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Cameroun : Énergie, Gaston Eloundou Essomba impuissant face aux délestages qui étranglent le pays
 

Cameroun : Énergie, Gaston Eloundou Essomba impuissant face aux délestages qui étranglent le pays

 
 
 
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© Koaci.com - lundi 08 juin 2026 - 10:19


Gaston Eloundou Essomba, le ministre de l’Eau et de l’Energie (Ph)



Entre défaillances structurelles, crises financières et réseau vieillissant, les coupures d'électricité s'aggravent malgré les promesses de l'ère post-ENEO




Les Camerounais croyaient avoir tourné la page. Avec le départ d'ENEO et la création de la SOCADEL, la société publique de distribution désormais entièrement détenue par l'État, l'espoir d'une alimentation électrique stable et fiable semblait enfin à portée de main. Il n'en est rien. Les délestages, loin de reculer, s'intensifient d'un bout à l'autre du territoire, plongeant ménages et entreprises dans l'obscurité et l'impuissance. Gaston Eloundou Essomba, ministre de l'Eau et de l'Énergie, peine visiblement à maîtriser une crise qui se nourrit autant de carences financières que de défaillances techniques.



Nachtigal produit, mais l'électricité n'arrive pas



Sur le papier, les chiffres sont flatteurs. La centrale hydroélectrique de Nachtigal a injecté près de 3,6 TWh dans le réseau camerounais entre mai 2025 et mai 2026. Avec ses 420 MW de capacité installée, elle est censée couvrir environ 30 % des besoins nationaux en énergie. Un apport colossal, salué comme un tournant pour l'autonomie énergétique du pays.



Pourtant, dans les quartiers de Douala, de Yaoundé, de Bafoussam ou de Nkongsamba, la réalité est tout autre : les coupures de courant se succèdent, imprévisibles et prolongées. Comment expliquer ce paradoxe ? Selon les responsables de Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), le problème ne se situe pas au niveau de la production mais en aval : les infrastructures de transport et de distribution sont vétustes, insuffisantes, incapables d'acheminer correctement l'électricité produite jusqu'aux consommateurs finaux. Le réseau, faute d'investissements massifs et durables, reste le maillon faible de toute la chaîne énergétique.



 

Crise financière



Si l'état du réseau explique une partie des coupures chroniques, la situation s'est dramatiquement aggravée depuis le 1er juin 2026. Ce jour-là, les sociétés de production du groupe Globeleq- KPDC pour la centrale thermique de Kribi et DPDC pour celle de Dibamba -ont purement et simplement retiré leurs installations du Réseau Interconnecté Sud. En un instant, 330 mégawatts disparaissent du réseau. Résultat immédiat : près de 40 % des usagers des régions du Littoral et de l'Ouest se retrouvent privés d'électricité.



La cause de ce retrait n'a rien de technique. Elle est financière, et elle est révélatrice d'un système à bout de souffle. L'administration fiscale a en effet procédé au blocage des comptes bancaires du groupe Globeleq dans le cadre d'une procédure de recouvrement forcé liée à des obligations fiscales impayées. Ces obligations elles-mêmes découlent d'un problème plus profond : la Socadel accumule des impayés considérables envers ses producteurs d'électricité. Le schéma est aussi simple qu'accablant — l'État, actionnaire unique de la Socadel, ne règle pas ses dettes envers ses fournisseurs d'énergie. Ces fournisseurs, étranglés financièrement, ne peuvent honorer leurs obligations fiscales. Le fisc saisit leurs comptes. Et les centrales s'arrêtent. Ce sont in fine les populations qui paient l'addition, dans le noir.



Discussions et impuissance



Face à cette situation explosive, Gaston Eloundou Essomba a reconnu la gravité de la crise et indiqué avoir engagé des discussions avec le ministre des Finances, Louis-Paul Motaze, pour trouver une issue rapide permettant le retour des capacités de production de Globeleq et la stabilisation de l'approvisionnement. Des discussions — mais pour l'heure, pas de résultats tangibles sur le terrain.



Cette inaction apparente alimente une indignation croissante dans les milieux économiques et dans la société civile. « L'incompétence dans certains secteurs hautement stratégiques de notre pays va conduire le Cameroun vers une crise sociale sans précédent », s'alarme un cadre du ministre de l’eau et de l’Énergie qui a fortement requis l’anonymat. Et il n'a pas tort. Car ce ne sont pas seulement les ménages qui souffrent : les entreprises de Douala, capitale économique du pays, tournent au ralenti depuis plusieurs jours, contraintes de recourir à des groupes électrogènes coûteux ou de réduire leur activité. L'impact économique est lourd et se chiffre en milliards de francs CFA de pertes de productivité.



 

Secteur sinistré



Au-delà de l'épisode Globeleq, la crise actuelle montre les maux profonds d'un secteur électrique qui cumule les handicaps. Les problèmes ne sont pas uniquement techniques — même si le réseau de transport et de distribution réclame des investissements urgents et massifs. Ils sont avant tout financiers et structurels : une chaîne de paiements défaillante, des dettes croisées entre l'État, le distributeur public et les producteurs privés, une gouvernance du secteur qui peine à s'affirmer.



Depuis la création de la Socadel, censée incarner le renouveau de la distribution électrique au Cameroun, aucune ville du pays n'est épargnée par les coupures. Bien au contraire : les délestages vont croissants, touchant indifféremment les grandes métropoles comme les zones rurales. La promesse d'un Cameroun enfin à l'abri des coupures d'électricité ressemble, pour l'heure, à une illusion cruelle. Un autre mensonge du régime de Yaoundé.



Pour que la lumière revienne — durablement — il ne suffit pas de régler la crise Globeleq. Il faudra s'attaquer aux racines du mal : moderniser les infrastructures de transport et de distribution, assainir la chaîne financière du secteur, et doter le Cameroun d'une véritable politique énergétique de long terme. Une ambition que le ministre Gaston Eloundou Essomba peine pour l'instant à concrétiser.



-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com




 
 
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