Cameroun : L'irruption de Franck Yonboué dans le débat public relance la question de la double nationalité
Franck Yonboué et et son suppléant Jean-Pierre Boyer (Ph)
Le nom de Franck Yonboué circule depuis plusieurs semaines dans les cercles politiques camerounais, porté par une hypothèse : celle d'un futur ministère consacré à la diaspora. Un projet séduisant sur le papier, qui viendrait enfin structurer les relations entre Yaoundé et ses millions de ressortissants à l'étranger. Mais ce débat, aussi légitime soit-il, occulte une question plus ancienne et plus fondamentale, restée sans réponse depuis dix-sept ans : celle du statut juridique de cette diaspora elle-même.
Promesse de 2009
En juillet 2009, lors d'une visite officielle à Paris, Paul Biya avait reçu des représentants de la diaspora camerounaise et pris deux engagements devant eux : ouvrir le droit de vote aux Camerounais de l'étranger, et examiner la question de la double nationalité, alors bloquée par le Code de la nationalité de 1968. Ce texte prévoit qu'un Camerounais qui acquiert une autre nationalité perd automatiquement la sienne — une disposition qui complique concrètement les investissements, les successions, les transactions immobilières et une bonne partie des démarches administratives pour des centaines de milliers de binationaux.
La première promesse a été tenue. En juillet 2011, à la veille de la présidentielle, Paul Biya promulguait la loi ouvrant le vote aux Camerounais établis à l'étranger. La seconde, en revanche, n'a jamais abouti. Ni en 2011, ni lors du Grand dialogue national de 2019 — où la commission dédiée à la diaspora avait pourtant recommandé, entre autres, l'instauration de la double nationalité, la représentation parlementaire des Camerounais de l'étranger et la création d'un ministère dédié — ni depuis.
Dix-sept ans après la promesse de Paris, le Code de la nationalité de 1968 est toujours en vigueur, inchangé.
2026, une vague de réformes qui contourne la question
Le sujet aurait pu ressurgir avec la préparation, au premier trimestre 2026, d'une révision constitutionnelle de grande ampleur. Libéré du calendrier électoral après sa réélection d'octobre 2025, le pouvoir a engagé un chantier institutionnel conséquent : création d'un poste de vice-président de la République nommé et non élu, refonte du Code électoral, redécoupage administratif. Autant de réformes qui touchent directement à l'architecture du pouvoir.
Mais selon les informations rapportées par la presse en mars 2026, la question de la double nationalité a été délibérément écartée de ce chantier. Le Code électoral s'ouvre à la révision ; le statut juridique de la diaspora, lui, reste fermé.
Ce choix n'est pas anodin. Il dessine une hiérarchie claire des priorités du régime : consolider et verrouiller l'appareil d'État — avec un vice-président nommé plutôt qu'élu — pendant que la revendication la plus structurante de la diaspora, portée depuis près de deux décennies, continue d'attendre.
Ministère de la diaspora
C'est dans ce contexte qu'il faut lire l'agitation médiatique autour d'un possible ministère de la diaspora, et la manière dont le nom de Franck Yonboué 42 ans, y a été associé ces dernières semaines. Technocrate installé en France, conseiller municipal à Villemomble, présenté par certains documents de communication comme un profil « pour la diaspora », il incarne aux yeux de plusieurs observateurs la figure du jeune cadre issu de l'étranger que le pouvoir pourrait vouloir intégrer, à l'heure où le débat sur le renouvellement générationnel de l'élite camerounaise s'intensifie.
L'idée d'un ministère dédié n'est pas absurde en soi. Le Maroc, avec son ministère délégué aux Marocains résidant à l'étranger et son Conseil de la communauté marocaine à l'étranger, ou le Sénégal, doté depuis longtemps d'un ministère des Sénégalais de l'extérieur, montrent qu'une structure institutionnelle stable peut réellement mobiliser les compétences, les investissements et les réseaux d'une diaspora.
Mais la comparaison s'arrête là où commence la question du droit. Un ministère peut organiser des forums, coordonner des associations, canaliser des remises de fonds. Il ne peut pas, à lui seul, résoudre ce qui reste le principal obstacle juridique à l'implication réelle des binationaux dans la vie camerounaise : le fait qu'ils ne sont, pour beaucoup, plus formellement reconnus comme Camerounais aux yeux de la loi.
Créer un ministère sans toucher au Code de la nationalité, c'est construire une vitrine sans ouvrir la porte. Cela permettrait sans doute de donner un visage — jeune, technocrate, issu de l'étranger — au discours sur le renouvellement. Mais cela ne réglerait rien du verrou juridique qui, depuis 1968, structure concrètement le rapport entre le Cameroun et ceux qui l'ont quitté sans avoir choisi de lui tourner le dos.
L’irruption d’un homme relance le débat
Le débat autour de Franck Yonboué 42 ans, qu'il débouche ou non sur une nomination, a au moins le mérite de remettre sur la table une discussion trop souvent reléguée au rang de vieille doléance. Mais réduire la question de la diaspora camerounaise à un seul profil, aussi emblématique soit-il, revient à masquer l'essentiel : la diaspora n'attend pas seulement un interlocuteur institutionnel, elle attend depuis 2009 que l'État reconnaisse juridiquement ce qu'elle est déjà de fait — camerounaise, ailleurs.
Tant que le Code de la nationalité restera inchangé, la création d'un ministère de la diaspora, quel qu'en soit le titulaire, ressemblera moins à une avancée qu'à un habillage. Le vrai test de la volonté politique du régime ne se jouera pas sur l'organigramme du gouvernement, mais sur cette réforme, promise il y a près de deux décennies et soigneusement contournée à chaque occasion de la tenir.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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