Côte d'Ivoire : Vridi 3 sous la menace d'un déguerpissement, les habitants crient à “l'injustice” et appellent Alassane Ouattara à l'aide
À l’occasion de la célébration de la Tabaski, ce mercredi 27 mai, les habitants de Vridi 3, communément appelé « Zimbabwe », dans la commune de Port-Bouët, sont descendus dans les rues pour protester contre un déguerpissement qu’ils disent imminent. Pancartes en main, les manifestants ont lancé un appel pressant au président de la République, Alassane Ouattara, afin d’empêcher la destruction annoncée de leur quartier.
« Papa ADO au secours », « Vridi 3, zéro risque d’inondation », ou encore « Président pardon, sauve-nous » pouvait-on lire sur plusieurs affiches brandies par les riverains mobilisés malgré le jour de fête.
Au cœur de cette mobilisation, M. Traoré Saïdou, président du conseil d’administration du Centre de santé urbain à base communautaire de Vridi 3 et président du comité ad hoc pour le développement du quartier, a exprimé les inquiétudes des populations.
Selon lui, des informations jugées fiables font état d’une opération de déguerpissement prévue dès le jeudi 28 mai au matin, sur le modèle de celle récemment menée à Gobélé, un quartier précaire de Cocody.
« Nous avons été informés qu’ils viendraient sans nous laisser le temps de récupérer nos affaires. Pourtant, les mises en demeure évoquées datent de 2024 », a-t-il dénoncé.
Des habitants qui contestent les motifs avancés
Les autorités auraient justifié cette opération par des questions de salubrité et de risques d’inondation. Des arguments que les populations rejettent catégoriquement.
« Depuis 1961, il n’y a jamais eu d’inondation ici. Il a plu ce matin encore à Abidjan et notre quartier n’a enregistré aucun débordement », a affirmé M. Traoré Saïdou.
Concernant la salubrité, le responsable communautaire reconnaît l’existence de difficultés, mais estime qu’elles peuvent être résolues sans destruction du quartier. Il rappelle qu’une précédente mission gouvernementale, conduite sous l’autorité de l’ancienne ministre de l’Assainissement et de la Salubrité, Anne Désirée Ouloto, avait permis la mise à disposition de tricycles pour le ramassage des ordures.
« Nous continuons ce travail malgré l’absence de bacs à ordures suffisants dans la zone industrielle voisine », a-t-il ajouté.
Les habitants rappellent également que Vridi 3 est une zone historiquement liée aux activités halieutiques et portuaires du pays. Selon les explications fournies par les leaders communautaires, les premières familles y auraient été installées dès 1958 après leur déplacement de Blohorn afin d’exercer des activités de fumage de poisson destinées à préserver les produits débarqués au port.
Le quartier jouerait aujourd’hui encore un rôle majeur dans l’approvisionnement en poisson fumé en Côte d’Ivoire.
« Nous contribuons fortement à la production nationale de poisson fumé. Les pêcheurs et les fumeuses de poisson continuent d’exercer ici », a soutenu M. Traoré.
Au-delà des activités économiques, les populations mettent en avant l’existence d’infrastructures sociales importantes dans la zone, notamment un centre de santé, des écoles primaires et une maternelle.
Les riverains assurent ne pas s’opposer aux projets de développement de l’État, mais réclament des mesures d’accompagnement avant toute opération de déguerpissement.
« Nous voulons le développement, mais pas dans des conditions inhumaines. Il faut des solutions de relogement et un accompagnement social et économique pour les familles concernées », ont insisté plusieurs manifestants.
Selon les responsables communautaires, plus de 40 000 personnes vivent actuellement à Vridi 3 ou Zimbabwe.
Les habitants dénoncent également des activités de remblayage observées sur la lagune, qu’ils soupçonnent de favoriser les risques d’inondation dans la zone.
« Ces travaux pourraient provoquer les inondations qu’on nous reproche aujourd’hui », a estimé M. Traoré, tout en s’interrogeant sur les auteurs de ces opérations.
À quelques heures de l’échéance redoutée, les populations de Vridi 3 disent attendre un geste des autorités afin d’éviter une crise sociale en pleine saison des pluies et au lendemain de la fête de Tabaski.
Wassimagnon
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