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Côte d'Ivoire : JCI, deux légitimités revendiquées, la justice appelée à trancher
 

Côte d'Ivoire : JCI, deux légitimités revendiquées, la justice appelée à trancher

 
 
 
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© Koaci.com - vendredi 28 août 2026 - 11:53

La crise de gouvernance qui secoue la Jeune Chambre Internationale (JCI) Côte d’Ivoire connaît un nouvel épisode sur le terrain judiciaire. Depuis plusieurs mois, deux camps revendiquent la légitimité de la direction nationale pour le mandat 2026, chacun s’appuyant sur un processus électoral différent.


Au cœur du désaccord se trouve la validité des élections organisées en décembre 2025. Le camp de Myriam Soumahoro considère que le processus conduit au Centre national de matériels scientifiques (CNMS) de Cocody est le seul à avoir été organisé conformément aux textes de l’organisation. En face, le processus électoral organisé en ligne sous l’impulsion de Marc-André Béah a conduit à la mise en avant de Sylvère Silué Kpayérigué.


Pour comprendre cette situation, il faut revenir à 2024, année durant laquelle les premières fissures sont apparues au sein de la gouvernance de la JCI Côte d’Ivoire.


À cette époque, Marc-André Béah, alors président exécutif national, avait suspendu son prédécesseur, qui occupait également les fonctions d’Immediate Past-President National (IPPN) et de président statutaire du Comité de candidature. Cette décision avait provoqué une rupture au sein du dispositif électoral, avec deux présidences revendiquées du Comité de candidature et, par la suite, deux processus électoraux concurrents.


Plusieurs tentatives de médiation avaient été engagées, avec la participation d’anciens dirigeants de la JCI, du Sénat JCI-CI et des autorités administratives. La Convention nationale qui devait se tenir à Sikensi avait finalement été suspendue par le préfet en raison de troubles.


Le dossier avait ensuite été porté devant les instances internationales de la JCI, qui avaient demandé une reprise du processus sur la base d’une liste unifiée des candidatures régulièrement enregistrées. C’est à l’issue de cette reprise que Myriam Soumahoro avait été déclarée présidente nationale pour l’année 2025.


Mais cette sortie de crise n’aura été que temporaire. Lors du renouvellement des instances nationales pour le mandat 2026, les tensions ont de nouveau éclaté.


Le calendrier électoral prévoyait une Assemblée générale bilan en ligne le 19 décembre 2025, suivie le lendemain d’une Assemblée générale élective en présentiel au CNMS de Cocody. Marc-André Béah, alors IPP et président du Comité de candidature, devait notamment publier la liste définitive des candidats et accompagner le processus.


À l’ouverture des travaux, cette liste n’avait pourtant pas encore été publiée. Marc-André Béah était absent, tout comme 23 présidents locaux sur les 55 que comptait l’organisation. Certains candidats étaient également absents, notamment Sylvère Silué Kpayérigué, qui avait fait acte de candidature à la présidence nationale.


Les travaux se sont poursuivis avant d’être suspendus, puis repris le lendemain au CNMS. Face à l’absence du président du Comité de candidature et à l’approche de l’échéance du 31 décembre fixée par le Bureau mondial, l’Assemblée a adopté plusieurs motions visant à assurer la continuité du processus.


Elle a notamment décidé de retirer à Marc-André Béah ses fonctions de président du Comité de candidature et de confier la poursuite du processus à un autre membre du comité.


C’est dans ce contexte que Sylvère Silué Kpayérigué, présenté comme candidat unique à la présidence nationale, a été soumis au vote au CNMS. Selon les éléments avancés par le camp de Myriam Soumahoro, il n’a recueilli que 5,67 % des suffrages exprimés.


 

Pour ce camp, ce résultat est déterminant. Il estime que Silué était bel et bien candidat, qu’il avait participé au scrutin et qu’il n’avait pas obtenu la majorité requise par les textes. L’Assemblée a alors rouvert les candidatures afin de respecter l’échéance du 31 décembre.


