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Côte d'Ivoire : Budget 2025, la Cour des comptes salue les progrès, mais dénonce un déficit de 2 208 milliards de FCFA et met en garde contre des failles dans la gestion publique
 

Côte d'Ivoire : Budget 2025, la Cour des comptes salue les progrès, mais dénonce un déficit de 2 208 milliards de FCFA et met en garde contre des failles dans la gestion publique

 
 
 
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© Koaci.com - mercredi 28 octobre 2026 - 17:02


La Côte d’Ivoire enregistre des avancées dans l’exécution de son budget et la mise en œuvre du budget-programme. Toutefois, des irrégularités administratives, des insuffisances dans le recouvrement des recettes et des retards dans certains investissements continuent de fragiliser la gestion des finances publiques. Présentant les conclusions de ses contrôles aux députés, le mercredi 28 octobre 2026, le président de la Cour des comptes, Kanvaly Diomandé, a appelé à consolider les acquis et à corriger les manquements constatés.


Entre performances budgétaires et insuffisances dans la gestion des ressources publiques, l’exécution du budget de l’État ivoirien au titre de l’exercice 2025 présente un bilan contrasté. Si plusieurs indicateurs témoignent d’une amélioration des pratiques administratives, des irrégularités persistent, notamment dans les modifications de crédits, la mobilisation des recettes et le suivi de certaines opérations financières.

Ces constats ont été présentés par le président de la Cour des comptes, Kanvaly Diomandé, lors d’une séance d’information avec les députés, mercredi 28 octobre 2026. À cette occasion, il a exposé les principales conclusions des contrôles réalisés par son institution, tout en soulignant les progrès accomplis par l’administration dans la gestion axée sur les résultats.


Dans son examen de l’exécution budgétaire de 2025, la Cour des comptes a relevé plusieurs insuffisances dans les procédures de gestion des finances publiques.

Parmi les principales observations figurent les divergences entre les données relatives aux modifications budgétaires communiquées par les ministères techniques et celles transmises par le ministère chargé des Finances. Pour l’institution de contrôle, ces informations devraient concorder afin de garantir la fiabilité des données budgétaires.


« La première observation est qu’il y a une différence entre les données relatives aux modifications produites par les ministères techniques et celles du ministère chargé des Finances, qui devraient être identiques », a expliqué Kanvaly Diomandé.


La Cour a également relevé le recours à des lettres d’avance pour modifier les crédits budgétaires, des changements intervenus après la clôture de l’exercice ainsi que l’absence de certains décrets de transfert de crédits.


À ces irrégularités s’ajoutent des insuffisances dans la prévision et le recouvrement des recettes publiques, ainsi que des lacunes dans les pièces justificatives relatives à certaines créances de l’État sur des entreprises, dont la Société ivoirienne de construction et de gestion immobilière (Sicogi).


Ces observations mettent en évidence la nécessité de renforcer le respect des procédures budgétaires, la traçabilité des opérations financières et la qualité des documents comptables. Elles soulignent également l’importance d’une meilleure coordination entre les administrations impliquées dans l’exécution du budget.


Malgré ces réserves, la Cour des comptes a déclaré conformes les comptes individuels des comptables publics ainsi que le compte général de l’administration des finances pour l’exercice 2025, sous réserve d’éventuelles erreurs qui pourraient être relevées lors de contrôles ultérieurs.


Sur le plan financier, le budget initial de l’État pour 2025 s’établissait à 15 339 milliards de FCFA. Après ajustements, il a été porté à 15 464 milliards de FCFA.


Les recettes budgétaires se sont élevées à 7 332 milliards de FCFA, contre des prévisions de 7 963 milliards. Les dépenses, quant à elles, ont atteint 9 540 milliards de FCFA, pour une prévision de 10 284 milliards.

Cette exécution fait ressortir un déficit budgétaire d’environ 2 208 milliards de FCFA.


Toutefois, l’excédent de trésorerie, évalué à 2 579 milliards de FCFA, a permis de couvrir ce déficit et de dégager un solde global excédentaire de 369 milliards de FCFA.


Ces résultats traduisent une situation financière qui nécessite une lecture attentive des différents indicateurs. Si le solde global ressort excédentaire grâce à l’excédent de trésorerie, l’écart entre les recettes prévues et les recettes effectivement mobilisées demeure un enjeu important pour la conduite de la politique budgétaire.


L’amélioration des prévisions, l’efficacité du recouvrement et la maîtrise des dépenses constituent ainsi des leviers essentiels pour renforcer la qualité de l’exécution budgétaire.


La situation de l’endettement a également été abordée au cours de cette séance d’information parlementaire.


À fin 2025, l’encours de la dette publique ivoirienne s’établissait à 33 159 milliards de FCFA, contre 31 416 milliards de FCFA en 2024. Il représentait 57,8 % du produit intérieur brut (PIB), un niveau inférieur au plafond communautaire de 70 % fixé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).


Commentant cette évolution, le président de la Cour des comptes s’est voulu rassurant sur la position de la Côte d’Ivoire au regard du critère communautaire.


