Côte d'Ivoire : Afrique subsaharienne, plus de 60 ans après les indépendances, diagnostic d'un retard et appel à la responsabilité
Plus de six décennies après les indépendances, peut-on être fier du parcours des pays d’Afrique subsaharienne ? La question, aussi sensible que fondamentale, continue de diviser intellectuels, analystes et citoyens du continent. Dans une tribune engagée, l’essayiste ivoirien basé au Canada, Laurent Kouassi, tranche sans détour : pour lui, le bilan global reste largement en deçà des espérances des « glorieuses années » d’émancipation.
Selon Laurent Kouassi, deux lectures diamétralement opposées s’affrontent.
La première estime que l’Afrique subsaharienne avance, certes lentement, mais sûrement. Ses défenseurs rappellent que les nations aujourd’hui développées ont elles aussi traversé des siècles de turbulences avant d’atteindre la prospérité. Le développement serait donc un processus long, semé d’embûches, qui exige patience et résilience.
La seconde lecture, à laquelle adhère pleinement l’essayiste, considère qu’aucune excuse ne saurait justifier ce qu’il qualifie de « naufrage collectif ». Les exemples internationaux démontrent, selon lui, qu’un décollage économique et institutionnel peut s’opérer en un demi-siècle à peine.
Il cite notamment Singapour, devenu en quelques décennies une référence mondiale en matière de gouvernance et de développement. Il évoque également la Corée du Sud, dont le niveau de vie était comparable à celui de certains pays ouest-africains dans les années 1970, et qui figure aujourd’hui parmi les grandes puissances industrielles.
Dans le même élan, il mentionne Vietnam, Malaisie, Brésil, Chine et Inde, autant de nations qui ont opéré, selon lui, des transformations structurelles majeures en quelques décennies.
À l’inverse, l’auteur s’interroge sur la trajectoire de pays africains pourtant riches en ressources naturelles. Il cite le Gabon, la Guinée équatoriale, la Guinée, la République démocratique du Congo et le Nigeria, souvent présenté comme un « géant aux pieds d’argile ».
Pour lui, après plus de 60 ans d’indépendance, les piliers fondamentaux de nations modernes, systèmes éducatifs performants, structures sanitaires solides, capital humain qualifié, institutions stables — demeurent fragiles ou défaillants dans de nombreux États.
Laurent Kouassi pointe du doigt ce qu’il considère comme la « gangrène » principale : la gouvernance politique.
Après les années de parti unique et les coups d’État militaires, l’ouverture démocratique des années 1990 n’aurait pas produit les effets escomptés. L’essayiste dénonce l’émergence de « coups d’État civils », caractérisés par des révisions constitutionnelles répétées visant à prolonger les mandats présidentiels.
Il évoque notamment la République centrafricaine, le Gabon, le Togo ou encore le Tchad, qui ont connu plusieurs changements de République en quelques décennies. La Côte d'Ivoire est également citée pour sa réforme constitutionnelle de 2016, marquée par la suppression de la limite d’âge présidentielle.
Selon lui, ces pratiques traduisent une personnalisation excessive du pouvoir, favorisant des systèmes où le chef de l’État concentre l’essentiel des leviers institutionnels. Une configuration qui, affirme-t-il, alimente abus, clientélisme et enrichissement clanique.
Malgré ce constat sévère, Laurent Kouassi refuse le fatalisme. Il rappelle que l’Afrique a l’avantage d’évoluer dans un monde où les modèles de développement sont documentés et accessibles. « Tout reste à faire », écrit-il en substance, invitant les dirigeants et les peuples à s’inspirer des expériences réussies, tout en les adaptant aux réalités locales.
Il fait d’ailleurs référence à l’ouvrage prophétique de René Dumont, L'Afrique noire est mal partie, publié en 1962, dont le titre résonne encore dans les débats contemporains.
Pour l’essayiste, l’heure n’est ni à la complaisance ni au découragement. Il appelle les peuples africains à la vigilance, à l’engagement citoyen et à la persévérance. Car, conclut-il avec gravité, « il n’y a pas d’alternative à un lendemain meilleur pour notre continent ».
Un plaidoyer sans concession qui relance, une fois de plus, le débat sur la responsabilité des élites, la maturité démocratique et la capacité des sociétés africaines à transformer leur immense potentiel en prospérité partagée.
Wassimagnon
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