Côte d'Ivoire : Législatives 2025, seulement 34 femmes élues, la parité encore hors de portée, le plafond de verre toujours intact
Les résultats officiels des élections législatives du 27 décembre 2025 confirment une avancée timide de la représentation féminine à l’Assemblée nationale ivoirienne. Sur les 255 sièges que compte l’institution, 253 ont été pourvus à l’issue du scrutin, deux circonscriptions devant encore faire l’objet de reprises électorales. Parmi les députés élus, seules 34 femmes ont réussi à décrocher un mandat, soit environ 13,4 % de la représentation nationale.
Un chiffre qui, s’il traduit une présence féminine réelle, reste très éloigné des objectifs fixés par la loi n°2019-870 sur la parité, laquelle impose un quota minimum de 30 % de femmes sur les listes électorales. L’écart entre l’ambition législative et la réalité des urnes demeure donc préoccupant.
L’analyse du profil des 34 femmes élues révèle une disparité générationnelle marquée. Une seule députée est âgée de 25 à 34 ans, soit 2,9 % du total. La majorité des élues, 21 femmes (61,8 %), se situe dans la tranche d’âge 35 à 60 ans, tandis que 12 députées (35,3 %) ont 61 ans et plus.
Ces chiffres mettent en lumière une quasi-absence de jeunes femmes au Parlement, soulevant de sérieuses interrogations sur les freins à l’émergence d’une nouvelle génération de leaders féminines. Accès limité aux financements, manque de formation politique, faible visibilité médiatique et poids persistant des stéréotypes socioculturels figurent parmi les principaux obstacles identifiés.
Quelques semaines avant le scrutin, le 9 décembre 2025, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), avec l’appui de l’ambassade de Suisse, organisait à Abidjan un Dialogue institutionnel de haut niveau sur le leadership féminin et la gouvernance inclusive. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre du Programme Chrysalide, un incubateur de leadership féminin visant à renforcer la participation des femmes à la gouvernance politique et à constituer un vivier de leaders compétentes, visibles et influentes.
Présidé par Madame Anne Désirée Ouloto, Ministre d’État, Ministre de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration, l’événement a rassemblé plus de 100 femmes leaders, candidates, élues locales et représentantes de partis politiques, aux côtés d’institutions publiques et de partenaires au développement.
Anne Désirée Ouloto : « Ne soyez pas des figurantes »
Figure emblématique de la scène politique ivoirienne, Anne Désirée Ouloto a marqué les esprits par une intervention forte et sans détour, intitulée « Servir avec excellence : leadership féminin et transformation de la société ». Forte d’un parcours politique entamé en 2011 et ponctué par plusieurs portefeuilles ministériels stratégiques, elle incarne l’une des rares femmes (environ 7 %) à diriger une collectivité territoriale majeure, en l’occurrence le Conseil régional du Cavally, qu’elle préside depuis 2018.
S’adressant aux participantes, la Ministre d’État a lancé un appel clair : « Ne soyez pas des figurantes. Soyez des incontournables », exhortant les femmes à dépasser une présence symbolique pour s’imposer comme des actrices essentielles de la vie publique.
Elle n’a pas éludé les difficultés de son propre parcours.
« La politique n’est pas un fleuve tranquille. J’ai dû perdre mon emploi après avoir donné mon opinion sur un fait politique. Mes larmes ne m’ont pas sauvée, mais j’ai fait jouer ma sagesse », a-t-elle confié, soulignant la nécessité de résilience, de stratégie et de lucidité.
Pour Anne Désirée Ouloto, la compétence reste le principal levier d’accès aux responsabilités.
« Ce n’est pas parce qu’on est femme qu’on nous donne une place. On nous donne une opportunité parce qu’on sait qu’on est compétente et qu’on va pour gagner », a-t-elle insisté, appelant les femmes à se préparer rigoureusement et à s’imposer par leur mérite.
À l’issue du dialogue, plusieurs engagements ont été pris, notamment la mise en place d’un réseau de femmes leaders, adossé à une plateforme de collaboration et de plaidoyer, ainsi que l’adoption d’une note de recommandations servant de feuille de route pour les actions futures en faveur du leadership féminin.
Une responsabilité historique pour les élues
Les 34 femmes élues lors des législatives de décembre 2025 portent désormais une responsabilité particulière : celle de démontrer, par leur action, que les femmes ont toute leur place dans les hémicycles et les sphères de décision. Elles sont à la fois les héritières d’un combat de longue haleine et les ambassadrices d’un changement encore inachevé.
Si la route vers la parité reste longue en Côte d’Ivoire, chaque avancée compte. Comme l’a rappelé Anne Désirée Ouloto, chaque femme qui ose se porter candidate, chaque élue qui exerce ses fonctions avec excellence contribue à bâtir une gouvernance plus inclusive et une société plus équilibrée. Le Dialogue Chrysalide a semé des graines d’espoir. Reste désormais à les faire éclore.
Wassimagnon
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
