Cameroun : 803 écoles fermées, le ministre Etoundi Ngoa rejoue le même film
Etoundi Ngoa ministre de l'éducation de base (Ph)
Chaque année, c’est le même sketch.
À 3 semaines de la rentrée, rideau. La Commission nationale de l’enseignement privé se réunit. Discours solennels. Chiffres ronds. Et clac, on ferme.
Lundi à Yaoundé, le ministre Laurent Serge Etoundi Ngoa a remis ça pour la 21e fois. Verdict 2026: 803 écoles privées "non conformes" fermées. Dont 191 dans la seule région du Centre.
Motif : assainir, garantir la qualité, lutter contre la précarité.
Très bien. On applaudit.
Et dans quelques jours ou semaines, nous les compterons rouvrir une à une, sous un autre nom, au coin de la rue. Comme chaque année.
Ce n’est pas de l’assainissement. C’est du maquillage.
Fermer 803 écoles à la veille de la rentrée, ce n’est pas une politique. C’est un cache-misère.
Pendant 11 mois, l’État ne voit rien. Puis à J-15, miracle : il découvre 803 dangers publics.
Pendant ce temps, la vraie crise est ailleurs. Dans le public.
Selon l’UNICEF, 1,5 million d’enfants camerounais ont besoin d’un soutien éducatif d’urgence. 1 enfant sur 4 ne termine même pas le primaire. Dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, plus de 865 000 enfants n’ont plus accès à l’école à cause de l’insécurité.
Résultat : des classes de 100 élèves, des toitures qui tombent, des écoles sans eau ni latrines.
Et pendant que l’État ferme, le privé fleurit.
Pourquoi ? Parce qu’il répond à une demande que le public ne peut plus absorber.
Fermer sans construire, c’est condamner.
Les grands perdants ? Toujours les mêmes
Pas les promoteurs. Eux ont déjà déménagé les tables.
Les perdants, ce sont les dizaines voire des centaines de milliers d’enfants ballottés d’une école à l’autre.
Les perdants, ce sont ces enseignants "précaires" qu’on jette à la rue au nom de la lutte contre la précarité.
On ne peut pas pleurer sur la qualité le matin, et créer l’insécurité scolaire l’après-midi.
La solution est sous nos pieds. Et on l’ignore.
L'Etat dit qu’il n’y a pas d’argent pour construire. Faux. Il n’y a pas de volonté d’innover.
Preuve : l’école maternelle African Flow à Soa, livrée en 2024. 1 600 m² construits en bois d’azobé et en briques de terre. Coût : 540 millions FCFA. Résultat : des salles solides, aérées, et 3 fois moins chères qu’en béton.
Le Cameroun a même l’outil pour ça. La Mipromalo. Cette entreprise publique sait fabriquer 20 000 briques de terre stabilisée par jour. Elle a le savoir-faire. Elle manque juste de commandes.
Assez de ce théâtre. Place à un marché public.
Et si le Minedub passait commande ?
Imaginons : l’État signe avec Mipromalo un plan pluriannuel pour bâtir des centaines d’écoles primaires en matériaux locaux.
Le gain serait triple.
Pour les enfants: On construit plus d’écoles, plus vite, pour moins cher. On résorbe le déficit de salles.
Pour l’économie: On fait tourner une entreprise publique, on crée des emplois, on valorise le bois et la terre du Cameroun.
Pour l’État : On arrête de subventionner l’échec et on investit dans la solution.
La transparence qu' appelle Etoundi Ngoa de ses vœux doit commencer ici : transparence sur l’échec d’une méthode qui dure depuis 21 sessions.
Fermer 803 écoles ne règle rien.
Cela fait juste 803 fois plus de victimes.
-Armand Ougock, correspondant permanent de koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de koaci au WhatsApp 237 691154277 ou cameroun@koaci.com
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