Côte d'Ivoire : Investissement industriel, Amadou Koné lance un projet majeur dans les poids lourds, 5 000 camions par an annoncée
La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans son ambition industrielle. Le ministre des Transports et des Affaires maritimes, Amadou Koné, a procédé, le dimanche 8 novembre 2026, à la pose de la première pierre de la première usine nationale d’assemblage de véhicules poids lourds, à Yopougon. Portée par Yeshi Group et le constructeur chinois Sinotruk, cette infrastructure, qui ambitionne de produire 5 000 véhicules par an et de créer 300 emplois directs, entend réduire la dépendance aux importations et positionner le pays comme un hub industriel en Afrique de l’Ouest.
La zone industrielle de Yopougon s'apprête à accueillir une infrastructure majeure pour le développement de l'industrie automobile ivoirienne. Au PK 27, le lancement des travaux de la première usine d'assemblage de véhicules poids lourds marque le début d'un projet industriel porté par Yeshi Group, en partenariat avec le constructeur chinois Sinotruk.
Avec une capacité de production prévisionnelle de 5 000 véhicules par an, cette unité devrait générer environ 300 emplois directs. Elle prendra place au sein d'un vaste complexe industriel de 23 hectares. Une première superficie de 5 hectares sera consacrée à l'implantation de l'usine, tandis que 10 autres hectares accueilleront des activités liées aux poids lourds et des infrastructures connexes. La durée de réalisation des travaux est estimée à 36 mois maximum.
Au-delà de la construction d'une nouvelle unité de production, ce projet traduit une ambition économique plus large : faire évoluer la Côte d'Ivoire d'un marché essentiellement tourné vers l'importation de véhicules entièrement montés vers une véritable plateforme d'assemblage industriel et de distribution régionale.
Pour les autorités ivoiriennes, cette implantation répond à une nécessité économique. La demande en véhicules poids lourds connaît une progression soutenue, portée notamment par le développement des activités minières, du transport de marchandises et de la logistique. À cela s'ajoutent les besoins liés au renouvellement du parc automobile et à la croissance des activités économiques.
Présent à la cérémonie, le ministre Amadou Koné a salué l'engagement des investisseurs et réaffirmé la volonté du gouvernement d'accompagner les projets susceptibles de renforcer les capacités industrielles nationales.
Il a surtout insisté sur la nécessité de dépasser progressivement le simple assemblage pour favoriser l'émergence d'une industrie locale intégrée.
« Notre philosophie est de commencer par l'assemblage pour, progressivement, fabriquer les composants localement en attirant des équipementiers, notamment dans la plasturgie grâce à notre caoutchouc local. C'est de cela que la Côte d'Ivoire a besoin », a-t-il expliqué.
Cette vision repose sur un objectif précis : accroître la valeur ajoutée produite localement, développer la sous-traitance industrielle et favoriser l'émergence d'un écosystème de fournisseurs nationaux. Le Centre de promotion des investissements en Côte d'Ivoire (CEPICI), représenté par sa directrice générale, Solange Amichia, accompagne également cette initiative, considérée comme un levier supplémentaire pour renforcer l'attractivité industrielle du pays.
Pour Yeshi Group et son partenaire chinois, l'implantation de cette usine constitue une nouvelle étape dans une collaboration qui s'étend sur près de vingt ans.
Le président-directeur général de Yeshi Group, Abdul Sen Bedouin, entend faire de la Côte d'Ivoire une plateforme stratégique pour desservir plusieurs marchés ouest-africains. Le Mali, le Burkina Faso, la Guinée et le Liberia figurent notamment parmi les destinations ciblées.
L'investisseur met en avant les avantages liés à l'environnement économique ivoirien et aux infrastructures du pays. Il souligne également les contraintes logistiques et les coûts associés à l'importation de camions entièrement montés depuis la Chine. Dans cette perspective, l'assemblage sur place devrait permettre d'améliorer les conditions d'approvisionnement et de renforcer la compétitivité commerciale de l'entreprise.
À moyen et long terme, les ambitions sont encore plus importantes. Les promoteurs envisagent d'atteindre un taux d'intégration locale de 25 à 30 % des composants à l'horizon de sept à dix ans. Une évolution qui pourrait ouvrir des perspectives aux entreprises ivoiriennes spécialisées dans la fabrication de pièces, la plasturgie et d'autres activités connexes.
Le représentant de Sinotruk, Liu Wei, a, pour sa part, réaffirmé l'engagement du constructeur chinois à accompagner le projet, notamment à travers le transfert progressif de technologies. Il a également mis en avant les performances commerciales du groupe en Côte d'Ivoire, précisant que le pays a constitué, en 2025, son premier marché mondial en volume d'exportation.
Autre ambition annoncée : intégrer progressivement des camions électriques au programme de production. Cette orientation pourrait contribuer à accompagner la transition énergétique et à réduire les coûts d'exploitation dans le secteur du transport, notamment pour l'acheminement des produits agricoles tels que le cacao, le café et l'anacarde.
La réussite de cette ambition industrielle dépendra également de la disponibilité d'une main-d'œuvre qualifiée. C'est dans cette logique qu'intervient la Sinotruk Academy, implantée dans la zone industrielle de Yopougon et visitée par le ministre Amadou Koné à l'issue de la cérémonie.
Cette structure constitue un dispositif complémentaire à l'investissement industriel. Elle propose des formations techniques destinées notamment aux mécaniciens, électriciens et chauffeurs spécialisés dans les véhicules lourds. Les enseignements portent sur la maintenance et la réfection des moteurs, les opérations de réglage ainsi que le diagnostic des systèmes électriques.
Selon les spécialités, les sessions de formation durent entre un et quatre jours et donnent lieu à la délivrance d'attestations. Des partenariats avec les ministères en charge de l'Éducation nationale, de l'Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l'Enseignement supérieur sont également envisagés afin de renforcer les compétences nationales dans ce secteur.
Pour le gouvernement, le développement de ces formations représente une condition essentielle à la réussite du transfert de technologie et à la pérennisation des investissements industriels.
Avec cette première usine d'assemblage de poids lourds, la Côte d'Ivoire affiche clairement son ambition de renforcer sa souveraineté industrielle et de conquérir une place plus importante dans la chaîne de valeur automobile régionale.
Les perspectives annoncées sont significatives : 5 000 véhicules par an, 300 emplois directs, un taux d'intégration locale pouvant atteindre 30 % et l'ouverture de nouveaux débouchés vers les marchés de la sous-région.
Toutefois, la portée réelle de cet investissement se mesurera à sa capacité à dépasser les seules opérations d'assemblage. Le développement d'un réseau de sous-traitants locaux, la création d'emplois qualifiés, le transfert effectif de compétences et la fabrication progressive de composants sur le territoire national seront autant d'indicateurs déterminants.
Le chantier est donc lancé, mais le véritable défi reste celui de la transformation des engagements en résultats concrets. Car pour la Côte d'Ivoire, l'enjeu n'est pas seulement de produire des camions, mais de bâtir autour de cette activité une véritable industrie automobile, créatrice de valeur ajoutée et de compétences nationales.
Wassimagnon
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