Cameroun : Non-respect des engagements du Chef de l'Etat, Célestin Bedzigui tire la sonnette d'alarme : « Le Cameroun ne doit pas mourir »
Le président du Parti de l'Alliance libérale (PAL), Célestin Bedzigui vient de publier une tribune intitulée, « Le Cameroun ne doit pas mourir ». Il y dresse un diagnostic sombre de l'état de la gouvernance au Cameroun et lance un appel solennel à la fois au Chef de l'État et à l'ensemble de la classe politique.
Paralysie institutionnelle
Ce qui frappe d'emblée c’est le constat de Bedzigui. Il nomme ce que beaucoup pensent tout bas. Il observe une stagnation profonde du pays depuis la dernière élection présidentielle, caractérisée selon lui par une absence totale de réponse aux attentes exprimées dans les urnes par le peuple camerounais.
Il relève notamment que deux engagements publics pris spontanément par le Président de la République, la constitution d'une « union sacrée » évoquée lors de la prestation de serment, et la promesse d'un nouveau gouvernement formulée dans le discours de fin d'année, sont restés sans suite. Pour Bedzigui, cette situation soulève une question de fond sur la nature même du leadership : un chef qui ne tient pas sa parole conserve-t-il encore l'autorité morale pour gouverner ?
Il pointe également du doigt la technocratie au pouvoir, qu'il tient en partie responsable des mauvais résultats économiques et sociaux sanctionnés par les électeurs, et qui, malgré ce bilan, est demeurée en place sans la moindre remise en question.
Gouvernance trouée
Pour illustrer les défaillances structurelles de l'appareil d'État, Bedzigui use d'une image parlante : il compare la gouvernance camerounaise à « un fromage hollandais, rond à l'extérieur avec des trous à l'intérieur ».
Il cite comme exemples concrets des ministères stratégiques — dont ceux en charge de la formation professionnelle et de l'industrie — qui fonctionneraient sans titulaires, dirigés par des intérimaires dont le mandat et les attributions réelles restent flous. Plus préoccupant encore à ses yeux, il évoque la situation à la tête de la Société Nationale des Hydrocarbures, qu'il qualifie de « poumon financier de l'État », et où une vacance de direction prolongée aurait, selon des rumeurs persistantes, ouvert la voie à une gestion informelle aux contours inquiétants. Il prend soin de préciser que si ce fait venait à être confirmé, il relèverait, selon ses propres termes, « d'une hallucination pour le moins ».
Alerte assumée
Bedzigui revendique pleinement sa démarche. Se définissant lui-même comme « le citoyen et l'homme politique » qu'il est, il affirme agir par devoir, conscient des risques que représente une telle prise de parole dans le contexte politique camerounais. Il convoque à cet égard la figure de Danton, le révolutionnaire français qui, au seuil de sa condamnation, interpellait la postérité sur la responsabilité des hommes de son temps. Bedzigui dit ne pas exclure que sa tribune lui vaille « une condamnation à mort sociale par le système politique », avant d'ajouter avec sérénité qu'il aura néanmoins « fait son devoir, en toute responsabilité politique ».
Unité de l'opposition
La seconde partie de son texte s'adresse directement à la classe politique d'opposition. Le ton y est tout aussi direct. Bedzigui juge que le moment est historique et que la léthargie du pouvoir en place constitue une opportunité que l'opposition serait coupable de laisser passer. Il plaide pour l'abandon des « esprits de chapelle », des exclusions et des rivalités stériles, au profit d'une dynamique unitaire articulée autour d'un programme commun.
Son objectif affiché : construire une alternative politique capable de faire barrage au RDPC lors des prochaines élections locales. Il avertit que l'incapacité de l'opposition à se rassembler ne ferait que confirmer le jugement sévère selon lequel « le Cameroun a l'opposition la plus bête du monde » — une formule qu'il cite pour mieux en conjurer le risque.
La tribune de Célestin Bedzigui a le mérite rare de la clarté et de l'engagement personnel assumé. Dans un espace politique souvent dominé par la langue de bois et la prudence calculée, il choisit la franchise -celle d'un homme qui dit avoir « tant reçu » de ce pays et qui estime lui devoir, en retour, la vérité.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com
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