader les pratiques illicites.


Surtout, lorsque des agents affirment avoir agi sur instruction, les investigations devraient permettre de déterminer l'origine de ces instructions et d'établir, le cas échéant, les responsabilités à chaque niveau de la chaîne hiérarchique.


Car lutter contre le racket ne consiste pas seulement à sanctionner celui qui reçoit l’argent. Il faut aussi comprendre comment le système fonctionne, qui le permet et qui en bénéficie.


La question dépasse finalement le seul cas des transporteurs. Elle touche directement à la confiance que les citoyens accordent aux institutions chargées de faire respecter la loi.


Un contrôle routier doit être synonyme de sécurité et de respect de la réglementation, et non devenir, pour les usagers, une source d'appréhension liée à une éventuelle demande d'argent.


Si les témoignages dénonçant la multiplication des rackets sur certains axes d'Abidjan sont confirmés, les autorités devront prendre des mesures à la hauteur du problème. Car au-delà des pertes financières pour les transporteurs et les consommateurs, c’est l’image et la crédibilité de l’État qui sont en jeu.


La lutte contre le racket routier ne saurait donc être considérée comme définitivement gagnée. Tant que des transporteurs continueront de dénoncer des paiements clandestins à répétition aux barrages, le phénomène devra rester au cœur des préoccupations des autorités sécuritaires et judiciaires.


Wassimagnon



 
 
  Par Koaci
 
 
 
 
RESTEZ CONNECTÉ
 
En téléchargeant l'application KOACI.
  
 
 

SONDAGE

Côte d'Ivoire : 81 motocyclistes tués de janvier à août, faut il les bannir des grandes artères d'Abidjan?
 
 
   + Voir les resultats
 
 
DERNIER SONDAGE
 
Côte d'Ivoire : PPA-CI, en déléguant ses pouvoirs, Gbagbo prépare-t-il sa retraite ?
 
2374
Oui
67%  
 
1030
Non
29%  
 
116
Sans avis
3%  
 
 
 
 
 
 
 
  0 Commentaire(s)
Côte d'Ivoire : Racket routier, le mal que les autorités peinent toujours à éradiquer, barrages, billets et silence persistent sur les routes ivoiriennes
 
 
Veuillez vous connecter pour commenter ce contenu.
 
Votre avis nous intéresse.
 
 
 
Soyez le premier à commenter cet article
 
 
 
 
 
Divertissements
 
 
 
 
Réseaux sociaux
 
+164k
+110,7k
 
Pays
 
 
 
 
Télécharger l'application KOACI
 
   
NOUS CONTACTER
 
contact@koaci.com
koaci@yahoo.fr
+225 07 08 85 52 93
 
 
NEWSLETTER
 
Restez connecté via notre newsletter