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Côte d'Ivoire : Orpaillage illégal, le gouvernement resserre l'étau autour des réseaux de financement, Aféma, la nouvelle arme contre le phénomène
 

Côte d'Ivoire : Orpaillage illégal, le gouvernement resserre l'étau autour des réseaux de financement, Aféma, la nouvelle arme contre le phénomène

 
 
 
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© Koaci.com - jeudi 03 septembre 2026 - 17:35

Le gouvernement ivoirien entend intensifier la lutte contre l’orpaillage clandestin en s’appuyant davantage sur les communautés locales, le corps préfectoral et les chefs traditionnels. À Aboisso, dans la région du Sud-Comoé, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a appelé à une mobilisation collective contre une pratique qu’il considère désormais comme une menace pour l’environnement, la santé publique et la stabilité du pays.


La rencontre avec les populations du Sud-Comoé, organisée dans le cadre de la tournée nationale de sensibilisation engagée depuis décembre 2023, a permis au gouvernement d’exposer sa stratégie et d’entendre les préoccupations des élus, cadres, chefs traditionnels, jeunes et acteurs locaux.


À l’ouverture des échanges, Mamadou Sangafowa-Coulibaly a replacé la politique minière ivoirienne dans la vision historique du développement du pays.


Il a rappelé que le président Félix Houphouët-Boigny avait fait, au lendemain de l’indépendance, le choix de bâtir prioritairement le développement de la Côte d’Ivoire sur l’agriculture. Le père fondateur de la nation avait toutefois anticipé l’importance future du sous-sol ivoirien, estimant que son exploitation devait revenir aux générations futures.


Selon le ministre, le président Alassane Ouattara s’inscrit dans cette continuité tout en considérant que le moment est désormais venu pour la Côte d’Ivoire de tirer davantage profit de ses ressources extractives.


Cette orientation a conduit à la mise en place d’une politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie, fondée notamment sur trois principes : l’exploitation minière ne doit pas se faire au détriment de l’agriculture, elle doit préserver l’environnement et les richesses du sous-sol doivent profiter au plus grand nombre.


Pour Mamadou Sangafowa-Coulibaly, la lutte contre l’orpaillage clandestin ne peut toutefois se limiter à des opérations de répression.


« Cette tournée que nous avons initiée depuis décembre 2023 a pour objet principal de sensibiliser les communautés locales et de les intégrer dans la solution », a-t-il expliqué.


Le ministre a surtout insisté sur la nécessité de proposer des alternatives économiques aux populations, notamment aux jeunes, afin de réduire l’attractivité de l’exploitation illégale de l’or.


Il s’est également félicité d’une prise de conscience qu’il juge désormais collective. Selon lui, les Ivoiriens sont de plus en plus nombreux à reconnaître les conséquences de l’orpaillage clandestin sur l’environnement et la santé.


Il a estimé que cette évolution constitue déjà « une grande victoire »


Au-delà de la sensibilisation, le gouvernement souhaite instaurer un suivi plus régulier de l’activité minière sur le terrain.


Le ministre a ainsi demandé aux préfets de région d’organiser des réunions de sensibilisation dans les chefs-lieux de département. Les préfets de département devront, à leur tour, sillonner les sous-préfectures, tandis que les sous-préfets devront poursuivre la sensibilisation jusque dans les hameaux.


Il leur a également demandé de ne pas attendre la survenue d’un incident avant de faire régulièrement le point sur l’activité minière dans leurs circonscriptions.


« Vous savez quels sont ceux qui sont en activité qu’il s’agisse des mines industrielles, de la recherche, des mines semi-industrielles ou artisanales. Il est donc bon de vous réunir périodiquement pour faire le point de l’activité minière dans la région », a-t-il indiqué.


Le ministre préconise notamment des réunions semestrielles au niveau régional, trimestrielles au niveau départemental et un suivi quasiment mensuel au niveau des sous-préfectures.


Au cours des échanges, plusieurs interventions ont porté sur les responsabilités des différents acteurs impliqués dans l’orpaillage illégal et sur les conséquences environnementales de l’activité minière.


Le ministre a fermement rejeté l’idée selon laquelle les exploitations minières légalement autorisées seraient assimilables aux activités clandestines.


 

Il a rappelé que les exploitants autorisés sont soumis à des règles précises, notamment en matière d’impact environnemental, de superficie d’exploitation et de profondeur.


Selon lui, les sites légaux font l’objet de contrôles par les services compétents, notamment l’Agence nationale de l’environnement (ANDE), le Centre ivoirien antipollution (CIAPOL) et les services du ministère chargé des Mines.


Il a également souligné que les exploitations artisanales et semi-industrielles autorisées sont encadrées par le Code minier et que l’utilisation de produits chimiques y est interdite.


Pour le ministre, cette réglementation constitue précisément la ligne de démarcation entre l’exploitation légale et l’orpaillage clandestin, ce dernier s'installant, selon lui, sans tenir compte des zones interdites, des cours d’eau ou des forêts classées.


