Côte d'Ivoire : Orpaillage illégal, le PPA-CI accuse le pouvoir RHDP d'avoir laissé prospérer une « économie parallèle »
Katinan ce jeudi à Cocody (Ph Koaci)
Le PPA-CI durcit le ton sur l’orpaillage illégal. Au cours de la tribune animée ce jeudi 3 août 2026 au siège du PPA-CI par Dr Justin Katinan Koné, 4e vice-président du parti chargé de la politique générale, la formation politique d’opposition présente le phénomène comme l’un des symptômes les plus visibles des failles de la gouvernance ivoirienne. Elle met directement en cause le régime RHDP, qu’elle accuse d’avoir contribué à l’installation puis à la généralisation d’une économie clandestine autour de l’or.
Le parti ne réduit pas le problème à la multiplication des sites clandestins ou aux opérations de démantèlement menées par les forces de sécurité. Son analyse remonte à la crise politico-militaire de 2002 et à la période durant laquelle une partie du territoire échappait au contrôle de l’État. Selon Katinan Koné, c’est à cette époque que se sont structurés, dans les zones contrôlées par l’ex-rébellion, des circuits informels autour de l’exploitation et de la commercialisation de l’or.
Pour étayer son argumentaire, le responsable du PPA-CI s’appuie sur différents travaux et rapports consacrés à l’économie aurifère dans le nord du pays et aux activités minières durant la crise. Il cite notamment des rapports des Nations unies, des travaux universitaires ainsi que des enquêtes journalistiques. La tribune soutient que les réseaux constitués durant cette période n’auraient pas disparu avec la fin de la crise, mais auraient évolué avec la recomposition politique et administrative intervenue après 2011.
C’est précisément cette continuité que le PPA-CI veut placer au centre du débat. Pour le parti, la progression spectaculaire de l’orpaillage clandestin au cours des dernières années ne peut être expliquée uniquement par la hausse du cours de l’or ou par la pauvreté. Elle serait également liée à un modèle économique qui, selon lui, favorise l’argent rapide, la consommation ostentatoire et les activités à rendement immédiat.
La tribune établit ainsi un parallèle entre l’orpaillage, la corruption, les trafics, le décrochage scolaire et d’autres phénomènes sociaux. L’argument défendu est que ces réalités ne constituent pas des problèmes isolés. Elles seraient les différentes expressions d’un même déséquilibre : une société où les signes de réussite matérielle sont fortement valorisés alors que l’accès à l’emploi stable, au crédit et aux opportunités économiques demeure inégal.
Dans cette lecture, l’orpaillage clandestin devient une activité particulièrement attractive pour les populations disposant de peu de ressources. Il offre, selon le PPA-CI, une possibilité de générer rapidement des revenus sans nécessiter de diplôme, de compte bancaire ou d’accès au crédit. La répression seule serait donc condamnée à produire des résultats temporaires tant que les raisons économiques qui poussent les populations vers ces sites demeurent intactes.
Le parti s’appuie également sur l’ampleur du phénomène pour mettre en doute l’efficacité des réponses actuelles. Il évoque plus de 1 600 sites clandestins recensés en 2026, ainsi que plusieurs milliers de sites démantelés depuis 2021. Il relève aussi les conséquences environnementales de cette activité, notamment la dégradation des terres agricoles, la pollution des cours d’eau et l’utilisation de produits chimiques dangereux.
Pour Katinan Koné, l’enjeu dépasse ainsi largement le secteur minier. La destruction des terres agricoles, la pollution des ressources en eau et la dégradation du couvert forestier constitueraient les conséquences à long terme d'une activité dont les bénéfices immédiats profitent principalement à l'économie souterraine.
Le PPA-CI conteste surtout la lecture qu’il prête au gouvernement concernant l’intensification récente des opérations contre l’orpaillage. Le parti estime que la multiplication des annonces de saisies, de destructions de dragues, de démantèlements de sites et d’interpellations répondrait moins à une stratégie durable qu’à la nécessité de démontrer des résultats avant une échéance internationale.
Cette échéance, c’est celle du Groupe d’action financière (GAFI). La Côte d’Ivoire figure depuis octobre 2024 sur la liste des juridictions faisant l’objet d’une surveillance accrue en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Pour le PPA-CI, les autorités chercheraient donc à présenter des résultats tangibles dans la lutte contre les circuits financiers clandestins avant la prochaine évaluation internationale.
Le parti va plus loin en établissant un lien entre l’orpaillage clandestin et les exigences de traçabilité financière. Les activités minières illégales génèrent en effet des flux financiers difficiles à contrôler, impliquant potentiellement exploitants, financeurs, fournisseurs d’équipements, acheteurs, collecteurs et intermédiaires. Pour l’opposition, c’est précisément cette chaîne qu’il faudrait démanteler plutôt que de concentrer les opérations sur les seuls travailleurs présents sur les sites.
