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Cameroun : Rome a parlé, Yaoundé a applaudi- mais le Cameroun, lui, attend
 

Cameroun : Rome a parlé, Yaoundé a applaudi- mais le Cameroun, lui, attend

 
 
 
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© Koaci.com - lundi 20 avril 2026 - 14:13


Le pape Léon XIV est parti samedi 18 avril après une messe très courue dans la capitale camerounaise. Il avait posé le pied sur le tarmac de Yaoundé-Nsimalen le 15 avril à 15h20. Il en est reparti porté par l'image d'une foule immense venue, dès l'aube, lui dire adieu. Entre ces deux instants, quatre jours d'une densité rare qui ont tenu le Cameroun en haleine et le reste du monde en attention. Le pape Léon XIV est passé. La question, désormais, est entière : que va-t-il rester de sa parole ?


Ferveur 


Les foules venues accueillir le pape lors de sa visite au Cameroun se sont montrées enthousiastes, se massant le long des rues sur son parcours et arborant des tissus colorés à l'effigie du souverain pontife. D’autres, proches du pouvoir ont montré leur attachement au régime de Yaoundé en arborant des uniformes aux effigies de Paul Biya, 93 ans au pouvoir depuis 1982.


À Douala, plus de 120 000 personnes ont participé à la messe géante célébrée sous une chaleur étouffante, agitant des branches de la paix et des drapeaux du Vatican tandis que la chorale entonnait des chants polyphoniques enjoués, rythmés de percussions. À Yaoundé, 200 000 fidèles ont assisté à la messe de clôture. Des chants religieux ont été exécutés par des chorales constituées de centaines de personnes pour accompagner la dernière célébration. Des milliers d'autres se sont massés le long des routes à chaque déplacement.


Dans l'avion à destination de Luanda, Léon XIV a remercié le peuple camerounais pour son accueil, qualifiant l'expérience d'« absolument fantastique ». Ce que ces chiffres disent, c'est qu'un pays avait besoin de se rassembler, de chanter, de marcher des heures sous le soleil. Des chrétiens et des musulmans ont pu se retrouver sur le même autel à Bamenda pour appeler conjointement à la paix.


Ce n'est pas rien. Dans un pays fracturé, l'image valait plus que bien des discours officiels.


Des mots qui résonnent encore


Des discours, Léon XIV en a prononcés. Et pas des discours de circonstance. Le pape a adopté un ton particulièrement direct à l'égard des autorités, appelant à un examen de conscience et à une rupture avec ce qu'il a décrit comme les « chaînes de la corruption ». Ces mots ont été prononcés en présence du président Paul Biya, au sein même du Palais de l'Unité — le cœur du pouvoir camerounais.


Dans son discours aux autorités, à la société civile et au corps diplomatique, le souverain pontife a détaillé ses aspirations pour le pays, appelant à dépasser la violence, renforcer les institutions et redonner espérance à la jeunesse. Il a invité les dirigeants à « oser faire un examen de conscience et un saut qualitatif courageux ».


Plus précisément encore, le pape a soutenu que « la transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l'État de droit sont essentiels pour rétablir la confiance ». Il a aussi exhorté à une pleine reconnaissance des femmes dans les processus décisionnels, soulignant qu'elles « restent des artisans infatigables de paix » dont l'engagement constitue « un frein à la corruption et aux abus de pouvoir ».


 

À Bamenda, épicentre de la crise anglophone qui dure depuis près d'une décennie, Léon XIV a dénoncé « une poignée de tyrans » qui ravagent le monde et ceux qui utilisent la religion pour justifier les conflits, appelant à un « changement de cap décisif ». Il a également déclaré que « les maîtres de la guerre prétendent ne pas savoir qu'il suffit d'un instant pour détruire, alors qu'une vie entière ne suffit souvent pas à reconstruire ».


Ces mots ont créé un point de référence public difficile à effacer. Le discours papal ne produit pas, par lui-même, un changement de politique. Mais il modifie le rapport de force symbolique.


Pour comprendre le poids de ces paroles, il faut rappeler le contexte dans lequel elles ont été prononcées. La visite intervient dans un contexte politique tendu après une élection présidentielle contestée en octobre et des manifestations violemment réprimées. Au moins 6 000 civils sont morts depuis 2016 dans la crise anglophone, selon l'ONU, des personnes prises en étau entre des extorsions, des violences, des enlèvements contre rançon et des assassinats.


