Cameroun : Cacophonie gouvernementale, deux ministres se disputent la propreté de la capitale
En l'espace de cinq jours seulement, deux membres du gouvernement camerounais se sont séparément emparés du dossier de la gestion des ordures à Yaoundé, dans un contexte marqué par une insalubrité grandissante. Cette succession d'interventions, loin d'illustrer une coordination efficace, révèle plutôt une cacophonie au sommet de l'État sur un enjeu pourtant important pour la capitale. Pendant que les ministres multiplient les interventions individuelles, les populations espèrent, elles, des solutions durables en matière d'hygiène et de salubrité publique.
Courtès mise sur les infrastructures
Le mardi 27 janvier 2026, c'est Célestine Ketcha Courtès, ministre de l'Habitat et du Développement urbain (MINHDU), qui a effectué une visite de terrain pour évaluer l'avancement des travaux du projet « Yaoundé Cœur de Ville ». Accompagnée de l'Ambassadeur de France au Cameroun, Sylvain Riquier, la ministre a pu constater l'évolution de ce chantier présenté comme « la pierre angulaire » de la stratégie de modernisation de la capitale, bénéficiant d'un appui structurel via le Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) en partenariat avec la France.
La délégation du Minhdu a également inspecté les travaux de réhabilitation des voiries structurantes dans plusieurs quartiers de Yaoundé. Ces projets s'inscrivent dans l'application des directives présidentielles visant la modernisation et l'optimisation de la mobilité dans la capitale, avec pour objectif de pallier la dégradation avancée de certains axes névralgiques qui entravent la fluidité du trafic et compromettent la sécurité des usagers.
Atanga Nji lance l'opération « Yaoundé ville propre »
Cinq jours plus tôt, le mercredi 21 janvier 2026, c'était au tour du ministre de l'Administration Territoriale (Minat), Paul Atanga Nji, de prendre les devants en présidant une importante réunion consacrée à la lutte contre l'insalubrité publique. Réunissant le gouverneur de la région du centre, le maire de la ville de Yaoundé, le préfet du Mfoundi, les sept Sous-préfets et maires d'arrondissement, ainsi que des responsables du Minhdu et des sociétés de collecte (Hysacam et Thychlof), cette concertation visait à replacer les autorités administratives au cœur de la lutte contre l'insalubrité urbaine.
Le constat dressé par le Minat est alarmant : jadis réputée pour sa propreté, Yaoundé est aujourd'hui confrontée à une prolifération inquiétante des dépôts d'ordures. Sur un périmètre d'environ deux kilomètres, de la cathédrale Notre-Dame des Victoires à Bastos, pas moins de 30 bacs à ordures visibles servent de décharges à ciel ouvert, selon les observations du ministère.
Face à cette situation, Paul Atanga Nji a annoncé le lancement par le président Paul Biya de l'opération « Ville Propre », assortie d'une dotation spéciale à chaque commune de Yaoundé. Chaque commune d'arrondissement a ainsi reçu des engins, des camions-bennes et du matériel léger. Dans un délai de 72 heures, le Minat s'est engagé à distribuer aux sept communes un lot de 700 brouettes, 700 pelles, 700 balais et 700 râteaux. Le ministre a également annoncé des poursuites judiciaires contre ceux qui jettent les ordures de manière anarchique dans la ville.
Cette double intervention ministérielle soulève des questions sur la coordination gouvernementale. Pourquoi deux ministres traitent-ils séparément un dossier qui relève manifestement d'une responsabilité partagée ? Si le Minhdu se concentre sur les infrastructures urbaines et le Minat sur la gestion administrative de la salubrité, leur action simultanée sans concertation apparente donne l'impression d'une improvisation plutôt que d'une stratégie cohérente.
Pour les populations de Yaoundé, au-delà des annonces et des visites de terrain, c'est la durabilité des solutions qui compte. La capitale camerounaise saura-t-elle retrouver sa réputation de ville propre ? La réponse dépendra moins des numéros de solistes ministériels que d'une véritable synergie d'action.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com
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