Côte d'Ivoire : Gouvernance des entreprises publiques, Abidjan impulse une nouvelle dynamique de coopération francophone
La Côte d’Ivoire entend désormais jouer un rôle moteur dans la transformation de la gouvernance des entreprises publiques en Afrique francophone. Réunis à Abidjan, des responsables institutionnels venus de plusieurs pays ont pris part, mardi 19 mai 2026, à un atelier régional consacré au suivi de la performance et de la gouvernance des entreprises publiques. Cette rencontre, organisée au Noom Hôtel avec l’appui de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) et de la Banque mondiale, a été marquée par le lancement officiel de l’« Initiative d’Abidjan », un cadre de coopération destiné à rapprocher les structures en charge du portefeuille public des pays francophones.
Portée par la ministre du Portefeuille de l’État et des Entreprises publiques, Mariatou Koné, cette initiative ambitionne d’établir un mécanisme durable de dialogue entre administrations afin de renforcer les échanges d’expériences, mutualiser les bonnes pratiques et converger vers des standards communs de gouvernance. L’objectif affiché est de doter les États africains d’outils plus efficaces pour piloter leurs entreprises publiques, améliorer leur performance économique et accroître leur contribution au développement national.
L’atelier rassemble des délégations issues des six États membres de la CEMAC, auxquelles s’ajoute Djibouti, autour d’un projet de directive visant à harmoniser les méthodes de suivi des performances financières et opérationnelles des entreprises publiques. Les participants réfléchissent également à la mise en place de mécanismes capables de mesurer plus précisément l’impact réel de ces structures sur les économies nationales.
Au cœur des échanges, l’expérience ivoirienne est présentée comme un exemple de modernisation du secteur public marchand. Selon Mariatou Koné, les réformes engagées ces dernières années en Côte d’Ivoire ont permis d’enregistrer des avancées notables, illustrées notamment par une progression significative du chiffre d’affaires des entreprises publiques, passé de 2 718 milliards FCFA en 2021 à 4 728 milliards FCFA en 2025. Dans le même temps, les dividendes reversés à l’État ont fortement augmenté, témoignant, selon la ministre, du potentiel économique que représente un portefeuille public mieux structuré et plus performant.
La responsable gouvernementale a également rappelé plusieurs leviers ayant soutenu cette dynamique, parmi lesquels la contractualisation de la performance, le renforcement des compétences au sein des conseils d’administration et la promotion de l’excellence en matière de gouvernance. Pour elle, des entreprises publiques solides et bien administrées constituent un pilier essentiel du financement du développement et de la stabilité économique du continent.
Du côté de la CEMAC, cette initiative est perçue comme une opportunité stratégique. Le Commissaire Nicolas Beyeme Nguema a souligné l’importance du partage d’expérience entre États, estimant que cette coopération pourrait accélérer les réformes déjà amorcées dans l’espace communautaire. Il a toutefois insisté sur la nécessité d’un engagement politique fort afin de relever les nombreux défis qui freinent encore l’efficacité des entreprises publiques africaines.
Le directeur général du Portefeuille de l’État de Côte d’Ivoire, Bamba Seydou, a, pour sa part, plaidé pour une approche pragmatique de la gouvernance, considérant qu’aucun modèle universel n’existe en la matière. Selon lui, les solutions les plus pertinentes émergeront de la confrontation des expériences et de l’innovation institutionnelle. Il a notamment invité les participants à réfléchir aux moyens de renforcer les mécanismes de contrôle et à faire des entreprises publiques de véritables moteurs de croissance plutôt que des sources de fragilité budgétaire.
La Banque mondiale a également salué les avancées enregistrées par la Côte d’Ivoire dans ce domaine. Sa directrice de division, Marie Chantal Uwanyiligira, a félicité les équipes du ministère du Portefeuille de l’État, en particulier la Direction générale du Portefeuille de l’État, pour la qualité du travail accompli.
À travers cette initiative, Abidjan se positionne comme un point de convergence des réflexions sur la réforme du secteur public marchand en Afrique francophone. Au-delà d’un simple atelier technique, les autorités ivoiriennes souhaitent faire émerger une dynamique collective capable d’améliorer durablement la gouvernance des entreprises publiques et de renforcer leur capacité à produire davantage de valeur au bénéfice des populations.
Jean Chresus, Abidjan
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