Côte d'Ivoire : 2 639 produits à risque, les ONG exigent des comptes à l'AIRP et le retrait du marché
Le porte-parole ce samedi (Ph Koaci)
La publication des résultats de la campagne nationale de déclaration des médicaments traditionnels, produits cosmétiques et compléments alimentaires continue de susciter des réactions en Côte d’Ivoire. Après la note d’information de l’Agence ivoirienne de réglementation pharmaceutique (AIRP), annonçant une séance de présentation des résultats et d’accompagnement des opérateurs vers la conformité, le Collectif des ONG de lutte contre la dépigmentation artificielle et les produits cosmétiques et d’hygiène corporelle non conformes hausse le ton.
Dans une déclaration rendue publique ce samedi, l’ONG CEMC-CI et le Collectif disent prendre acte de la démarche engagée par l’AIRP, notamment de la rencontre annoncée pour le 16 septembre prochain à l’Institut national de santé publique (INSP). Ils reconnaissent l’intérêt d’un accompagnement des opérateurs du secteur vers la conformité, mais estiment que cette démarche ne doit pas retarder les mesures de protection lorsque des produits présentent un risque pour la santé.
Au cœur de leur préoccupation : les 2 639 produits déclarés à risque par l’AIRP. Les organisations demandent que les résultats de la campagne nationale soient rendus publics, ainsi que la liste des produits déclarés dangereux, non conformes ou présentant un risque pour la santé publique.
Pour le Collectif, les consommateurs ne peuvent être tenus à l’écart d’informations qui les concernent directement. Il estime que l’absence de publication des résultats et des listes de produits concernés entretient des interrogations sur la nature des analyses réalisées et sur la portée des conclusions de la campagne.
Les ONG vont plus loin en demandant le retrait du marché des produits dont la dangerosité ou la non-conformité aura été officiellement établie. Elles souhaitent également que les services compétents du ministère du Commerce et de la police sanitaire prennent les dispositions nécessaires pour faire appliquer ces mesures.
La déclaration interpelle également les autorités au plus haut niveau. Le Premier ministre et le Conseil de régulation de l’AIRP sont invités à exercer pleinement leurs responsabilités afin que la lumière soit faite sur la situation. Le Collectif demande que d’éventuels manquements graves dans la mission de protection de la santé publique donnent lieu à l’établissement des responsabilités et, le cas échéant, à des sanctions administratives ou disciplinaires.
L’organisation cite notamment le directeur général de l’AIRP, Dr Assane Coulibaly, dont elle réclame la démission si des manquements graves venaient à être établis.
Le Collectif interpelle aussi le ministère de la Santé, auquel il demande de faire de la protection de la population une priorité, particulièrement lorsqu’un produit est officiellement considéré comme présentant un risque. Le ministère du Commerce est, lui, appelé à accorder une attention particulière au retrait des produits concernés. Le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant est également invité à renforcer la protection des femmes et des enfants, considérés comme particulièrement exposés à certains produits cosmétiques et de santé non conformes.
Cette sortie intervient alors que l’AIRP a choisi de mettre l’accent sur l’accompagnement des opérateurs vers la conformité. Pour les ONG, cette orientation ne doit cependant pas se faire au détriment des impératifs de sécurité sanitaire.
Elles réclament ainsi davantage de transparence sur les résultats de la campagne et surtout une action rapide lorsque les analyses établissent effectivement qu’un produit constitue un danger pour les consommateurs.
Pour le Collectif, la question dépasse désormais le seul encadrement des opérateurs économiques. Elle touche directement à l’information du public et à la capacité des autorités à prévenir les risques sanitaires. « La santé publique ne peut faire l’objet d’aucun compromis », soutiennent les organisations, qui appellent les autorités concernées à agir avec diligence.
Jean Chresus, Abidjan
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