Côte d'Ivoire : Démolition à Nda Kouakro, la chefferie de M'Badon réaffirme ses droits historiques et lance un appel à la solidarité
Les chefs coutumiers (Ph Koaci)
Faisant suite à la suite de la démolition du campement Nda Kouakro, situé dans la commune de Koumassi, la chefferie de M’Badon a reçu, ce samedi 13 juin 2026, à M’Badon, une délégation des populations sinistrées lors d’une rencontre tenue à l’espace Gbaprè-djèmin.
Conduite par le chef du village, l’honorable Mankambou Gnanwa Affôh Esaïe, cette réunion a permis d’aborder les conséquences du déguerpissement, de rappeler l’histoire foncière du site et d’exprimer le soutien de la communauté villageoise aux familles affectées.
Autour du chef étaient réunis les principales autorités traditionnelles du village, notamment le Nanan, les Gnandô senior, les Dougbô, les membres de la chefferie Tchagba ainsi que les Blessoué. Une forte mobilisation qui traduit l’importance accordée par M’Badon à cette affaire qui suscite de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique.
Prenant la parole au nom de la chefferie, Alexandre Loba, porte-parole et conseiller spécial du chef du village, a indiqué que cette rencontre s’inscrivait dans la continuité des actions entreprises par M’Badon depuis le début de la crise. Il a notamment rappelé que le campement NDA Kouakro est historiquement lié au patrimoine foncier du village.
Selon lui, c’est dans les années 1950 que la communauté villageoise a autorisé l’installation du patriarche Nda sur ce site afin qu’il puisse y vivre avec sa famille et ses collaborateurs. Au fil du temps, le campement s’est développé jusqu’à devenir une importante zone d’habitation. Toutefois, a-t-il précisé, cette évolution n’a jamais remis en cause l’origine foncière des terres.
Le porte-parole a également expliqué que le rattachement administratif de la zone à la commune de Koumassi, intervenu dans le cadre de la communalisation des années 1980, ne modifie pas la mémoire historique que conserve la communauté de M’Badon sur ce territoire.
Au-delà des questions foncières, la chefferie a surtout voulu adresser un message de compassion aux familles touchées par la démolition. Face aux difficultés auxquelles sont confrontés les habitants, notamment en cette période de fortes pluies et d’examens scolaires, elle a annoncé le lancement d'une vaste opération de solidarité.
Une collecte de vivres et de produits de première nécessité sera ainsi organisée au sein du village. Les populations sont invitées à contribuer selon leurs moyens en offrant des denrées alimentaires, des vêtements, des produits d’hygiène et d’autres biens susceptibles d’apporter un soulagement aux sinistrés.
« Lorsqu’une famille perd son habitation du jour au lendemain, elle perd souvent l’essentiel de ses repères et de ses biens. Il est de notre devoir de lui tendre la main », a souligné Alexandre Loba, appelant également les Ivoiriens à faire preuve de solidarité envers les personnes affectées.
Représentant les habitants de Nda Kouakro, M. Touré a, pour sa part, exprimé l’émotion et le désarroi des populations déguerpies. Il a regretté une situation qui, selon lui, plonge de nombreuses familles dans l’incertitude, tout en rappelant que leur présence sur le site s’est toujours inscrite dans le cadre des relations historiques entretenues avec M’Badon.
Au nom des habitants, il a tenu à remercier la chefferie pour son soutien moral et les démarches entreprises depuis le début de la crise. Il a salué les liens de fraternité qui unissent les deux communautés et exprimé l’espoir de voir émerger une solution favorable grâce au dialogue et à l’intervention des autorités compétentes.
Profitant de cette rencontre, la chefferie de M’Badon a également retracé l’histoire du village, fondé au XIXᵉ siècle par des populations venues d’Akwè-Djèmin, aujourd’hui connu sous le nom d’Adjamé-Bingerville. Officiellement reconnu en 1934, M’Badon fait désormais partie des villages atchan de la commune de Cocody et compte plus de 11 000 habitants.
Concernant Nda Kouakro, les autorités coutumières ont réaffirmé qu’il s’agit d’un campement créé avec l’accord de la communauté villageoise et dont les terres demeurent, selon elles, liées au patrimoine historique de M’Badon, même si le site est aujourd’hui intégré administrativement à la commune de Koumassi.
Par ailleurs, il convient de noter que la chefferie a invité les populations à privilégier l’apaisement et à faire confiance aux institutions de la République. Tout en rappelant que le dossier suit désormais son cours devant les autorités judiciaires compétentes, elle a réaffirmé sa disponibilité à accompagner toute initiative visant à restaurer la paix sociale et à apporter des solutions aux familles sinistrées.
Jean Chresus, Abidjan
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