Côte d'Ivoire : Bourses d'études à l'étranger, le gouvernement veut durcir les conditions pour obliger les étudiants à rentrer au pays
Le gouvernement ivoirien entend désormais durcir les conditions d’attribution des bourses d’études à l’étranger, notamment en France. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Adama Diawara, a exprimé sa préoccupation face au nombre croissant d’étudiants ivoiriens qui, une fois leur formation achevée, choisissent de ne plus retourner en Côte d’Ivoire.
Le ministre s’est exprimé sur cette question vendredi 6 mars 2026 lors d’une séance de travail avec le Consul général de France, consacrée à la mobilité des étudiants, chercheurs et enseignants-chercheurs entre les deux pays.
Dans son intervention, Adama Diawara a annoncé un durcissement des conditions d’accès aux formations de master et de doctorat. Selon lui, l’inscription dans ces cycles ne sera plus automatique.
« Désormais, ce n’est pas parce que vous avez une licence que vous pouvez automatiquement vous inscrire en master 1. Cela est terminé. La nouvelle loi impose que l’étudiant soit sélectionné avant de pouvoir accéder au master », a-t-il déclaré.
La même logique s’appliquera également aux études doctorales. « Ce n’est pas parce que vous avez un master 2 que vous allez vous inscrire en doctorat. Il faudra être sélectionné. Ceux qui seront candidats à la mobilité internationale devront déjà être sélectionnés dans leur UFR. C’est obligatoire », a insisté le ministre.
Cette réforme intervient dans un contexte marqué par la multiplication des docteurs non recrutés en Côte d’Ivoire, une situation que le ministre juge délicate sur les plans politique et social.
Adama Diawara a également dénoncé le faible taux de retour des étudiants ivoiriens envoyés dans certaines grandes écoles françaises. Il a cité notamment les cas de l’École polytechnique et de HEC.
« De 2015 à aujourd’hui, nous avons envoyé 58 Ivoiriens à l’École polytechnique. C’est exceptionnel. Mais un seul est revenu au pays. Pour HEC, nous avons envoyé environ 56 étudiants jusqu’à l’année dernière. Aucun n’est revenu », a-t-il regretté.
Face à cette situation, le gouvernement prépare de nouveaux textes réglementaires sur l’attribution des bourses hors de Côte d’Ivoire et des bourses d’excellence.
« Chaque étudiant qui partira devra signer un engagement de retour. S’il ne revient pas, il devra rembourser l’argent de l’État. Sinon, cela deviendra difficile à gérer », a averti le ministre.
Le ministre a également rappelé les investissements importants consentis par l’État ivoirien dans le cadre du Contrat de désendettement et de développement (C2D) pour soutenir la mobilité académique.
Au total, le sous-secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a bénéficié d’un financement global de 86,7 milliards de FCFA, dont plus de 6,4 milliards consacrés à la mobilité académique.
Dans le détail : C2D 1 : 1,7 milliard de FCFA pour 131 mobilités ; C2D 2 : 1,5 milliard de FCFA pour 123 mobilités, C2D 3 (démarrage en 2026) : 5 millions d’euros, soit environ 3,2 milliards de FCFA, pour 416 mobilités prévues.
Ces mobilités concernent principalement les étudiants de master et de doctorat inscrits dans les universités ivoiriennes, qui effectuent des séjours de recherche d’une semaine à un mois dans des universités françaises.
Le programme de mobilité vise également le perfectionnement des enseignants-chercheurs ivoiriens. Ceux-ci effectuent des séjours de formation dans les universités françaises allant d’un à deux mois, voire de trois à cinq mois dans le cadre d’immersions académiques.
Selon le ministre, ces séjours ont un double objectif : renforcer les collaborations scientifiques et améliorer les méthodes pédagogiques dans les universités ivoiriennes.
« Nos enseignants-chercheurs doivent aller s’inspirer des modèles pédagogiques des universités françaises, notamment dans l’organisation des cours magistraux (CM), des travaux dirigés (TD) et des travaux pratiques (TP), afin d’améliorer l’enseignement dans nos universités », a-t-il expliqué.
Une attention particulière sera accordée aux enseignants intervenant dans les classes préparatoires scientifiques, notamment les filières MPSI (Maths, Physique, Sciences de l’Ingénieur) et PCSI (Maths, Physique, Chimie, Sciences de l’Ingénieur).
À travers ces nouvelles mesures, le gouvernement ivoirien entend mieux encadrer la mobilité internationale tout en s’assurant que les investissements publics dans la formation à l’étranger profitent effectivement au développement du pays.
Wassimagnon
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