Sylvain N’Guessan Gnamien, alors conseiller juridique du mandat sortant, s’est porté candidat. Il aurait obtenu 96,61 % des suffrages. Une passation de charges a ensuite été organisée le 30 décembre 2025.


Mais parallèlement à ce processus, une autre procédure électorale avait été engagée en ligne sous l’impulsion de Marc-André Béah. Elle a conduit à un résultat différent et à la reconnaissance de Sylvère Silué Kpayérigué.


C’est cette coexistence de deux processus qui constitue aujourd’hui le principal point de désaccord. Le camp de Myriam Soumahoro conteste la régularité du scrutin en ligne. Selon lui, après la décision retirant à Marc-André Béah la présidence du Comité de candidature, celui-ci ne disposait plus de la qualité nécessaire pour conduire ou convoquer un nouveau processus électoral.


La transmission de deux rapports électoraux contradictoires a également compliqué la situation. D’un côté, le rapport issu des travaux du CNMS a été transmis par les canaux officiels de l’organisation. De l’autre, un rapport provenant du processus en ligne a été soutenu par Marc-André Béah.


Le Bureau mondial de la JCI s’est également retrouvé au centre des discussions. Oyeyemi Tunji, directeur de la croissance pour l’Afrique de l’Ouest au sein du Bureau mondial, a adressé un message de félicitations à Sylvère Silué et lui a transmis une invitation internationale.


Pour le camp de Myriam Soumahoro, cette démarche ne suffit cependant pas à régler le différend. Ses soutiens estiment que les mécanismes prévus par les statuts internationaux de la JCI en cas de contestation d’une présidence auraient dû être appliqués avant toute reconnaissance.


Faute d’accord entre les parties, le conflit a finalement pris une tournure judiciaire.


Une ordonnance de référé rendue le 12 janvier 2026 avait ordonné à Myriam Soumahoro de procéder à une passation de charges, sous astreinte de 500 000 FCFA par jour.


Cette décision n’a toutefois pas définitivement tranché la question de la validité des deux processus électoraux. Le juge des référés s’est déclaré incompétent pour apprécier au fond la régularité des assemblées et des scrutins concurrents, renvoyant cette question au juge du fond.


 

Myriam Soumahoro et le bureau issu du CNMS ont contesté l’ordonnance par voie de tierce opposition et engagé une procédure au fond. Ils souhaitent désormais qu’une décision définitive détermine quel processus électoral est conforme aux statuts de la JCI Côte d’Ivoire.


Derrière cette bataille judiciaire, c’est donc la gouvernance de l’organisation qui est en jeu. Pour le camp de Myriam Soumahoro, le débat ne doit pas être réduit à une opposition entre personnes. Il porte avant tout sur le respect des textes, des procédures et des règles qui encadrent les élections nationales.


Ses soutiens mettent notamment en avant la régularité, selon eux, de la Convention nationale réunie au CNMS, l’application de la règle de majorité absolue et la nécessité de laisser au juge du fond le soin de déterminer lequel des deux processus électoraux peut être juridiquement retenu.


Ils rappellent également que Myriam Soumahoro avait obtenu le quitus de l’Assemblée au terme de son mandat 2025 et qu’elle s’était inscrite dans le processus institutionnel prévu par l’organisation.


De l’autre côté, le camp de Sylvère Silué continue de considérer le processus ayant conduit à son élection comme valable et revendique sa légitimité à conduire la JCI Côte d’Ivoire pour le mandat 2026.


La décision du juge du fond sera donc déterminante. Elle devra permettre de sortir d’une situation née en 2024, prolongée lors des élections de décembre 2025 et désormais transformée en véritable bataille autour de la gouvernance de la JCI Côte d’Ivoire.





Jean Chresus, Abidjan


 
 
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