Côte d'Ivoire : Baie de Cocody, quand la vitrine d'Abidjan devient le symbole d'un État qui promet, mais n'achève jamais
Il suffit de traverser le pont Alassane Ouattara pour mesurer l’écart vertigineux entre les promesses officielles et la réalité vécue par les Abidjanais. Là où devait s’imposer une vitrine touristique et environnementale moderne, la baie de Cocody offre aujourd’hui un spectacle inquiétant : eaux stagnantes, pollution visible et odeurs nauséabondes qui agressent quotidiennement les usagers de cet axe stratégique de la capitale économique.
Présenté dès 2016 comme un projet structurant capable de transformer durablement le paysage urbain d’Abidjan, l’aménagement de la baie de Cocody devait symboliser l’entrée de la Côte d’Ivoire dans une nouvelle ère de modernité. Près d’une décennie plus tard, le constat est amer. Le « joyau » annoncé ressemble davantage à un chantier enlisé, voire à une plaie ouverte au cœur de la ville.
Le plus préoccupant n’est pas seulement l’état de dégradation avancée du site, mais l’indifférence apparente qui l’entoure. Chaque jour, des milliers de citoyens empruntent ce corridor majeur. Chaque jour, des responsables politiques et administratifs de premier plan y circulent également. Pourtant, la situation semble figée, comme si la répétition du dysfonctionnement avait fini par anesthésier toute capacité d’indignation et d’action.
Cette banalisation de l’échec interroge. Comment un projet aussi visible, aussi stratégique, peut-il rester dans un tel état sans provoquer de réaction forte des autorités compétentes ?
Des milliards engagés, des résultats absents
Des montants considérables, chiffrés en milliards de francs CFA, ont été annoncés, mobilisés et dépensés pour la réhabilitation de la baie. Mais sur le terrain, les résultats se font attendre. Où sont passés les investissements promis ? Quels travaux ont réellement été réalisés ? Et surtout, pourquoi aucune communication claire et détaillée n’est faite sur l’état d’avancement du projet ?
Dans des États où la culture de la reddition des comptes est une exigence démocratique, un tel enlisement aurait conduit à des audits indépendants, à des sanctions administratives, voire à des démissions. En Côte d’Ivoire, le silence semble avoir remplacé l’explication, tandis que l’échec se dissout parfois dans une communication institutionnelle soigneusement mise en scène.
Au-delà de la baie elle-même, ce chantier inachevé est devenu le reflet d’un mode de gouvernance préoccupant. Un système où l’annonce publique prime sur l’exécution, où la communication supplante l’évaluation, et où l’argent public semble trop souvent disparaître sans justification convaincante.
Le développement d’un pays ne se mesure pas uniquement à la multiplication de projets ambitieux sur le papier. Il repose sur la capacité à honorer les engagements pris, à protéger l’environnement, et à rendre des comptes aux citoyens. Tant que ces principes resteront secondaires, les discours sur l’émergence risquent de demeurer de simples slogans.
Aujourd’hui, la baie de Cocody ne dégage pas seulement des effluves pestilentielles. Elle exhale un parfum bien plus inquiétant : celui d’un État qui s’habitue à l’inachevé et à l’impunité administrative. Si rien n’est fait, ce ne sera pas seulement la lagune qui continuera de se dégrader, mais aussi la confiance des citoyens dans la gestion des affaires publiques.
Et sans cette confiance, aucun projet, aussi grandiose soit-il, ne pourra réellement tenir ses promesses.
Wassimagnon
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