Cameroun : Affaire Aïcha Kamoise, la justice camerounaise otage des puissants ?
Aïcha Kamoise (Ph)
La blogueuse et comédienne camerounaise Aïcha Wete, plus connue sous le pseudonyme d'Aïcha Kamoise et autoproclamée « mère des lionnes », se retrouve au cœur d'une affaire judiciaire qui secoue la toile et divise l'opinion publique. Interpellée vendredi dernier à l'aéroport international de Yaoundé-Nsimalen alors qu'elle s'apprêtait à quitter le territoire national, elle a été conduite à la Direction de la Police Judiciaire avant d'être présentée ce lundi devant le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi à Yaoundé.
Plainte
À l'origine de cette affaire se trouve Steven Nbienou Kouadjo, directeur général d'une entreprise de paris sportifs en ligne et fondateur de Nbiko TV. Ce dernier a saisi la justice en réaction aux nombreuses publications que la bloggeuse effectuait régulièrement sur la toile, ciblant son épouse Muriel Blanche Leumeuni, sa chaîne YouTube ainsi que sa famille. De son côté, la famille Nbienou n'a pas manqué de faire entendre sa douleur : Madame Nbienou affirme avoir perdu un enfant des suites du cyber harcèlement dont elle dit avoir été victime.
Détention contestée
C'est sur ce point que la controverse prend toute son ampleur. Les avocats d'Aïcha Kamoise ont publié un communiqué dénonçant ce qu'ils qualifient de violation flagrante de la loi. Sous prétexte d'organiser une confrontation le 20 avril 2026 avec les plaignants résidant à Dubaï, leur cliente aurait été maintenue en garde à vue pendant plusieurs jours en dehors de tout cadre légal.
La défense s'appuie sur les dispositions du Code de procédure pénale camerounais, notamment l'article 118 (2), qui stipule que toute personne disposant d'une résidence connue ne peut faire l'objet d'une mesure de garde à vue, sauf en cas de crime ou de délit flagrant assorti d'indices graves et concordants. L'alinéa 3 du même article ajoute qu'en dehors de ces cas, une telle mesure doit être expressément autorisée par le Procureur de la République. Or, selon les avocats, ni l'une ni l'autre de ces conditions n'aurait été réunie : les faits reprochés ne constituent pas un délit flagrant et aucune autorisation parquetière n'aurait été délivrée. Une situation qu'ils jugent incompatible avec les principes d'une justice équitable.
Conditions posées par le plaignant
Loin de s'en tenir à la seule voie judiciaire, Steven Nbienou Kouadjo a publiquement posé plusieurs conditions à la libération d'Aïcha Kamoise : qu'elle cesse définitivement de le mentionner dans ses contenus, qu'elle s'abstienne de toute allusion à ses activités professionnelles et à sa vie familiale, qu'elle supprime l'ensemble des vidéos existantes le concernant, et que ces engagements soient consignés par écrit dans un document formel. Des exigences qui, pour beaucoup d'observateurs, déplacent le débat du terrain judiciaire vers celui du rapport de force.
Justice indépendante ou instrument de pouvoir ?
Cette affaire cristallise deux lectures radicalement opposées. Pour certains, les publications répétées d'Aïcha Kamoise dépassaient le cadre d'une simple critique et s'apparentaient à une campagne de harcèlement prolongée portant atteinte à l'image professionnelle d'un entrepreneur. Pour d'autres, en revanche, cette procédure illustre la capacité de personnalités fortunées à mobiliser l'appareil judiciaire à leurs fins, soulevant ainsi la lancinante question de l'indépendance de la justice camerounaise. Les avocats des plaignants, eux, affirment faire entière confiance aux institutions et aux magistrats en charge du dossier.
L'affaire reste en cours. Koaci suit cette situation, qui cristallise les tensions entre liberté d'expression numérique, cyber harcèlement et équité judiciaire, continuera d'être suivie de près par l'opinion publique.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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