Le président Paul Biya a lui-même promulgué, le 14 avril 2026 - soit la veille de l'arrivée du pape -, une loi instituant un poste de vice-président de la République, nommé et révocable par ses soins. Un geste politique dont la symbolique, à la veille de la visite papale, n'a pas échappé aux observateurs.


Paul Biya, 93 ans, au pouvoir depuis 1982, a reçu le pape avec des mots de bienvenue chaleureux, mettant en avant la coexistence pacifique entre confessions religieuses au Cameroun, se disant « légitimement fier » de ce modèle. Mais la photographie de cette rencontre, protocolaire en surface et tendue en profondeur, est devenue le symbole d'une visite qui n'a pas joué le jeu attendu. Le malaise des deux hommes assis côte à côte dit tout.


Après les mots, quels actes ?


Voilà donc le cœur du sujet. Le pape a parlé. Il a parlé fort, directement, avec une franchise que l'on n'avait pas vue depuis plusieurs pontificats dans un discours adressé aux dirigeants d'un pays hôte. Le peuple camerounais a été là, en masse, pour témoigner d'une attente profonde. Les séparatistes anglophones ont même observé une trêve de trois jours pour permettre d'accueillir le pape en toute sécurité.


Mais l'histoire du Cameroun, comme celle de bien d'autres nations africaines, enseigne une leçon de prudence. Les visites papales ont une longue tradition dans ce pays. Jean-Paul II y avait posé les pieds en 1985, Benoît XVI en 2009. À chaque fois, les mêmes espoirs. À chaque fois, les mêmes lendemains incertains.


Sur la crise anglophone, le cessez-le-feu de trois jours observé pendant le séjour papal démontre que des canaux existent, que des interlocuteurs sont identifiables, que la guerre n'est pas une fatalité irréversible. Le pape lui-même s'est dit convaincu que des responsables chrétiens et musulmans pourraient œuvrer à une fin des combats. Le Mouvement pour la paix interreligieux, né du conflit et salué à Bamenda, constitue une infrastructure de médiation qui attend d'être davantage soutenue par l'Église, par l'État et par la communauté internationale.


 

Sur la corruption, Léon XIV a rappelé que servir son pays signifie se consacrer, avec clarté d'esprit et conscience droite, au bien commun de tous — y compris des majorités et des minorités. Dans un pays où plus de 600 000 personnes ont été déplacées par la crise anglophone, ces mots ont une portée politique directe.


La vraie réforme attendue n'est pas une réforme constitutionnelle de façade. C'est une refonte de la gouvernance, une lutte sincère contre la prédation des ressources nationales, un dialogue politique honnête avec les régions anglophones. Le Cameroun dispose de ressources abondantes — pétrole, bois précieux, cacao, café, coton — mais aussi de vastes gisements miniers qui attirent depuis des décennies groupes étrangers et élites locales. La parole papale a nommé ce pillage. Elle a mis des mots sur ce que des millions de Camerounais ressentent depuis des années.


« Peuple de Dieu, n'aie pas peur »


Léon XIV est parti pour Luanda. Il a laissé derrière lui un hôpital en construction qui portera son nom, un aéroport rouvert, des discours qui brûlent encore, et une phrase gravée dans le ciel de Yaoundé : « Peuple de Dieu, n'aie pas peur ».


Cette phrase s'adresse au peuple. Mais elle interpelle aussi ses dirigeants. Car la peur -celle de perdre le pouvoir, celle de rendre des comptes, celle de la vérité- est souvent ce qui paralyse les réformes.


Le pape a fait sa part. Il a parlé, il a bousculé, il a encouragé. La balle est désormais dans le camp de Yaoundé. Le monde a entendu les paroles de Léon XIV au Palais de l'Unité. Les Camerounais, eux, les ont gravées dans leur mémoire. L'histoire jugera si Paul Biya et son gouvernement auront choisi l'examen de conscience ou la page tournée.


Car au fond, ce sont toujours les peuples qui se souviennent. Les foules immenses de Yaoundé, Bamenda et Douala en sont le témoignage vivant.


Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com


 
 
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