La rencontre d’Aboisso a également été marquée par une intervention appelant les autorités à s’intéresser aux commanditaires et aux circuits financiers qui alimentent l’orpaillage clandestin.


La question posée est celle de la chaîne qui se trouve derrière les exploitants présents sur le terrain : financement des engins, approvisionnement en carburant, récupération et commercialisation de l’or. Le ministre a reconnu la pertinence de cette approche.


Pour lui, la lutte ne peut effectivement pas se limiter à ceux qui se trouvent sur les sites d’exploitation.


Il a admis l’existence possible de complicités impliquant certains acteurs installés à Abidjan, mais aussi des relais locaux.

« La solution sera globale », a-t-il insisté, reconnaissant que la chaîne de l’orpaillage clandestin peut impliquer plusieurs niveaux d’intervention.


Mamadou Sangafowa-Coulibaly a par ailleurs contesté l’idée selon laquelle les orpailleurs clandestins seraient totalement indépendants des autorités traditionnelles et des communautés locales.


Selon lui, dans plusieurs zones, les exploitants illégaux cherchent à obtenir l’appui ou la protection de communautés, de jeunes, de propriétaires terriens ou même de certains responsables locaux.


Il a cité le cas de zones où des exploitants clandestins auraient financé des populations afin de s’opposer à l’installation de projets miniers industriels légalement autorisés.


Pour le ministre, cette situation montre que le phénomène doit être traité à la fois sur le terrain, au niveau communautaire, et à un niveau supérieur, en remontant les circuits de financement et de commercialisation. 


Dans son propos de clôture, le ministre a également alerté sur le risque de voir l’orpaillage clandestin devenir progressivement une économie parallèle suffisamment puissante pour fragiliser l’autorité de l’État.


Il a évoqué des situations observées dans certains pays où les exploitants clandestins disposent de moyens financiers considérables et peuvent aller jusqu’à défier les autorités traditionnelles.


« Dans les pays où ils ont atteint le point de non-retour, c’est une économie parallèle qui devient quasiment plus puissante que l’économie formelle et qui métastase le corps social », a-t-il averti.


Pour la Côte d’Ivoire, le ministre estime toutefois que ce point de non-retour n’est pas atteint et que le pays dispose encore des moyens nécessaires pour inverser la tendance.


C’est notamment pour cette raison que le président Alassane Ouattara aurait érigé la lutte contre l’orpaillage clandestin au rang de question de sécurité nationale.


 

L’autre annonce forte de la rencontre concerne le projet minier d’Aféma, dans le Sud-Comoé. Mamadou Sangafowa-Coulibaly a révélé que le permis attribué précédemment, sur la période allant de 2013 à 2022, n’avait pas produit les résultats escomptés. Le permis a donc été attribué en 2022 à un nouveau repreneur.


Selon les données communiquées par le ministre, les ressources prouvées du projet sont depuis passées de 43 tonnes à plus de 100 tonnes d’or, faisant d’Aféma, selon lui, une mine de classe mondiale.


Pour le gouvernement, cette évolution représente une opportunité majeure pour le Sud-Comoé.


« Les mines industrielles sont un frein à l’orpaillage illégal », a expliqué le ministre, estimant que l’installation d’une grande exploitation industrielle peut contribuer à transformer durablement l’économie locale.


Le gouvernement entend surtout éviter que les bénéfices des futures grandes mines ne se limitent au périmètre des exploitations.


Mamadou Sangafowa-Coulibaly a annoncé que les grandes mines de classe mondiale devront intégrer des programmes d’investissement dans les communautés environnantes.


Ces investissements devraient notamment concerner l’éducation, la formation ainsi que la réalisation d’infrastructures économiques et sociales.


L'objectif affiché est de permettre aux territoires miniers de continuer à bénéficier des retombées économiques des projets, y compris après la fin de l’exploitation. Le ministre a cité le Botswana comme modèle de référence pour cette approche.


Une mobilisation collective attendue

Au terme de la rencontre, le gouvernement a donc appelé à une mobilisation de l’ensemble des acteurs : administration, forces de défense et de sécurité, élus, chefs traditionnels, propriétaires terriens, jeunes et populations locales.


L’enjeu dépasse désormais la seule question de l’exploitation de l’or. Pour les autorités, il s’agit de protéger les ressources en eau, l’environnement, la santé des populations et, plus largement, de préserver l’autorité de l’État.


À Aboisso, le message du gouvernement est donc clair : la lutte contre l’orpaillage clandestin doit s’attaquer simultanément aux exploitants présents sur les sites, aux réseaux qui les financent, aux circuits de commercialisation et aux éventuelles complicités locales ou nationales.


Avec l’annonce des nouvelles perspectives pour Aféma, les autorités veulent parallèlement démontrer que l’exploitation industrielle et légalement encadrée du sous-sol peut constituer une alternative économique durable à l’orpaillage clandestin, à condition que ses retombées profitent réellement aux communautés.




Wassimagnon



 
 
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