Cameroun : Après la série noire des féminicides, le pays fait face à la montée des infanticides
À Yaoundé comme à Douala, les crimes contre les enfants se succèdent à un rythme alarmant. Viols, meurtres, trafics : une vague de violence ravage les foyers et installe une psychose durable dans les quartiers.
Il y a quelques jours, la condamnation à mort par fusillade de Nwafo Dagobert — coupable d'avoir ôté la vie à Mathis, un enfant de six ans, après une banale dispute de voisinage à Yaoundé - avait soulevé l'espoir que la rigueur judiciaire ferait enfin reculer l'innommable. Cet espoir fut de courte durée.
Peu après, une nouvelle tragédie endeuillait une famille du quartier Nkoabang : Divine Mbarga Atangana, onze ans, était victime d'un viol suivi d'un meurtre. Le présumé violeur, Moadambe Éric, avait pignon sur rue. Il était l'un de ces visages familiers du voisinage, l'un de ceux à qui l'on confie volontiers la surveillance d'un couloir, d'une porte entrouverte.
Accumulation
Depuis 2024, ces drames s'enchaînent avec une régularité qui glace. À Douala, dans le quartier Ndogpassi, un nourrisson d'un an a été tué par son propre oncle, Tchanga Nana, en fuite depuis lors - l'acte résultant, selon les premiers éléments, d'un conflit domestique avec la belle-sœur de l'accusé. La violence ne se contente plus de frapper les adultes ; elle dévore désormais les plus fragiles, ceux qui ne peuvent ni fuir ni crier assez fort.
La société camerounaise, déjà meurtrie par une hausse préoccupante des féminicides ces dernières années, se trouve confrontée à une mutation inquiétante de la criminalité ordinaire. Le passage à l'acte sur un enfant ne semble plus constituer un verrou suffisant.
Les affaires qui ont ébranlé le pays
Mathis, 6 ans — Yaoundé : tué par le voisin Nwafo Dagobert après une querelle. Condamné à mort par fusillade, le bourreau pensait agir en toute impunité.
Divine Mbarga Atangana, 11 ans — Nkoabang, Yaoundé : victime d'un viol suivi de meurtre perpétré par Moadambe Éric, un habitant de son immeuble.
Bébé d’1 an — Ndogpassi, Douala : tué par un proche Tchanga Nana lors d'un conflit familial. L'auteur présumé est toujours en fuite.
Pourquoi les mesures répressives ne suffisent pas
La peine capitale prononcée contre Nwafo Dagobert n'a pas produit l'effet dissuasif escompté. Les experts en criminologie le rappellent : la sévérité de la sanction ne constitue pas, à elle seule, un rempart efficace contre les crimes passionnels ou les actes commis dans un état de rage incontrôlée. Ce qui retient un bourreau potentiel, c'est davantage la certitude d'être découvert que la gravité de la peine.
Or, dans de nombreux quartiers de Yaoundé et de Douala, la surveillance communautaire s'effrite. La délation -au sens positif du terme, celui de la vigilance citoyenne- reste taboue. On préfère ne pas « se mêler des affaires des autres ». Cette omerta de la proximité crée des angles morts dans lesquels prospèrent les prédateurs. L’environnement camerounais devient de plus en plus instable et de plus en plus dangereux pour les enfants.
À ces facteurs s'ajoutent des ressorts socio-économiques profonds : précarité, promiscuité, alcool, tensions domestiques exacerbées par des conditions de vie difficiles, forte circulation des stupéfiants… La violence sur les enfants n'est pas le fait d'une classe sociale particulière -elle traverse tous les milieux, même si elle sévit plus visiblement dans les espaces où les structures de solidarité traditionnelles se sont désagrégées.
Psychose
Les parents, désormais, hésitent à laisser leurs enfants jouer dans la cour de l'immeuble. Certains accompagnent leurs fils et filles jusqu'à la porte de l'école, alors qu'ils ne le faisaient pas auparavant. Les réseaux sociaux amplifient la peur : chaque nouveau fait divers suscite des centaines de partages, des appels à la vigilance, des listes de suspects présumés - pas toujours fiables.
Cette psychose collective, si elle est compréhensible, comporte ses propres dangers : elle peut conduire à des lynchages expéditifs, à des accusations infondées, à une justice populaire qui se substitue à l'institution judiciaire dans une société déjà fragilisée par le manque de confiance envers les forces de l'ordre.
Les crimes sur mineurs ne sont pas une fatalité. Ils sont le symptôme d'un tissu social qui se déchire. Face à cette vague d'infanticides, la réponse ne peut pas venir du seul appareil judiciaire. Elle devra être sociétale, ou elle ne sera pas.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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