« On ne combat pas efficacement un mauvais arbre en ne s’attaquant seulement qu’aux feuilles », résume la tribune, qui reproche au gouvernement de s’en prendre prioritairement aux exécutants alors que les réseaux de financement et de commercialisation resteraient insuffisamment ciblés.
Le PPA-CI propose dès lors de changer de méthode. À court terme, il préconise une cartographie nationale des sites, un renforcement du renseignement économique et territorial, un contrôle accru des équipements lourds et des flux financiers, ainsi qu’une protection renforcée des zones hydriques et écologiquement sensibles.
Le parti demande également que les opérations de lutte soient accompagnées d’indicateurs permettant d’en mesurer les résultats. Nombre de sites sécurisés, équipements saisis, réseaux financiers identifiés, procédures judiciaires engagées, superficies restaurées ou encore zones hydriques protégées devraient, selon cette proposition, faire l’objet d’un suivi régulier et vérifiable.
Mais la réponse du PPA-CI ne se limite pas à la répression. Le parti défend une transformation plus profonde de l’économie aurifère. Il propose notamment une formalisation mieux encadrée de l’exploitation artisanale, la création de coopératives, le développement d’alternatives économiques dans les zones minières et une implication accrue des communautés locales.
L’objectif affiché est de faire évoluer le secteur d’une économie clandestine vers un système légal, traçable et fiscalisé. Cette transformation devrait également s’accompagner, selon le parti, d’une obligation de réhabilitation des sites dégradés et d’une meilleure protection des ressources naturelles.
Au-delà de l’or, la tribune remet en cause le modèle économique et social défendu par le pouvoir depuis 2011. Le PPA-CI estime que les performances économiques ne devraient pas être appréciées uniquement à travers la croissance, les infrastructures ou la consommation. Il plaide pour que soient davantage pris en compte l’emploi formel, l’accès au crédit, la réussite scolaire, la couverture sociale et la qualité des services essentiels.
Dans son raisonnement, la question de l’inclusion financière occupe une place centrale. Une population largement exclue du crédit formel mais confrontée à des besoins immédiats serait davantage exposée aux circuits informels et aux activités génératrices de revenus rapides. Le parti propose donc de renforcer l’accès au financement productif, au crédit scolaire et étudiant, ainsi qu’aux mécanismes de protection sociale.
Cette approche vise aussi les jeunes. Le PPA-CI estime que l’école et la formation professionnelle doivent redevenir des investissements suffisamment attractifs pour concurrencer les activités informelles qui promettent des revenus immédiats. Sans perspectives crédibles d’insertion, prévient la formation politique, les opérations de démantèlement risquent de déplacer le problème plutôt que de le résoudre.
La question environnementale constitue l’autre volet majeur de la proposition. Le parti demande une application effective de la Convention de Minamata, le principe du pollueur-payeur, une protection prioritaire des bassins versants et une prise en compte de la dégradation du capital naturel dans l’évaluation de la richesse nationale.
Derrière cette série de propositions se dessine donc une critique plus large de la politique gouvernementale. Pour le PPA-CI, l’orpaillage illégal ne peut être traité comme une simple question de sécurité ou de police. Il faut, selon lui, s’attaquer aux mécanismes économiques, financiers, sociaux et institutionnels qui permettent à cette activité de renaître après chaque opération de démantèlement.
La tribune de Justin Katinan Koné se termine ainsi sur une accusation politique assumée : le pouvoir RHDP serait confronté aux conséquences d’un système qu’il aurait lui-même contribué à installer ou à laisser prospérer. Le PPA-CI considère que la persistance du phénomène doit désormais servir de critère d’évaluation de l’action publique.
Une affirmation qui appelle toutefois à distinguer les responsabilités historiquement documentées des accusations politiques formulées par l’opposition. C’est précisément sur ce terrain que se jouera le débat : entre l’ampleur réelle des réseaux d’orpaillage, la capacité de l’État à les démanteler durablement et la question de savoir jusqu’où remontent les responsabilités dans leur financement, leur protection et leur commercialisation.
Pour le PPA-CI, la conclusion est sans ambiguïté : tant que les causes économiques et institutionnelles resteront intactes, la destruction des sites clandestins ne suffira pas. La lutte contre l’orpaillage illégal, estime le parti, doit donc dépasser le temps des opérations spectaculaires pour devenir une véritable politique de transformation de l’économie aurifère et des territoires concernés.
Jean Chresus, Abidjan
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