Cameroun : Port de Douala, le groupe émirati AD Ports s'empare d'un terminal stratégique pour 30 ans
Le 12 février 2026, l'État camerounais a accordé au groupe émirati AD Ports Group une concession de 30 ans pour concevoir, construire et exploiter un nouveau terminal de vrac sec au Port de Douala-Bonabéri. Investissement annoncé : 73,4 millions d'euros (environ 48 milliards de FCFA).
Le Port de Douala n'est pas un terminal ordinaire : il traite près de 95 % du commerce extérieur camerounais et constitue la porte d'entrée logistique du Tchad et de la République Centrafricaine, deux États enclavés totalement tributaires de cet axe. Confier pendant une génération la gestion d'un terminal de ce port à un opérateur étranger n'est pas un acte anodin.
Dans le consortium constitué avec Africa Ports Development (APD), AD Ports détient 60 % du capital et 51 % de l'intérêt économique effectif — soit la majorité décisionnelle sur tous les grands choix d'exploitation. APD, relégué à 40 %, n'aura en pratique aucun levier réel.
Le terminal sera spécialisé dans le vrac sec : clinker, gypse, céréales, engrais. Quatre marchandises au cœur de la souveraineté industrielle et alimentaire du pays. Avec 4 millions de tonnes de capacité annuelle et 450 mètres de quai, c'est une infrastructure dimensionnée pour dicter le rythme des approvisionnements régionaux.
Les arguments en présence
Les partisans de l'accord font valoir que le Cameroun ne disposait pas des moyens de financer seul ce chantier dans ce délai. AD Ports apporte une expertise mondiale, une promesse de 4 000 emplois et une amélioration attendue des corridors vers N'Djamena et Bangui.
Ses critiques posent une question plus fondamentale : pendant 30 ans, qui fixera les tarifs appliqués aux céréales qui nourrissent les Camerounais, au ciment qui construit leurs villes, aux engrais qui fertilisent leurs champs ? L'histoire des concessions portuaires africaines montre que la renégociation se fait rarement à l'avantage de la partie concédante.
Stratégie émiratie bien huilée
AD Ports Group n'est pas un acteur commercial comme les autres. Bras armé d'Abu Dhabi dans le secteur portuaire, il est déjà implanté en Égypte, au Maroc, en Tunisie, au Kenya, en Tanzanie, en Angola et en République du Congo. Le terminal de Douala vient verrouiller la façade atlantique d'un maillage qui encercle progressivement le continent.
Le Cameroun a-t-il obtenu des garanties sur les tarifs, les clauses de révision, le transfert de compétences à l'échéance ? Ces réponses — absentes des communications officielles — sont pourtant celles dont dépendra l'évaluation réelle de cet accord dans 30 ans.
Le terminal sera construit. La question n'est pas là. Elle est dans les conditions auxquelles il sera rendu.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com
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