 

« La Côte d’Ivoire est très bien classée, il n’y a pas d’inquiétude », a estimé Kanvaly Diomandé, tout en rappelant la nécessité de rester attentif à l’évolution de la dette.


Si le ratio demeure sous le seuil de référence, la progression de l’encours entre 2024 et 2025 souligne l’importance d’une gestion prudente de l’endettement. La soutenabilité de la dette dépend notamment de la capacité de l’État à mobiliser des ressources, à maîtriser ses engagements et à orienter les financements vers des investissements productifs.


Au-delà des indicateurs financiers, la Cour des comptes a évalué la performance des politiques publiques à travers un audit portant sur 153 programmes répartis entre 33 ministères.


Les conclusions présentées font état d’une meilleure appropriation de la culture du résultat au sein de l’administration publique. Selon les données communiquées, 25 ministères sur 33 affichent un taux d’exécution budgétaire supérieur à 90 %.

Pour Kanvaly Diomandé, ces résultats méritent d’être reconnus, même si des efforts restent nécessaires pour améliorer l’efficacité de l’action publique.


« Il faut aussi, quand ça s’améliore, reconnaître que ça s’améliore », a-t-il déclaré, soulignant que la Côte d’Ivoire produit désormais des rapports d’audit de performance couvrant l’ensemble de ses programmes ministériels.


Cette évolution constitue un progrès dans la mise en œuvre du budget-programme, qui vise à relier les ressources financières mobilisées aux objectifs poursuivis et aux résultats obtenus.


Toutefois, des difficultés demeurent. La mobilisation des financements extérieurs n’a atteint que 50 %, tandis que des retards ont été relevés dans l’exécution de certains projets d’investissement.


Les secteurs de l’hydraulique, de l’assainissement et de l’électricité figurent parmi ceux concernés par ces retards.


Ces contre-performances rappellent que l’exécution budgétaire ne se mesure pas uniquement aux crédits consommés. Elle doit également être appréciée au regard de la réalisation effective des projets, de la qualité des infrastructures livrées et des bénéfices concrets pour les populations.


Le suivi des recommandations formulées à l’issue des contrôles précédents constitue un autre indicateur important de la gouvernance financière.


Sur les 92 mesures examinées, 62 ont été entièrement mises en œuvre, six ont fait l’objet d’une exécution partielle et 24 sont restées sans suite.


Le taux d’application complète des recommandations s’établit ainsi à 67,4%.


Si ce résultat témoigne d’une prise en compte d’une partie importante des observations formulées par les organes de contrôle, il révèle également la persistance de difficultés dans la mise en œuvre de certaines mesures correctives.


Pour améliorer durablement la gestion des finances publiques, l’enjeu consiste donc à transformer les recommandations en actions concrètes, assorties de responsabilités clairement établies et d’un suivi régulier.


La correction des irrégularités administratives, la fiabilisation des données budgétaires et le respect des procédures doivent notamment permettre de prévenir la répétition des manquements constatés.


Présent à cette séance d’information parlementaire, le président de l’Assemblée nationale, Jérôme Patrick Achi, a salué le travail accompli par la Cour des comptes et son président, Kanvaly Diomandé.


Il a également exprimé sa reconnaissance à l’institution pour les formations dispensées aux députés, notamment aux membres de la Commission des affaires économiques et financières.


 

Pour le président de l’Assemblée nationale, le contrôle des finances publiques constitue « un pilier fondamental de la bonne gouvernance », dans la mesure où il contribue à garantir la régularité, la transparence et la responsabilité dans la gestion des ressources de l’État.


Il a, dans cette perspective, appelé à consolider la coopération entre le Parlement et la Cour des comptes afin de permettre aux députés de mieux exploiter les rapports de contrôle, notamment lors de l’examen du projet de loi de règlement.


Cette collaboration apparaît essentielle pour renforcer le contrôle parlementaire de l’action gouvernementale et améliorer le suivi des recommandations issues des audits.


Elle doit également favoriser une meilleure compréhension des résultats budgétaires et permettre aux élus de disposer d’informations fiables pour apprécier l’utilisation des ressources publiques.


Le bilan de l’exécution du budget 2025 met en évidence une double réalité : des avancées dans la gestion axée sur les résultats et des insuffisances qui appellent des mesures correctives.


La progression de la culture de la performance, les taux d’exécution enregistrés dans plusieurs ministères et le respect du plafond communautaire d’endettement constituent des éléments positifs. Cependant, les divergences dans les données budgétaires, les insuffisances de recouvrement, les financements extérieurs mobilisés à moitié et les retards dans certains investissements rappellent l’ampleur des défis à relever.


Au-delà des chiffres, la question centrale reste celle de l’efficacité de la dépense publique et de sa traduction en résultats tangibles pour les citoyens.


Pour la Cour des comptes, l’enjeu est désormais de consolider les acquis, de corriger les irrégularités relevées et de veiller à l’application effective de ses recommandations.


La crédibilité de la gestion des finances publiques dépendra ainsi de la capacité des autorités à améliorer la transparence des opérations budgétaires, à renforcer les mécanismes de contrôle et à garantir une utilisation plus efficace des ressources de l’État.




Wassimagnon





 
 
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