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Côte d'Ivoire : Cacao, face à l'effondrement des prix, les pays producteurs s'organisent depuis Abidjan pour rééquilibrer le marché et mieux défendre leurs revenus
 

Côte d'Ivoire : Cacao, face à l'effondrement des prix, les pays producteurs s'organisent depuis Abidjan pour rééquilibrer le marché et mieux défendre leurs revenus

 
 
 
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© Koaci.com - mardi 31 mars 2026 - 12:38

Réunis au siège de Organisation Internationale du Cacao à Abidjan, le porte-parole des pays producteurs, Aly Touré, et le directeur exécutif de l’institution, Michel Arion, ont dressé un état des lieux préoccupant du marché mondial du cacao, tout en esquissant des perspectives et des pistes de solutions pour les producteurs.


Le constat est sans appel, après un pic historique fin 2024, les cours mondiaux du cacao se sont effondrés d’environ 70 %. La tonne, qui dépassait les 11 000 dollars, s’échange désormais autour de 2 900 dollars en mars 2026. Cette chute s’explique principalement par une baisse de la demande mondiale, une situation inédite selon les responsables. En cause : des stratégies industrielles telles que la réduction de la teneur en cacao dans les produits, l’utilisation de substituts et la pratique de la « shrinkflation », consistant à diminuer la quantité vendue sans baisser les prix.

Pour les pays producteurs, dont la Côte d'Ivoire en tête, les conséquences sont sévères : pertes de recettes d’exportation, ralentissement économique et aggravation de la précarité des millions de petits producteurs.


Malgré un marché mondial estimé à près de 100 milliards de dollars, les producteurs ne perçoivent qu’une part marginale de la richesse générée, entre 3 % et 10 % selon les estimations. À l’inverse, environ 70 % de la valeur totale et 90 % des marges sont captés par les multinationales et les distributeurs. Un déséquilibre structurel que dénoncent les pays producteurs depuis plusieurs années.


« Sans les producteurs, il n’y aurait ni cacao, ni chocolat », a rappelé Aly Touré, insistant sur la nécessité de rééquilibrer la chaîne de valeur.


Organisation intergouvernementale regroupant désormais 52 États, l’ICCO représente près de 95 % de la production mondiale de cacao et environ 80 % des activités de broyage. Installée à Abidjan depuis 2017, l’institution joue un rôle central dans la transparence du marché, la production de données économiques et la facilitation du dialogue entre producteurs, consommateurs et industriels.


« Nous ne sommes pas l’OPEP du cacao », a précisé Michel Arion. « Notre mission est d’améliorer l’information et de favoriser une compréhension commune des enjeux du marché. »


Contrairement à la crise de 2016-2017, provoquée par un excédent de production, la crise actuelle est liée à une contraction de la demande industrielle. Les industriels, confrontés à la flambée des prix en 2024, ont adapté leurs stratégies, réduction du contenu en cacao, recours accru aux substituts, diminution des quantités vendues.


 

Ces ajustements ont entraîné une baisse structurelle de la demande, rendant la situation actuelle particulièrement préoccupante pour l’avenir du secteur.


Face à ces défis, les pays membres de l’ICCO s’apprêtent à mettre en œuvre un nouvel accord international sur le cacao en 2026, avec quatre priorités majeures, garantir un revenu vital aux producteurs, assurer une meilleure répartition de la valeur, réduire les barrières commerciales, renforcer la coopération internationale.


Ce nouvel accord vise à corriger les limites de celui de 2010, jugé insuffisant sur les aspects économiques.


Les 23 pays producteurs membres, représentant 95 % de la production mondiale, se réuniront les 8 et 9 avril 2026 pour analyser la situation et proposer des solutions concrètes. Parmi les leviers envisagés, renforcement des mécanismes de stabilisation des prix, consolidation du différentiel de revenu décent (DRD), fixé à 400 dollars par tonne, développement de la transformation locale pour capter davantage de valeur.


Les intervenants ont insisté sur une vision globale de la durabilité, reposant sur trois piliers : économique, environnemental et social.


Pour Michel Arion, la durabilité économique est la clé : « La pauvreté des producteurs est la cause principale des problèmes environnementaux et sociaux. Sans revenus décents, aucune durabilité n’est possible. »


 

Dans un contexte de demande mondiale affaiblie et de transformation structurelle du marché, les pays producteurs n’ont d’autre choix que de s’unir pour peser davantage.

« La chute des prix n’est pas une parenthèse, elle reflète un rapport de force », a averti Aly Touré.


L’enjeu est désormais clair : sortir du rôle de simples exportateurs de fèves brutes pour construire une industrie cacaoyère plus équitable et résiliente.


Wassimagnon




 
 
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